Les haines de l’avant-garde intellectuelle parisienne : Noam Chomsky face au Monde

Article XI. Le 6 Juin 2010 par Thierry Discepolo

 

Quand le journaliste Jean Birnbaum massacre, dans un quotidien dit de référence, la pensée de l’intellectuel américain Noam Chomsky, réagir s’impose. Pour ce faire, Thierry Discepolo, intervenant au colloque « Rationalité, vérité et démocratie » (organisé à l’occasion de la visite de Chomsky), nous a adressé ce texte. Il y met à nu, méthodiquement, l’incurie vespérale.

Trois pages du Monde des livres pour convaincre ses lecteurs qu’ils doivent oublier Noam Chomsky… N’est-ce pas un peu contre-productif ? Bien sûr, en quatre jours et cinq réunions publiques à Paris, près de quatre mille personnes auront accueilli le linguiste et activiste anarchiste américain, qui n’était pas venu en France depuis trente ans [1]. Mais d’habitude, cette presse se contente de passer sous silence ce qu’elle juge indigne de ses précieuses colonnes ; ou de lui consacrer un coin de page.
C’est d’ailleurs par là qu’avait commencé un journaliste du Monde envoyé ne pas rendre compte de la première intervention publique de Noam Chomsky au Collège de France. Évidemment, remplir pareil cahier des charges demande un certain talent. On va le voir, autant de pelle que de poignard, entre le fossoyeur et l’intellectuel à gage. Pour cette mission, Le Monde ne pouvait envoyer que son meilleur élément : Jean Birnbaum. C’est l’homme de la situation : fils du politologue bien connu Pierre Birnbaum, ancien militant de Lutte ouvrière, passé un temps par la radio via le « Stacatto » d’Antoine Spire, recruté au Monde par Edwy Plenel… On ne peut douter des qualités de ce montage de duplicités qui a déjà fait ses preuves. D’ailleurs, Le Débat, vient de sélectionner Jean Birnbaum parmi la « génération 2010 » de ceux sur qui Marcel Gauchet et Pierre Nora comptent pour nous dire « De quoi l’avenir sera-t-il fait ». À l’aune de la liste des lauréats de 1980 (Alexandre Adler, Pascal Bruckner, Régis Debray, François Ewald, Alain Finkielkraut, Luc Ferry, etc.), autant dire que Jean Birnbaum compte déjà parmi la future élite réactionnaire  [2].
En attendant que se réalise cette prophétie sans risque, le matin du 28 mai dernier, Jean Birnbaum était venu faire un tour au colloque « Rationalité, vérité et démocratie », où Noam Chomsky devait prendre la parole. De sa première visite, le journaliste n’en tire qu’un pastel : « Les débats étaient riches et l’ambiance bon enfant  [3] » ; et ça n’est pas faux : on raconte qu’un photographe de Libération demandait à toute personne qui s’approchait de la tribune lequel était Noam Chomsky… Quant au contenu des six heures d’interventions et de débat, les lecteurs du Monde n’en liront qu’une phrase tissée de poncifs [4].
Sur la (non-)visite du « journaliste du Monde qui n’aimait pas les sandwiches », on lira le récit picaresque qu’en fait Jean-Jacques Rosat, philosophe attaché à la chaire de Jacques Bouveresse au Collège de France et co-organisateur du colloque [5]. Pour cette première manière de couvrir le séjour de Noam Chomsky, Jean Birnbaum s’est érigé en porte-parole des anarchistes spoliés par le Collège de France suivant un raisonnement que George Orwell a résumé par la formule «  La paix, c’est la guerre » dans son roman 1984. Ainsi un journal qui a ignoré la visite de Chomsky avant d’organiser son exécution défend-il ses « fans » contre l’institution qui lui a consacré une journée de colloque…
Admirons le double langage : Le Monde s’appuie sur « la plus pure tradition chomskienne  » ; Le Monde comprend le « désarroi […] bientôt mué en colère  », d’une dame qui ne comprenait pas l’anglais ; Le Monde s’émeut de la « conférence d’un penseur anarchiste […] ainsi cadenassée » ; Le Monde s’attriste des grilles fermées, «  à l’aide d’une grosse chaîne, [par] la société DMH sécurité, spécialement recrutée pour l’occasion » [6] ; Le Monde critique l’entorse faite à la « vénérable institution où l’“entrée libre” est une longue tradition » [7].
Pendant deux colonnes de vingt centimètres, Le Monde n’est plus le quotidien qui accompagne si intelligemment les mutations du capitalisme, le développement des politiques sécuritaires et la destruction du service public… Pareil montage demande une disposition intellectuelle et politique tout à fait particulière.
Deux jours plus tard, c’est un autre lauréat de la « génération 2010 » sélectionné par Le Débat qui prenait le relais : Éric Aeschimann titrait son article comme on désigne quelqu’un à la vindicte, « Chomsky s’est exposé, il est donc une cible désignée  [8] ». Si Le Monde avait d’abord tenu la pelle, Libération légitimait le tir à vue.
Voyons maintenant comment le premier a mené à bien ce programme.

