Les féministes remontent au front

Bakchich info. 20 octobre 2009 par Renaud Chenu

Samedi dernier, Bakchich a battu le pavé avec des manifestantes pour qui l’égalité homme-femme reste un mirage. Qui ne fait frémir qu’Éric Zemmour et autres testosthéoriciens de la "crise de la masculinité".

Bakchich a battu le pavé avec les féministes du Collectif National du Droit des Femmes (CNFD, rassemblant une centaine d’organisations) samedi 17 octobre entre Bastille et Opéra. 15.000 personnes (surtout des femmes) bravant la pluie pour rappeler à nos consciences endormies que l’égalité homme-femme, théorique et gravée dans le marbre de la loi, est un mirage qui ne fait frémir qu’Éric Zemmour et autres testosthéoriciens de la « crise de la masculinité ».

« C’est pas toujours évident dans les commissariats »

Premier constat frappant, beaucoup de jeunes femmes regardant interloquées le défilé passer sous leurs yeux sans ressentir le besoin urgent de s’y joindre pour défendre l’émancipation des femmes. Le « on n’était pas au courant » concurrençait assez largement le « c’est contre la burqa ? ». La conscience féministe aux alentours des Galeries Lafayette a encore du chemin à faire.

Une ado portant haut la mini-jupe (acquis étendard du féminisme) nous lâche entre deux considérations politiques de haut vol « ces meufs, c’est toutes des hystériques ». Hystériques ? Nos amis d’Osez le Féminisme reviennent sur leur site internet sur cette légende urbaine issue du fond des âges.

Crédit photo : Visoterra.com

« Du grec hysteria, l’utérus. Pour Hippocrate, l’utérus, petit animal capable de se déplacer dans tout le corps, est le siège de la maladie hystérique. La femme n’étant pas capable de maîtriser son corps, l’utérus baladeur doit être maintenu à sa place, au risque de provoquer par ses mouvements les symptômes de la maladie. Le remède heureusement est simple : l’hystérie, maladie féminine, se traite par des rapports sexuels (hétérosexuels, évidemment) réguliers et la maternité, seuls moyens de garder le petit animal vicieux à sa place ».

On fait part de cette belle science à la demoiselle, qui nous quitte en maugréant « ouais, je me comprends ».

Deuxième observation, plus drôle, la petite surprise du préfet qui a le sens du décorum. 80% de l’encadrement policier visible était féminin (hors robocops planqués dans les rue adjacentes à la place de l’Opéra). Elles en pensent quoi les fliquettes ? « C’est pas toujours évident dans les commissariats ». Les bleuettes seraient prêtes à manifester pour défendre la cause ? Petite moue réprobatrice. Pas encore mûres pour fraterniser avec la foule.

Les femmes portent à gauche

Retour dans la manif’, là où la conscience féministe est forcément plus aiguë. On cherche, on cherche, mais on ne trouve pas. Aucune organisation de droite. Simone Veil n’a pas fait de petites. Pourtant, on se souvient de notre bon président au soir de sa lyrique prise de pouvoir : « Je veux dire à toutes les femmes martyrisées dans le monde […] que la fierté et le devoir de la France sera d’être à leurs côtés. »

Tâches ménagères - JPG - 31.8 ko

Tâches ménagères  Dessin de Ray Clid

Depuis, en dehors de nominations ministérielles très médiatiques, Sarko n’a pas vraiment fait avancer la cause féministe dans l’Hexagone. Une des dernières trouvailles gouvernementales pour gratter au porte monnaie des Français(e)s n’est rien que la remise en cause des retraites des mères de familles. Beau symbole imaginé par un gouvernement à la réaction pleine d’humour pour fêter les cent ans du congé maternité quand les femmes sont les premières victimes de la crise.

La crise version Femmes

La crise est comme ces fauves affamés, elle s’attaque en premier lieu aux plus faibles. La directrice du Bureau du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM) de Bruxelles, Osnat Lubrani, soulignait devant le parlement européen le 30 septembre « les femmes, surtout les immigrées et/ou les plus pauvres, ont été plus durement frappées par la crise financière que les hommes » tout en soulignant « l’aggravation de la pauvreté et des violences subies par les femmes ».

Selon le Bureau International du Travail (BIT), la crise va engendrer 22 millions de chômeuses en plus. La Directrice du Bureau pour l’égalité entre hommes et femmes, Jane Hodges affirme « avec un taux d’activité plus faible, une maîtrise plus rare de la propriété et des ressources, une concentration dans l’emploi informel ou vulnérable, des rémunérations moindres, et moins de protection sociale, tout cela met les femmes dans une position de plus grande faiblesse que les hommes pour surmonter les crises ».

Le féminisme n’a jamais tué personne

Côté France, le constat est en l’occurrence peu glorieux. En moyenne, les femmes gagnent 25% de moins que les hommes et assurent 72% des tâches domestique. Une femme meurt sous les coups de son conjoint tous les deux jours et demi et la comptabilité des viols révèle une réalité atroce : une femme est violée toutes les 10 minutes dans l’Hexagone. Des chiffres qui traduisent un phénomène de société où se mêlent sexisme ordinaire, inégalités salariales, avancées des obscurantismes religieux ou montée de l’assujettissement des corps aux lois du marché.

La testostérone tue et brise des vies chaque jour, tandis que chacun s’accordera pour dire que le féminisme n’a jamais tué personne. Le 17 octobre était « une première étape, nationale » pour « relancer le combat féminisme ».

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Commentaires

  • Sebastien
    Bonjour,

    la photo du statue présentée sur votre site et page accessible sur http://www.lelotenaction.org/rubrique,les-feministes-en-avant,477860.html provient du site Visoterra.com et plus précisemment de la page http://www.visoterra.com/voyage-premier-voyage-de-luc/mini-jupe.html. Or, aucun accord n'a été donné pour cette utilisation qui va à l'encontre des droits de son auteur.

    Merci donc de bien vouloir faire un lien vers la source de cette photo http://www.visoterra.com/voyage-premier-voyage-de-luc/mini-jupe.html à côté de celle-ci le plus rapidement possible et comme reconnaissance du travail de l'auteur.

    Merci d'avance
    Sébastien de Visoterra.com

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