Les néomilitants dans le monde

Arte. 13 septembre 2009. Contribution de la Sorcière

Les Yes Men

Imposteurs ? Hackers pervers et frimeurs cruels ? Andy et Mike sont certainement des professionnels du canular. Militants d'un nouveau genre, ils dénoncent le néolibéralisme avec sarcasme et férocité. Les Yes Men ou comment deux activistes altermondialistes américains particulièrement farfelus essayent de changer le cours du monde.

Qui sont-ils ?

  • Andy Bichlbaum

    En 1996, il travaille pour Maxim, une société californienne de création de jeux vidéos, qui a produit The Sims. Avant le lancement du jeu Simcopter, il insert un bug : deux hommes en maillot de bain sortent d’une piscine pour s’embrasser. La société n’apprécie pas. Pour Andy, ce n’est que le début d’une longue "carrière".

 

  • Mike Bonanno

    Il est professeur au Rensselaer Polytechnic Institute de New York. Artiste et culture jammer, il est le créateur du Barbie Liberation Organization. L'objectif: inverser les voix des Barbie et des G.I Joe. Les soldats machos se retrouvent donc à crier Let’s go shopping. Les petites blondes en plastique Vengeance is mine!

 

Que font-ils ?

Pour ridiculiser le libéralisme, les Yes Men sont prêts à tout. En 2001, ils créent un faux site Internet de l' OMC (Organisation mondiale du commerce). Ils se font passer pour des représentants de l'organisation et lors de la conférence Les Textiles du futur, en Finlande, Andy se présente sur scène en costume cravate.
Pour dénoncer les dérives du néolibéralisme et la convoitise des entreprises il joue, comme toujours, sur les registres de l'absurde. Il traite Gandhi d’«idiot protectionniste » et dénonce l’esclavage comme une perte de temps, une étape inutile avant l’exploitation des pays du tiers monde. Mais dans la salle tout le monde ne comprend pas l'ironie. Pour réveiller les invités les moins perspicaces, Andy enlève alors son costume pour se retrouver en maillot moulant doré avec un phallus gonflable géant.

Depuis, les Yes Men n’ont jamais arrêté leur activisme. Canular après canular, ils se sont fait passer pour des délégués de McDonald's, en proposant un modèle de développement économique pas très durable, de Dow Chemicals, l'entreprise responsable de la tragédie de Bhopal, et du United States Department of Housing and Urban Development, pour dénoncer la planification urbaine de la Nouvelle Orléans après le passage de l'ouragan Katrina.

Aujourd’hui, ils persistent à vouloir refaire le monde, en proposant à des assureurs américains les Survivaballs. Ce sont des costumes énormes censés protéger (les plus riches d'entre nous, car le Survivaball est cher) contre les attaques terroristes, les armes chimiques et les catastrophes naturelles. Un projet absurde, que les acheteurs ont pourtant pris au sérieux, alors que la vidéo est assez explicite !

 

Les grèves, les sit-in, les drapeaux et les slogans criés dans la rue appartiennent-ils au passé ? De nouvelles formes de contestation sont en train de naître. Diffusés sur le web, les messages passent vite et se propagent dans les cinq continents. Et ça marche !

Culture jamming

S'approprier un message publicitaire, détourner le concept et ridiculiser la multinationale visée. Un exemple de culture jamming. La revue canadienne Adbusters reste precurseur dans le domaine. Un magazine, un think-tank et une expérience artististique. Adbusters est un réseau mondial de sabotage culturel et de travail artistique. Objectifs : mettre en cause le pouvoir des entreprises, le fonctionnement des médias et la production des informations.

Les oeuvres des street artists, comme l'anglais Banksy ou le français Blek le rat, rentrent aussi dans cette démarche politique. La rue est donc le terrain de jeu des activistes et des publicitaires. Le groupe Billboard Liberation Front (Front de libération des affiches) se bat pour se réapproprier l'espace public et pour "la création d'un nouveau paradigme du street marketing".

Cyber-squatting

Alors que les entreprises cherchent à redorer leur image à coup d'opérations marketing, les cyber-squatteurs engagés, eux, mènent un travail de sape. Cyber-squatter une firme signifie enregistrer un nom de domaine correspondant à une marque pour produire des contenus différents de l'original et altérer ainsi la visibilité de cette marque.

Flash mob

Les flash mob sont des mobilisations éphémères. Des rassemblements organisés via des blogs, des médias sociaux – comme Facebook ou Twitter – ou via des mails viraux. Contestation, réappropriation de l'espace public et expérience artistique se croisent au musée, dans une gare ou dans un parc (pour célébrer la mort de Michael Jackson par exemple). Mais c'est aussi un moyen de sortir une communauté de la virtualité : wifi-picnicking, pillow fight flash mob – bataille de polochons improvisée – ou masse critique, une manifestation à vélo en ville.

Contre toutes les formes de pollutions

Dans tous les pays, des associations luttent contre la pollution environnementale, sonore ou visuelle. Par exemple, le collectif citoyen Carré vert avait bloqué et détourné la circulation du Périphérique, à Paris, en installant sur la chaussée un carré vert de 200 m² comme symbole de résistance à l’asphyxie et à la pollution de nos villes par le trafic automobile.

Le Club du néon passe les nuits à éteindre les enseignes lumineuses des boutiques et des banques pour réduire le gaspillage d’énergie et pour lutter contre la publicité excessive dans la rue. Les Déboulonneurs agissent contre l'agression publicitaire et la dégradation du paysage due au nombre d'affiches publicitaires.

 

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