Reconnaissons une chose au journaliste du Monde qui n’aime pas les sandwiches : il n’a pas volé ses notes de restaurant. Pour remplir sa mission, en plus de s’être adjoint un petit pigiste [9], d’avoir assisté aux conférences organisées par le CNRS, par Le Monde diplomatique et par le Collège de France, il a interviewé les linguistes Jean-Claude Milner et Pierre Pica, les éditeurs André Schiffrin (The New Press) et François Gèze (La Découverte), enfin le militant multi-cartes Christophe Aguiton. Tous enrôlés sur trois pleines pages pour aider le Mondeslivres à nous convaincre qu’en politique, comme en linguistique, Chomsky est dépassé. Pareil tir de barrage est difficile à comprendre. Mais Jean Birnbaum en donne un début d’explication : « Hélas, Chomsky a refusé d’intégrer à [son] programme un entretien avec Le Monde.  [10] »
Il n’est pas certain que le patron de La Découverte en gardien des cendres de Pierre Vidal-Naquet soit heureux du rôle qu’on lui fait jouer [11]. Mais un éditeur sérieux ne peut rien refuser au Mondeslivres. De son côté, André Schiffrin a rédigé une mise au point tout à fait claire sur la manière dont Birnbaum a trafiqué ses propos [12]. Quant à Pierre Pica – celui qui dit avoir noué, depuis 1985, des «  liens solides » avec Chomsky –, difficile de ne pas penser à l’adage : « Protégez-moi de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge. » Peut-on espérer que ça serve de leçon aux prochaines victimes à qui le Mondeslivres va proposer une interview ?
Évidemment, pour le journaliste qui n’aimait pas les sandwiches, refuser de collaborer se paye au prix fort. Ainsi d’avoir dû quémander auprès de Jean-Jacques Rosat (qui n’avait aucune raison de lui faire cette confiance) le texte de la conférence que donnerait Noam Chomsky au Collège de France [13]. Ou encore, l’avant-veille du jour où devaient paraître ses trois pages si bienveillantes, lorsque Jacques Bouveresse, qui a refusé de répondre par téléphone à des questions aussi simples que, par exemple, celle de savoir quelle relation il peut y avoir entre la contribution que Chomsky a apportée à la linguistique et ses prises de position politiques, n’a pas non plus accepté qu’une partie quelconque de leur entretien, qui a duré près de trois quarts d’heure, soit citée – n’ayant évidemment aucun droit de regard sur ce qui serait finalement imprimé. Comment ça, le titulaire de la chaire de philosophie du langage et de la connaissance du Collège de France n’avançait pas en confiance avec l’envoyé d’un journal qui l’accusa d’antisémitisme [14], et il manquait de générosité alors que ce même journal s’applique à ignorer, d’un livre sur l’autre, tout son travail de philosophe ?
Il faut dire que Jean Birnbaum n’est pas habitué qu’après avoir insulté quelqu’un celui-ci ne vienne pas lui manger dans la main au premier coup de sifflet. Ainsi Alain Badiou, dont Birnbaum avait jugé les procédés « détestables  » et « déshonorants  », les propos faits d’« amalgames polémiques, [de] raccourcis fallacieux et [de] propositions équivoques », l’« écriture pamphlétaire, à la fois roublarde et outrée  », ne « recul[ant] devant aucune facilité et se compla[isant] dans les allusions obscènes » [15]… Bref, en automne, Birnbaum faisait ainsi part de son malaise devant le « ton » que le philosophe de la rue d’Ulm adoptait pour parler du président des Français. Et, au printemps suivant, Badiou se laissait interviewer pour deviser avec Birnbaum de philosophie et de littérature, de mathématique et de poésie [16].

