Les élus locaux portent leur colère à Paris

Le JDD. 15 novembre 2009 par Nicolas Prissette et Marie-Christine Tabet

Claudy Lebreton, président de l'assemblée des départements de France, ne décolère pas

Le Congrès des maires de France s'ouvre lundi dans une ambiance électrique. A quatre mois des régionales, le pouvoir doit répondre à une fronde inédite.

"Nous serions trop dépensiers, trop nombreux, irresponsables… Il ne faut pas nous prendre pour des gogos!" Jacqueline Gourault (MoDem), sénateur-maire de La Chaussée-Saint-Victor (Loir-et-Cher), ne sera pas la seule à crier cette semaine. Comme elle, des milliers d’élus locaux vont "monter " à Paris pour exprimer leur colère. Lâcher leur angoisse de perdre leur pouvoir fiscal. Hurler contre ces réformes qui s’accumulent.

Le Congrès de l’Association des maires de France, qui se tient jusqu’à jeudi porte de Versailles, s’annonce chauffé à blanc par la suppression de la taxe professionnelle. Les membres du gouvernement qui s’y rendront, à commencer par François Fillon, déjà sifflé l’an dernier, le savent. Mais la colère des maires est douce comparée à la rage des élus départementaux. Dès demain, la moitié des conseillers généraux se réunissent au Palais des Congrès pour un meeting protestataire. Claudy Lebreton, le président socialiste de l’Assemblée des départements de France et patron des Côtes-d’Armor, promet 2.000 personnes révoltées, "y compris des élus de droite". Il fustigera "le contresens historique", dit-il, de la réforme territoriale, qui supprime la moitié des élus. Lebreton brandira une liste de départements en état d’asphyxie financière, menacés, davantage que les municipalités, par la suppression de la taxe professionnelle. Et un sondage Ifop montrant que 83% des Français considèrent le département comme une institution qui fait partie de "l’identité de la France".

Pour le gouvernement, Lebreton entretient une jacquerie partisane. "Des présidents de régions ou de départements socialistes font peur aux communes rurales en faisant croire qu’ils ne pourront plus les soutenir financièrement", affirme le ministre de l’Intérieur et élu auvergnat Brice Hortefeux. Pourtant, les reproches viennent aussi de la droite, où l’on a entendu les critiques d’Alain Juppé et de Jean-Pierre Raffarin.

Les sénateurs croient à l’apaisement

C’est aussi la révolte de la province contre Paris, contre les "technocrates" de Bercy. "Nous n’avons pas toutes les simulations, nous ne savons pas comment vont évoluer nos finances", répète le président de l’AMF, Jacques Pélissard, maire (UMP) de Lons-le-Saunier (Jura), ce que Christine Lagarde dément dans son interview. Le gouvernement s’est davantage préoccupé du Sénat. Les maires et les conseillers généraux vocifèrent mais ne votent pas la loi. En fin de semaine, la Haute Assemblée examinera la réforme de la taxe professionnelle. Les parlementaires veulent croire à l’apaisement. Ils ont renoncé à examiner la réforme territoriale avant celle de la fiscalité. La suppression de l’impôt "imbécile", comme disait François Mitterrand, serait votée avant le week-end prochain et les contreparties pour les collectivités en décembre, le temps de calmer les esprits. Le gouvernement a promis un point d’étape au printemps puis à l’hiver, pour rectifier ce qui doit l’être. "J’ose espérer que la nouvelle taxe sur la valeur ajoutée [qui remplace en partie la taxe professionnelle] est provisoire, elle revient à rétablir la taxe professionnelle sur les salaires, supprimée depuis 1999", prévient Jean Arthuis, président de la commission des finances du Sénat.

Sarkozy reçoit 700 maires vendredi

Christine Lagarde, Eric Woerth et Brice Hortefeux ont reçu consigne de faire de la pédagogie. Dans une lettre du 6 novembre envoyée à l’ensemble des maires de France, les trois ministres détaillent la démarche gouvernementale. A son retour d’Arabie saoudite, Nicolas Sarkozy recevra à l’Elysée les 700 hauts représentants de l’Association des maires de France pour une séance de "calinothérapie" et… de franche explication. Pas question de bouger davantage. La fermeté sur le calendrier est un argument de promotion. "Le report voudrait dire l’enterrement de première classe." Un ministre développe: "Il faut tenir. Ce sont des réformes que soutiennent nos électeurs. Et la suppression d’un conseiller général sur deux ne fera pleurer personne." Vendredi soir, Xavier Bertrand, secrétaire général de l’UMP, a fait applaudir les réformes par une salle de militants à Saint- Etienne, dans la Loire. "Je fais des déplacements deux fois par semaine et je sais rapidement ce qui ne marche pas", fanfaronne- t-il.

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