Les jardins familiaux à la rescousse de la crise

SOCIAL. Les jardins familiaux attirent de plus en plus de candidats. À Saint-Jean-de-Luz, la liste d'attente s'allonge. Plus qu'un passe-temps, une arme anticrise pour se nourrir. Journal Sud-Ouest du 23 avril.

 
Serge Larburu est l'un des 21 heureux utilisateurs d'une parcelle. (photo s. c.)
Serge Larburu est l'un des 21 heureux utilisateurs d'une parcelle. (photo s. c.)

Serge Larburu passe presque toutes ses journées aux jardins familiaux de Saint-Jean-de-Luz. Retraité, il veille jalousement sur sa parcelle de 200 m². « Je ne fume pas, je ne bois pas, je ne vais pas au bistrot. Ça m'occupe et, au moins, je sais ce que je mange », sourit-il, la bêche à la main. Depuis la tempête de janvier dernier et la baisse récurrente du pouvoir d'achat, il met un soin particulier à anticiper les espèces les plus sujettes aux escalades de prix. « Beaucoup de serres ont été détruites pendant la tempête, les prochaines récoltes vont être très chères. Les petits pois, par exemple, vont sûrement augmenter. Je serai bien content d'avoir les miens... »

À quelques lots de Serge, Alain Labaigt lit tranquillement le journal dans son cabanon aménagé tout confort. Pour cet ancien jardinier arrivé il y a un an, la terre est une passion. « Cette parcelle, je l'ai attendue cinq ans. Quand mon dossier a été accepté, je n'y croyais plus. »

Pas de piston

Haricots verts, pommes de terre, artichauts, oignons, salades, tomates, fèves, petits pois... depuis qu'elle a décroché sa parcelle, la famille Labaigt se nourrit en partie de la récolte de son jardin, cultivée sans pesticides grâce à un engrais à base d'orties. « En été, on n'achète rien, on produit tout nous-mêmes et quand on a trop de pommes de terre par exemple, on en donne à la famille. Ce sont de sacrées économies. Quand on voit le prix d'un kilo de tomates, ça va vite, surtout qu'on est quatre à la maison. Pour 35 euros de cotisation annuelle, ça vaut largement le coup. » De quoi susciter des vocations. « Depuis qu'on a ce jardin, j'ai beaucoup d'amis qui me demandent "Alain, est-ce que tu peux nous avoir une parcelle ?" Mais ce n'est pas moi qui décide... »

Le rôle revient en effet à la mairie et, plus précisément, au Centre communal d'action sociale (CCAS) qui attribue les parcelles sur dossier, en priorité à des retraités et familles à revenus modestes. « La liste d'attente est actuellement de 19 familles pour un total de 21 lots », précise la directrice, Françoise Besnard.

Problème de foncier

Mais si la demande est là, l'heure n'est pas à l'acquisition de nouvelles parcelles. « Quand nous avons démarré les jardins, en 2001, il n'y avait que 14 lots. Par la suite, nous en avons ajouté 7. Aujourd'hui, rien n'est exclu mais, faute de foncier, l'augmentation du nombre de parcelles n'est pas dans nos priorités », prévient-elle.

En attendant, Alain Cazenave, le président de l'association Eden Baratzeak, qui gère les jardins, s'accommode de la situation. « La demande est croissante, c'est sûr. Mais il ne s'agit pas de s'étendre sur une zone pour déménager 5 ans après en fonction des projets d'aménagements routiers ou urbains. Un lot demande vraiment beaucoup de travail. Continuons à bien nous occuper de l'existant, nous verrons ensuite. »

Cultiver son jardin, une école de patience...

Auteur : Sophie Cicurel

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