Voilà bientôt vingt-cinq ans, Guy Hocquenghem adressait aux générations futures une Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au Rotary [17]. Il y fustigeait ceux qui avaient renié les idéaux de Mai 68 et tout projet de transformation sociale ; qui avaient retourné leur veste révolutionnaire pour les habits du conformisme petit-bourgeois ; qui s’étaient mis au service de la modernisation du capitalisme par le parti socialiste. Si Hocquenghem s’adressait à ses « frères  » d’une génération marquée par le reniement – de BHL à Glucksmann en passant par Benny Lévy, de Kouchner à Serge July en passant par Debray, Sollers, etc. –, c’est à titre de « pères  » que Jean Birnbaum s’adresse aux mêmes personnages dans une brochure sur les « Maoccidents »  [18]. Le ton critique cache mal l’admiration filiale de l’apprenti. Fustige-t-il vraiment Jean-Claude Milner d’être passé de Mao à Maurras [19] ? Et en retour Milner lui reproche-t-il d’être qualifié de «  petit-bourgeois fier de l’être  », de « néoconservateur à la française  » [20] ? Rien de tout cela. Quand Birnbaum a besoin de « la plume martiale de Jean-Claude Milner [21] », ce dernier, un doigt sur la couture du pantalon, répond présent [22] !
Et Milner est bien l’homme de la situation. Voici comme le jeune héritier présente le néoconservateur type : « Le scepticisme envers les Lumières, la critique de la raison progressiste, […] le procès de l’individu démocratique et sa prétention à l’émancipation, […] l’insistance sur les racines spirituelles de toute nation qui se respecte. [23] » Autant dire l’antinomie, point par point, de Noam Chomsky : rationaliste issu des Lumières ; anarchiste confiant dans l’émancipation de l’individu au sein d’une démocratie réelle ; internationaliste accompli.
Dans sa version française, dont le maurassien Milner est le plus beau spécimen, le néoconservateur tient « l’argumentation - [pour] d’autant plus efficace qu’elle ignore les données effectives [24] ». Là encore, rien de plus étranger à Chomsky, pour qui les faits et les arguments sont la base de toute réflexion sérieuse [25].
Enfin, « nationaliste intégral  », le « Maoccident est un Français forcené » pour qui « Paris reste le centre du monde  » [26]. On comprend mieux l’accusation de « provincialisme  » que Milner porte sur le linguiste américain ; comme sa défense de la French theory que Chomsky ne prend pas au sérieux. On se demande en revanche ce qui permet à Milner d’attribuer à Chomsky l’idée que l’«  État en tant que tel est voué à mal faire [27] » – mais pourquoi prendre au sérieux les « arguments  » de quelqu’un pour qui, comme l’explique Birnbaum lui-même, « l’argumentation est d’autant plus efficace qu’elle ignore les données effectives » ?

