Les nouveaux outils idéologiques pour saboter le web libre enfin dévoilés

Agoravox, par Christophe Certain (son site) mercredi 20 mai 2009

A l’heure où la loi Hadopi vient d’être votée et qu’on attend maintenant la LOPPSI * qui va permettre d’aller encore plus loin dans la mise sous tutelle du web, il est intéressant de constater l’apparition de nouveaux outils idéologiques pour discréditer (et peut-être bientôt interdire) tout ce qui ne va pas dans le sens de l’information officielle. Quand Alain Joannès, ancien journaliste et professeur de journalisme prétend nous parler sur son blog journalistiques.fr de la désinformation concernant l’épidémie de grippe H1N1, c’est en fait – bien malgré lui - de bien autre chose qu’il nous parle.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois dire tout d’abord que j’ai été frappé par le peu d’aménité dont fait preuve Alain Joannès pour tout ce qui n’appartient pas à son monde de référence, celui des journalistes professionnels. Je le cite :

« A l’intention des blogueurs incultes qui commentent ce qu’ils ne comprennent pas dans un style rédactionnel typique de la confusion mentale, voici une nouvelle image à plagier. »

« Quelques "journalistes citoyens" s’adonneraient à leur activité préférée : le plagiat. »

« J’ai été contacté par une "journaliste" se réclamant , la pauvre, de l’un de ces sites : elle était vivement intéressée par un seul détail de mon billet de dimanche : "C’est quoi la rumeur ? C’est quoi l’adresse du blog qui a lancé la rumeur ?". (Encore un peu de patience, cocotte, tu sauras bientôt tout). »

« Je vous dis franchement que votre rhétorique m’apparaît totalement fallacieuse, voire intellectuellement malhonnête, pour trois raisons que voici : »

« Le billet sur lequel vous avez déversé des raisonnements biaisés débouchant sur une mise en cause assez sournoise commençait par cette phrase prudente et précise : »

 

L’article est titré « La dynamique de désinformation sur les risques de pandémie ». Dans ce qu’il qualifie lui-même « d’étude », M. Joannès identifie notamment « 4 vecteurs de propagation » de la désinformation, et parmi ces vecteurs il identifie « une mouvance écolo-altermondialiste-anticapitaliste. ». Apprécions au passage avec quelle mesure ces choses-là sont dites. Il poursuit : « Ces trois sensibilités se rejoignent dans la mise en cause de Wall Street, des grandes firmes pharmaceutiques et de la mondialisation. A côté de cette mouvance, des groupes opposés à la vaccination obligatoire des enfants reprennent, avec une probable sincérité, les "démonstrations" idéologiques d’une fraction de l’ultra-gauche. »

A en croire Alain Joannès, le fait de remettre en cause Wall Street, les grandes firmes pharmaceutiques et la mondialisation est donc le signe d’une dangereuse désinformation. Il a le droit de le penser, mais prétendre parler de la désinformation en utilisant de pareils procédés est pour le moins contre-productif.

En plus de ce vecteur, Alain Joannès en définit trois autres. Celui des « conspirationnistes, adeptes de la "théorie du complot"  », les « réseaux anti-sionistes » (il parlera plus clairement un peu plus loin d’anti-sémites) et les « blogs et tweets de faux experts ». Dans sa démonstration, Alain Joannès identifie donc, sans le dire explicitement, une collusion objective entre les conspirationnistes, les antisémites, les escrocs et les alter et écologistes. Il est vrai que pour brouiller les cartes et salir ceux qui défendent autre chose que le pouvoir en place, les mélanger de cette façon avec la lie du web est un procédé efficace. On notera aussi au passage les présupposés idéologiques d’Alain Joannès : qui sont par exemple les « faux experts » ? Est-ce que leur qualité d’escrocs est indiquée sur leur site ou bien devons-nous ce qualificatif à la seule capacité d’appréciation de l’auteur de l’article ? Quelle est donc sa compétence à discerner les faux-experts des vrais ?

