Les inégalités face aux vacances

Observatoire des inégalités. 21 avril 2010


Un peu plus de 40 % des ouvriers partent en congés chaque année, contre 80 % des cadres... Une fraction très minime des enfants des catégories les plus aisées, de l’ordre de 3 %, ne part pas en congés contre plus de 40 % des enfants des familles les plus démunies.

Le taux de départ en vacances a légèrement augmenté du milieu des années 1980 jusqu’à la fin des années 1990. Depuis, il s’est sensiblement réduit, passant de 66 à 54 %, selon les données du Crédoc (lire en ligne). Chaque année, une vingtaine de millions de personnes ne partent pas. Selon l’Insee (Insee première n°1093 - juillet 2006) 37 % de ceux qui ne sont pas partis l’ont fait faute de moyens, contre 20 % par choix, 15 % pour des raisons de santé et 10 % pour des raisons professionnelles.

Ces inégalités se retrouvent aussi dans le type de congés : les plus modestes préfèrent les longues vacances estivales (17 à 18 nuitées), principalement dans la famille, alors que les plus aisés partent moins longtemps, mais plus souvent, de préférence en circuit, à l’étranger et à l’hôtel.

Taux de départ en vacances selon la catégorie sociale

Taux de départ en vacances selon la catégorie sociale
Unité : %
1994
2004
2009*
Agriculteurs 24 38 ND
Artisans, commerçants, chefs d’entreprise 57 67 ND
Cadres, professions intellectuelles supérieures 86 90 81
Professions intermédiaires 80 78 72
Employés 65 63 55
Ouvriers 48 48 43
Retraités 48 53 46
Autres inactifs 60 66 ND
Total 62 65 52
Avertisssement : les données pour l'année 2009 ne sont pas directement comparable avec les chiffres précédents, les sources ne sont pas identiques.
Source : Insee pour 1999 et 2004, Crédoc pour 2009

Presque tous les cadres supérieurs partent en congés contre un peu plus de 40 % des ouvriers. Malheureusement, les données 2009 ne sont pas comparables avec les précédentes. Sur une longue période, le taux se maintient à un niveau élevé pour les cadres supérieurs et il stagne pour les couches moyennes et populaires. Dans un contexte de ralentissement des hausses du pouvoir d’achat, il est possible que les vacances soient passées au second plan vis-à-vis d’autres dépenses. Le revenu est en effet un élément crucial (voir ci-dessous).

Taux de départ en vacances selon les revenus

Taux de départ en vacances selon les revenus mensuel du foyer
Unité : euro
Taux de départ en %
Moins de 900 € 37
De 900 à 1 500 € 33
De 1 500 à 2 300 € 56
De 2 300 à 3 100 € 64
Supérieurs à 3 100 € 80
Total 56
Source : Crédoc. Année des données : 2009

Le niveau des revenus détermine en grande partie le fait de partir en vacances ou non : seuls 37 % des foyers aux revenus inférieurs à 900 euros mensuels sont partis en 2009, contre 80 % de ceux qui disposent de plus de 3 100 euros. De fait, un "budget vacances" pour une famille peut représenter plusieurs milliers d’euros : impossible pour la majorité des bas salaires.

Les vacances des 5-19 ans

Enfants de 5 à 19 ans qui ne partent pas en vacances (selon le statut socio professionnel de la personne de référence et le revenu de la famille)
Unité : %
1999
2004
Catégorie socioprofessionnelle
Agriculteurs exploitants 46,30 45,6
Artisans, commerçants, chefs d'entreprise 23,50 21
Cadres 4 4,60
Professions intermédiaires 19,10 19,60
Employés 28,70 31,20
Ouvriers 41,10 34
Retraités 40,10 40,25
TOTAL 28,30 25,50
Revenu de la famille
- de 9 000 euros 38,20 45,9
9 000 à - de 12 000 euros 43,9 43,20
12 000 à - de 15 000 euros 40,70 43,20
15 000 à - de 18 000 euros 41,60 35,90
18 000 à - de 23 000 euros 39,20 37,4
23 000 à - de 27 000 euros 22,50 27,50
27 000 à - de 37 000 euros 20,60 18
37 000 à - de 46 000 euros 11,20 16,40
46 000 à - de 68 000 euros 8,20 3,60
68 000 euros et + 4,20 2,70
TOTAL 28,10 25,50
Source : Observatoire des Vacances et des Loisirs des Enfants et des Jeunes (OVLEJ) Enquête permanente des conditions de vie des ménages - INSEE Enquête vacances 2004 – Direction du Tourisme

Pour un peu plus d’un quart des enfants de 5 à 19 ans, les vacances ne sont pas synonyme de départ du domicile, selon les données de l’Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes (OVLEJ). Le taux de départ est particulièrement faible chez les enfants d’agriculteurs (46 %), de retraités (40 %), d’inactifs (44 %) et d’ouvriers (34 %). Une fraction très minime des enfants des catégories les plus aisées, de l’ordre de 3 %, ne part pas en congés contre plus de 40 % des enfants des familles les plus démunies.

Des aides au départ en vacances inéquitablement réparties

Part des 5-19 ans bénéficiaires d'aides au départ des CAF ou des comités d'entreprise selon le revenu annuel de la famille
Comité d'entreprise (en %)
CAF (en %)
Revenu annuel en euros
< à 9 000 2,60 6,10
9 à 12 000 0,0 5,7
12 à 15 000 2,30 9,0
15 à 18 000 9,80 9,90
18 à 23 000 10,40 8,80
23 à 27 000 15,80 8,30
27 à 37 000 20,50 1,60
37 à 46 000 20,90 0,60
46 à 68 000 25,50 2,50
> 68 000 17,30 0,0
Source : Observatoire des Vacances et des Loisirs des Enfants et des Jeunes (OVLEJ) - Enquête permanente des conditions de vie des ménages - Insee, Enquête vacances 2004 – Direction du Tourisme

Un peu plus d’un quart des 5-19 ans dont le revenu annuel de la famille est compris entre 46 000 et 68 000 euros partent en vacances grâce à des aides de comités d’entreprise. A peine 6 % de ceux dont le revenu de la famille est compris entre 9 000 et 12 000 euros par an bénéficient d’aides de la Caisse d’allocations familiales (Caf) pour espérer quitter leur domicile pendant les vacances solaires, aucun de ceux-là ne reçoit d’aides de comités d’entreprise.

La population aux revenus les plus bas ne dispose pas des aides au départ proposées le plus souvent par les comités des grandes entreprises et qui profitent plutôt aux enfants des cadres supérieurs. Quant aux aides des Caf, elles semblent mal réparties et ne ciblent pas en priorité les familles qui en auraient le plus besoin.

En savoir plus : "Les vacances 2004", Insee résultat n°86, coll. Société, Insee, octobre 2008. Lire en ligne.

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