C’est évidemment lui faire beaucoup d’honneur que chercher de la cohérence dans les propos douteux rassemblés par Birnbaum pour remplir trois pages de presse. Pourtant, le jeu d’alliance qu’on voit se tisser, des anciens maos aux nouveaux conservateurs, de la critique de tout projet d’émancipation collective à l’apologie du quarteron d’intellectuels parisiens qui ont initié le postmodernisme, des anciennes aux nouvelles avant-gardes, des mandarins de l’Académie aux jeunes ambitieux de l’université ou du journalisme… Ce jeu d’alliances montre comment, désormais, les ruptures politiques majeures ne passent pas tant entre droite et gauche qu’entre renouvellement des avant-gardes éclairées et soutien des mouvements d’émancipation de masse ; entre relativisme postmoderne et défense du sens commun. Les premiers participent à maintenir en place l’ordre social le plus inégalitaire, contre lequel luttent les seconds.
Voilà ceux que sert et à quoi sert un auteur comme Noam Chomsky, que Jacques Bouveresse a invité en France. Et contre quoi les acteurs de ces trois pages du Mondeslivres sont à la pointe de la réaction.

Notes

[1] Les conférences du Collège de France, vendredi 28 et lundi 31 mai, ont reçu près de 1 400 personnes ; le matin du samedi 30, le campus des Cordeliers loué par le CNRS accueillait 600 personnes et, l’après-midi, la Mutualité environ 1 600 (via Le Monde diplomatique) ; dimanche soir aux Métallos, près de 300 personnes ont assistés à l’enregistrement d’une émission de « Là-bas si j’y suis ». Sans compter les 400 internautes environ qui ont assistés en direct à la retranscription du colloque de vendredi au Collège sur son site – ni ceux qui eu ont accès depuis lundi 7 juin à l’intégrale différée ; ni le direct de France 3, « Ce soir ou jamais » (lundi 31) ; ni la série d’émissions de « Là-bas si j’y suis » diffusées les premiers jours de juin – et podcastables depuis.

[2] « De quoi l’avenir sera-t-il fait ? Enquêtes 1980, 2010 », Le Débat-Gallimard, 2010.

[3] Jean Birnbaum, « Pour Noam Chomsky, on se bouscule derrière les grilles », Le Monde, 30-31 mai 2010, p. 20.

[4] Selon Birnbaum, cette journée voulait «  honorer un certain idéal rationnel issu des Lumières ; dénonçant les pensées relativistes, cette tradition affirme la puissance subversive de la vérité face à tous les pouvoirs » (ibid.). Ce qui passe à côté de la convergence inédite entre trois auteurs au programme du colloque : Bertrand Russell, George Orwell et Noam Chomsky ; reliant le libéralisme du XVIIIe siècle à son héritage anarcho-syndicaliste, le rationalisme et le sens commun en tant que bases pour la reconnaissance des faits, la démocratie et la poursuite de la vérité comme entreprises solidaires, l’importance théorique et pratique, morale et politique des concepts de « vérité » et d’« objectivité », etc. Évidemment, l’argumentaire de ce colloque (rédigé par Jacques Bouveresse, lisible ici) ne sera repris par aucun média – à l’exception du Monde diplomatique et de « Là-bas si j’y suis ».

[5] Jean-Jacques Rosat, « Chomsky à Paris : le récit du journaliste du Monde qui n’aimait pas les sandwiches » – à lire ici.

[6] Où l’on voit la marque de la formation de l’ex-militant de LO Jean Birnbaum par le trotskiste culturel Edwy Plenel et sa vision du journalisme comme l’« amour des petits faits vrais  » : la société DMH n’a pas été «  spécialement recrutée pour l’occasion  » mais assure la sécurité du Collège depuis plusieurs années, y compris les nuits, les week-ends et pour chaque événement important.

[7] Jean Birnbaum, « Pour Noam Chomsky, on se bouscule derrière les grilles », op. cit.

[8] Éric Aeschimann, « Chomsky s’est exposé, il est donc une cible désignée », Libération, 31 mai 2010, p. 12.