On peut en dire autant des « conspirationnistes ». Comme le disait un ancien ministre britannique « les complots existent, l’histoire l’a montré ». La différence entre aujourd’hui et hier est que les acteurs ou spectateurs du complot peuvent en témoigner sur le web. Même si leur parole est diluée dans un flot de mythes et de légendes, il y a de grandes chances que la vérité y soit aussi cachée, telle la pépite d’or dans la montagne. Or, on ne sait bien souvent la vérité sur les évènements que bien longtemps après qu’ils se soient produits. Pour Pearl Harbour, personne ne nie plus aujourd’hui que les militaires américains savaient que les Japonais attaqueraient Pearl Harbour, mais que cette attaque leur permettrait de changer l’état de l’opinion pour pouvoir entrer ensuite en guerre. C’est ce qui s’appelle de la manipulation de masse. Sans parler des mensonges plus récents sur les armes de destruction massive, l’uranium de Saddam Hussein, les prisons cachées de la CIA, les bunkers souterrains sous Bagdad construits par les Allemands, etc. Décréter donc que tous ceux qui produisent des explications de la réalité qui diffèrent de la réalité officielle du moment font partie de « groupes à irrationalités exacerbées », comme le dit plaisamment Alain Joannès, est donc simplement un moyen commode pour disqualifier à l’avance tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Pour ma part j’appelle ça du terrorisme intellectuel.

 

Source du schéma Alain Joannès http://www.journalistiques.fr/publi...

Alain Joannès poursuit sa démonstration par un schéma pseudo-explicatif qui relie par des liens « alters et écolos » avec « anti-vaccins » lesquels sont liés à « complot » puis « anti-sémites ». On ne peut pas alors s’empêcher de se demander sur quelle étude se fonde l’auteur pour se permettre de relier par des liens si lourds de sens les uns avec les autres, et à quel moment Alain Joannès va nous dévoiler les sites, les articles et les liens qui lui permettent de porter de telles accusations, faute de quoi son article sombrerait dans l’élucubration conspirationniste qu’il prétend dénoncer. Mais on a beau chercher, on ne trouve aucun lien, juste cette explication :

« Pour des raisons éthiques - et mon étude n’étant pas terminée - je ne fournirai pas, dans un premier temps, les liens conduisant vers les vecteurs de propagation de la désinformation. Trop d’exaltés se précipiteraient vers ces blogs pour y chercher des arguments qu’ils répliqueraient de manière virale. Quelques sites médiatiques iraient y chercher de quoi créer le buzz indispensable à leur business’’. »

On appréciera la rhétorique. Si Alain Joannès n’a pas fini son étude pourquoi la publie-t-il donc ? Est-ce là une pratique scientifique ? On savourera également le fait que ce soit pour des raisons « éthiques » qu’Alain Joannès ne nous fournisse pas ses sources. Enfin on ne peut s’empêcher de rire de bon coeur en lisant que l’auteur prétend pouvoir déclencher à lui tout seul un déchaînement viral sur la toile et que c’est à cause de ce danger - qui menacerait sans doute le web dans son ensemble - qu’il ne peut livrer ses sources. Il est vrai que ce que l’auteur risque de déclencher en mettant des noms sur les gens qu’il accuse, c’est une tempête de protestations, voire de plaintes pour diffamation, et on comprend mieux sa prudence. Précision utile, cet article date du 28 avril, nous sommes aujourd’hui le 20 mai, et ce que Alain Joannès appelle son « étude » n’est apparemment pas encore achevée, puisque qu’il n’a toujours fourni aucun lien pour étayer ce qu’il avance.

Il est particulièrement éclairant qu’Alain Joannès, pour nous parler de la désinformation, s’attaque de manière si virulente à des entités fantasmées dont il s’avère bien incapable de démontrer l’existence. Le conspirationniste n’est pas celui qu’on croit.

Ce n’est sans doute pas un hasard si Alain Joannès croit utile de jeter le discrédit sur le « journaliste citoyen », identifié comme « vecteur de désinformation », au moment où le gouvernement de ce pays achève la prise de contrôle des grands médias privés et publics, et s’occupe maintenant de verrouiller le web avec des lois scélérates comme Hadopi et bientôt Loppsi. Alain Joannès voit la paille dans l’oeil du blogueur mais ne voit pas (ou plutôt par cette manoeuvre tente de faire oublier) la poutre , que dis-je, l’obélisque, dans celui de l’appareil médiatique officiel, dont il est l’un des membres éminents. On peut parier que cette rhétorique exprimée ici dans sa pureté la plus cristalline sera un élément fondateur de la bataille qui s’engage maintenant sur le web et qui va consister à discréditer et harceler tous ceux qui osent encore penser par eux-mêmes. Fort heureusement, nous n’avons pas eu besoin du brevet de journalisme qu’Alain Joannès décerne à ses étudiants pour commencer à écrire, et nous n’aurons pas besoin de son approbation pour continuer. Sur le web, Monsieur Joannès, vous n’êtes pas dans une salle de classe, et nous ne sommes pas vos élèves.

Commentaires

  • Julien Gouesse
    Merci Chistophe. Alain Joannès déverse un tas d'ordures et habille le tout en énoncés pseudo-scientifiques.

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