Les discussions préparatoires de Copenhague échouent après la révolte africaine contre les pays riches

Contre info. 6 novembre 2009 par John Vidal

Le cycle de négociations préparatoires au sommet de Copenhague qui s’est tenu cette semaine à Barcelone se solde par un échec. Les pays africains ont quitté durant deux jours les discussions pour marquer leur mécontentement croissant devant l’insuffisance des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays développés, au premier rang desquels les USA. Alors que les pays du sud veulent obtenir la réduction préconisée par les scientifiques, qui est de 40% des émissions pour l’ensemble des pays développés, ceux-ci ne se sont pas engagés au-delà de 10% pour l’instant.

Les pays africains ont montré qu’ils étaient prêts à provoquer une crise majeure à l’ONU si les USA et les autres pays riches ne s’engageaient très rapidement à des réductions plus importantes de leurs émissions de gaz à effet de serre.

A Barcelone, durant une journée très tendue, les responsables de l’ONU ont été forcés d’intervenir après que 55 pays africains, donnant une image d’unité sans précédent, aient appelé à une suspension de toute nouvelle négociation sur le protocole de Kyoto tant que des progrès substantiels n’auraient pas été accomplis par les pays riches sur les réductions d’émissions.

Auparavant, les représentants de l’ONU avaient été contraints de quitter deux groupes de travail après que le groupe des pays africain ait refusé d’y prendre part.

Les pays africains ont été soutenus par toutes les autres organisations de pays en développement présentes aux négociations. Dans une série de déclarations, le groupe G77 qui rassemble la Chine et 130 autres nations, l’Alliance des Petits États Insulaires (AOSIS), le groupe des pays les moins avancés (PMA), ainsi que la Bolivie et plusieurs pays d’Amérique Latine, ont tous largement soutenu l’action africaine.

Cette initiative des pays en développement reflète leur frustration profonde et grandissante, face à la lenteur des progrès réalisés par les pays industrialisés en vue de l’adoption de réductions de leurs émissions. Avec moins de trois jours de pourparlers restant avant l’ouverture de la négociation finale à Copenhague, le clivage entre pays riches et pays pauvres menace de faire dérailler la rencontre.

Bruno Sekoli, le président du groupe des PMA, a déclaré que « l’Afrique et les Africains sont en train de mourir alors que ceux qui sont historiquement responsables ne prennent aucune mesure. »

L’Algérie, qui préside le groupe des pays africains, soutenue par les représentants de la Gambie et le Kenya, a déclaré que les pays riches étaient « plus soucieux de [questions de] faisabilité politique et économique », tandis que les plus pauvres « luttent pour survivre » avec les changements climatiques.

Lors d’une conférence de presse, les pays les plus pauvres ont exigé que les nations riches adoptent la cible préconisée par les scientifiques d’une réduction globale de 40% des émissions par rapport aux niveaux de 1990. Jusqu’ici, les pays riches se sont engagés sur un total de moins de 10%. Les États-Unis, deuxième plus grand pollueur du monde, se sont engagés à une réduction d’environ 4% par rapport aux niveaux de 1990, soit 17% sur les niveaux de 2005.

A l’occasion d’échanges diplomatiques les plus tendus auxquels on ait assisté à ce jour, les délégués ont décidé à la hâte de consacrer six des dix sessions de négociation restantes à des discussions sur la réduction des émissions à moyen-terme. Cette décision a reçu un large appui de tous les pays en développement qui ont insisté sur l’importance de réaliser de réels progrès.

« Les pays africains ont montré qu’ils ne vont pas s’asseoir à la table pour accepter un mauvais accord à Copenhague », a déclaré un porte-parole d’Oxfam International.

« Les pays les plus pauvres disent qu’ils sont en train de mourir et que les riches restent assis à ne rien faire. J’espère qu’ils vont prendre des mesures maintenant », a déclaré Asad Rehman, des Amis de la Terre.

« Le plus grand émetteur mondial de l’histoire, les États-Unis, est absent pendant les négociations sur les objectifs, sur le financement - et le monde en développement est en droit de les rappeler à l’ordre », a déclaré Damon Moglen, de Greenpeace.

« Il est clair que pour beaucoup de pays, la coupe est pleine. Le fait que cela soit porté aujourd’hui par des pays tels que le Kenya, où ont vécu les ancêtres du président Obama, devrait réveiller sa conscience. Obama ne peut plus se cacher derrière l’échec de sa législation au Congrès. Il doit proposer des objectifs ambitieux, basés sur la science, de réductions d’émissions et venir à la table de négociation de Copenhague. »

Le succès de ces négociations, qui sont parmi les plus complexes jamais entreprises, dépendra d’un accord général de tous les pays. Elles seraient gravement compromises et risquent d’échouer à Copenhague le mois prochain si les pays africains se rebellent à nouveau.

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L’objectif de parvenir en décembre à un nouvel accord international sur la lutte contre le réchauffement climatique ne sera selon toute vraisemblance pas tenu, les discussions de Barcelone qui s’achevaient vendredi n’ayant pas permis de progresser.

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