[9] Dans Le Monde des livres du 3 juin 2008, du philosophe médiatique en début de carrière Patrice Maniglier, « Une pensée en révolution permanente » - sur la linguistique chomskyenne ; et « Le savant et le militant, un petit "&" énigmatique », consacré au livre de Noam Chomsky Raison & Liberté. Sur la nature humaine, l’éducation et le rôle des intellectuels (préface de Jacques Bouveresse, Agone, 2010). Plutôt que d’entrer dans le détail de ces textes de commande, on se contentera de renvoyer à deux articles sur les mêmes thèmes, par le journaliste scientifique Nicolas Chevassus-au-Louis, « Chomsky savant et politique : la grammaire universelle de la libération humaine », L’Humanité, 24 avril 2010 (lisible ici) ; et « Entretien avec Noam Chomsky », La Recherche, été 2010.

[10] Jean Birnbaum, « Chomsky à Paris : chronique d’un malentendu », Le Monde des livres, 3 juin 2008.

[11] Il serait trop long de relever les rumeurs et approximations que rapporte Birnbaum comme on fait feu de tout bois. Chomsky aurait « qualifié le psychanalyste Jacques Lacan de “malade mental”  » – où ça ? Le peu d’estime dans lequel Chomsky tient les ténors parisiens à l’origine du postmodernisme est bien connu ; mais enfin, les arguments à charge ne manquent pas ; et il n’est pas le seul à en avoir produit – lire par exemple Jacques Bouveresse, Rationalité et cynisme (Minuit, 1984). Quant au « dédain  » dans lequel Chomsky tenait « un grand historien de l’Antiquité comme Vidal-Naquet », je garde un souvenir assez vif des dialogues que j’ai entretenu avec l’un et l’autre au moment où paraissait, dans la revue Agone, un texte de chacun d’eux (« Neutralité et engagement du savoir », 1998, n° 18-19). De la colère, oui, du mépris, non – mais surtout un dialogue impossible, qu’il serait utile relire à l’aune de l’engagement de Vidal-Naquet contre la loi Gayssot.
Quant à l’« affaire Faurisson », le sujet déborde de cette note, mais, contrairement aux affirmations lapidaires de Birnbaum, elle n’est «  riche d’[aucun] enseignements pour qui veut comprendre les relations entre Chomsky et la France  ». En revanche, le livre de Michael Scott Christofferson sur Les Intellectuels contre la gauche donne, lui, les clés de cette affaire : l’opportunité pour le champ intellectuel français d’éliminer un concurrent dérangeant, qui n’a pas compris la reconversion en cours, chez les anciens « révolutionnaires » (maos, trots ou cocos), convertis à l’idéologie antitotalitaire – l’URSS en ennemi principal et les États-Unis en démocratie modèle – au moment où les socialistes français, encore encombrés par leur alliance avec le PCF, s’apprêtent à prendre le pouvoir et intégrer tout ce beau monde dans leur projet de société, qui n’a rien de révolutionnaire (lire Michael Christofferson, Les Intellectuels contre la gauche. L’idéologie antitotalitaire en France (1973-1981), préface de Philippe Olivera, Agone, 2009).

[12] André Schiffrin est l’un des principaux éditeurs américains de Noam Chomsky. Dans son droit de réponse au Monde (non paru), il précise notamment que, devant Birnbaum, il n’a jamais évoqué, à propos de Chomsky, l’idée « d’une pensée éparpillée, superficielle » ; mais surtout, sur l’« affaire Faurisson », il rappelle que l’accusation est absurde et qu’elle a été utilisée par les intellectuels français pour éliminer durablement la traduction des livres de Chomsky ; enfin, Schiffrin critique la manière dont Birnbaum a déformé l’ensemble de ses propos afin de donner l’impression qu’ils sont d’accord.

[13] De même, le Collège de France n’est pas sans responsabilité dans la vengeance du journaliste qui n’aimait pas les sandwiches. En effet, si la « vénérable institution », plutôt que de se crisper sur sa tradition de l’« entrée libre » – évidemment «  dans la limite des places disponibles  » –, avait respecté celle du passe-droit des cartes presse, Jean Birnbaum n’aurait, comme d’habitude, pas remarqué ceux qui restent dehors. Par un excès de démocratie, le Collège rappelait à l’ancien de LO la couleur du mauvais côté des grilles (qu’il n’a toutefois jamais connu que dans les livres), donnant l’occasion au Monde de cacher sous quelques lignes accordées aux fans malheureux de Noam Chomsky ce qu’il a dit à des milliers d’autres, plus heureux.

