Les plaisirs simples

Le Lot en Action. Article inédit. Par le Lutin qui lutte

Il est bientôt huit heures du matin. Je me réveille doucement. Stéphane Guillon, de sa voix malicieusement nasillarde, avec ses petites pointes aigües irrésistibles, vient de nous délivrer sa chronique, avec en toile de fond, les poufferies de ses petits camarades d’antenne. Mon chien gratte à la porte. Je lui ouvre et retourne me coucher en tapotant sur le matelas, signal d’invitation à mon cher quadrupède, à venir faire de même. Je rabats délicatement la couette sur le petit corps transi de mon toutou, qui se blottit contre moi. Les mains croisées derrière la tête, je réfléchis, je m’étire et je pète. Un pet long, puissant, ample, formidablement sonore, gras, cela va sans dire, magnifique quintessence olfactive de toutes les bonnes choses que j’ai ingurgitées la veille. Mon chien retrousse ses petites narines, se retourne et vient sentir cette bonne odeur qui sort de mes entrailles, en approchant sa truffe fraîche et humide des poils hirsutes qui bordent mon anus. Puis dans un couinement de satisfaction, il reprend sa position initiale et s’endort en ronflant. Il semble ravi. Je le suis aussi. Je me remémore le dîner d’hier : Une belle tranche de cou farci, accompagnée d’un mesclun de fines feuilles de salade, assaisonnées de vinaigre balsamique. Pour suivre une cuisse de canard lentement confite, dans la pure tradition lotoise, agrémentée de pommes de terre à la sarladaise, avec de beaux morceaux de cèpes de Bordeaux. Comme dessert, une jolie part de gâteau aux noix, nappée d’une délicieuse crème anglaise aux œufs de ferme. Le tout arrosé d’un divin Cahors, Château Chambert 1998, précisé je pour les connaisseurs. Mon chien est un gourmet.

Puis c’est le journal. L’équipe de France de football s’est qualifiée pour le Mondial 2010, grâce à un but apparemment entaché d’une énorme irrégularité. Le capitaine des Bleus, qui n’en est plus un, admet volontiers sa faute, mais ne se formalise pas outre mesure : L’arbitre n’a rien vu, il n’a pas sifflé la faute, c’est comme ça dans le sport, mais l’essentiel c’est que la France aille en Afrique du Sud ! L’entraîneur est sur le même registre. Idem pour certains des spectateurs interrogés à chaud à la sortie du stade et qui vont aller se défouler sur les Champs Elysée. La délicieuse Rama Yade, secrétaire d’état chargée des sports, annonce clairement la couleur : Seul le résultat compte. Aurait elle oublié son beau discours d’intronisation, les valeurs d’équité et de justice qui lui tiennent tant à cœur et qu’elle veut défendre de toute ses forces ? Il y a tricherie évidente mais cette fois ci, elle  ne s’offusque pas, et finalement rentre dans le rang des adeptes de la realpolitik, qu’elle a pourtant souvent fustigés avec virulence, car  l’Essentiel a été préservé. Il en est ainsi au doux royaume de France. Nos chers responsables politiques, quel que soit leur bord, quel que soit le niveau de leur mandat, peuvent dormir tranquille sur leurs deux oreilles. Qu’il y ait malversation, corruption, promesses non tenues, qui n’engagent, comme le disait si bien le truculent Charles Pasqua, que ceux qui les écoutent, décisions arbitraires, non respect des lois en vigueur, passages en force, enrichissement personnel sur le dos de la collectivité, peu importe, tant que l’Essentiel est préservé, tant que la France se qualifie pour le Mondial, tant que la maison Pernod Ricard arrive à fournir, tant que, comme le dit si bien notre ami Georges de Montpellier, les vieux reçoivent leur boite de chocolat pour Noël, tant que mon chien apprécie l’odeur de mes pets.

Cela fait maintenant plus de deux semaines que notre chère ministre de la santé et des sports, Roselyne pour les intimes, la Grosse Bertha pour les très intimes comme Bernard Laporte, l’Engin pour les autres membres du gouvernement, s’est fait vacciner. Les Français attendent. Mais qu’attendent ils donc tous ces bons Français qui ne s’offusquent pas ? Attendent ils que madame la Ministre soit victime du syndrome de Guillain Baré, que certaines des racines de ses nerfs périphériques soient atteintes, et qu’une paralysie bloque ses muscles linguaux, l’empêchant de s’exprimer devant les bancs de l’Assemblée lors des questions au gouvernement, posés par des députés vachards, à la déontologie politique plus que douteuse et aux intentions fielleuses ? Attendent ils que des pustules vertes poussent subitement sur le doux visage de notre chère Roselyne ? Certains esprits retors affirment en catimini, que le laboratoire, fournisseur officiel des doses de vaccin, aurait rajouté un adjuvant dans la dose réservée à Madame la Ministre, afin que les pustules, si pustules il y a, ne soient pas vertes mais roses fuchsia, et donc assorties aux magnifiques vestes que porte, avec tant de chic et d’élégance, notre chère Kunégonde.

Non, les bons Français n’attendent pas cela. Les bons Français qui ne s’offusquent pas, attendent tout autre chose. Ils attendent, dans la ferveur et le recueillement, l’arrivée imminente du Père Noël et de ses lutins, avec son gros chariot rempli de somptueux cadeaux, des consoles de jeux de guerre au réalisme étonnant pour les plus petits, des vanity cases chargés de magnifiques tubes de crèmes odorantes, parce que madame le vaut si bien, des gigantesques écrans plats à l’image parfaite, pour Monsieur, qui pense déjà à la prochaine coupe du monde et aux exploits des joueurs au maillot bleu qui nous font tant rêver et qui ont préservé l’Essentiel.

A noter, que madame la Ministre, a été beaucoup plus circonspecte et prudente dans ses propos que sa secrétaire d’état sur la polémique autour de la qualification. Serait ce un début d’effet indésirable du vaccin ? Dans ce cas il serait urgent de l’injecter à Frédéric Lefebvre, Nadine Morano, Eric Besson et Brice Hortefeux, qui ont le don d’irriter fortement notre petite Rama, qui franchement, elle aussi le vaut bien et qui a sa dose de vaccin personnalisé réservé dans les sous sols de l’Elysée, si par malheur, les choses venaient à mal tourner.

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