[14] Dans son compte-rendu d’un livre de Géraldine Mulmman consacré au journalisme comme garant de la démocratie, Le Monde rassemble Jacques Bouveresse, Pierre Bourdieu, Serge Halimi (et Karl Kraus) pour leur critique des médias, qui serait discrètement antidémocratique et secrètement ou potentiellement antisémite. (Nicolas Weil, « Le journalisme au-delà du mépris », Le Monde des livres, 2 avril 2004 ; en lire l’analyse par Henri Maler, « Le Monde contre “les critiques antimédias”, antidémocrates et antisémites », Acrimed, avril 2004, ici).

[15] Jean Birnbaum, « Haro sur le “nom” Sarkozy », Le Monde des livres, 3 novembre 2007.

[16] Alain Badiou, « En tant que philosophe, je ne peux rendre raison du roman », entretien avec Jean Birnbaum, Le Monde des livres, 22 mai 2009.
Avouons toutefois que l’exemple n’est peut-être pas probant tant on peut se demander jusqu’où s’avilira le «  philosophe français le plus traduit » après avoir accepté de s’« opposer  » à Alain Finkelkraut sur la question des « apéros Facebook  » (jeudi 20 mai, France 3, « Ce soir ou jamais »).

[17] Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au Rotary [1986], préface de Serge Hamili, Agone, 2004.

[18] Jean Birnbaum, Les Maoccidents. Un néconservatisme à la française, Stock, 2009.

[19] Où l’on voit Jean-Claude Milner « ramené à Maurras  » par le «  rêve de bien écrire » la langue française ; tandis que – si ça veut dire quelque chose – le « Juif [est] mis en équation avec le Maurrassien, et l’alliance entre les uns et les autres semble un fait structurel  » – ibid., resp. p. 124 et 111.

[20] Ibid., p. 122.

[21] Ibid., p. 114.

[22] Jean-Claude Milner, « Il ne cache pas son mépris pour les intellectuels parisiens », propos recueillis par Jean Birnbaum, Le Monde des livres, 3 mai 2010.

[23] Jean Birnbaum, Les Maoccidents…, op. cit., p. 120.

[24] Ibid., p. 123.

[25] En outre, prêter à Chomsky l’idée qu’« une argumentation digne de ce nom doit pouvoir être représentée, sans reste, par le calcul des propositions : si un raisonnement ne peut pas être présenté sous cette forme logique, il ne vaut rien  » (Jean-Claude Milner, « Il ne cache pas… », op. cit.) ; voilà qui ajoute l’ignorance à l’ineptie : même les lois de la nature les plus élémentaires ne sont pas formulables dans la logique trop pauvre qu’est le calcul des propositions.

[26] Jean Birnbaum, Les Maoccidents…, op. cit., p. 125-126.

[27] Jean-Claude Milner, « Il ne cache pas… », op. cit.

Commentaires

  • Marcel Kébir
    • 1. Marcel Kébir Le 08/06/2010
    Mon cher Christian, il y a un gros problème:
    Dans la tête des dirigeants israëliens la donne a changé:L'Amérique est une colonie d'Israël qui exploite la planète toute entière, afin que, on ne sait quelle fumeuse prophétie se réalise...Avec les enfants capricieux, il faut beaucoup de patience, et de temps en temps une bonne fessée cul nu...

  • Christian Durand
    Israël est une colonie américaine qui exploite le peuple palestinien.
    C'est un état théocratique dirigé par une secte raciste dotée de l'arme atomique.
    L'assassinat de militants humanitaires est un crime de guerre.

    Boycott total d'Israël, de ses produits (Agrexco).
    et de ses souteneurs français : le lobby sioniste et son terrorisme intellectuel.

    Christian Durand