Les saucisses grillées au barbecue et flambées au pastis

La Lot en Action. Article paru dans le mag n°8,  par Le Lutin qui lutte

Ca vous a plu ? Vous en voulez encore ? Elles étaient bonnes mes anguilles ? Mais il y a un problème ?  Il faut habiter près d’une rivière,  posséder cannes et hameçons, et n’avoir que ça à foutre durant toute la sainte journée. Oui, je le concède, France d’en bas qui se lève tôt et qui  veut gagner plus, cette recette n’était pas très démocratique, pas très politiquement correcte, on peut le dire, complètement en inéquation avec  votre  mode de vie actuel, mes chers  compatriotes, ni avec vos nouveaux goûts culinaires. Je m’en excuse et je m’en repens.

Ainsi, je vais vous faire part durant les lignes qui vont suivre, d’une recette qu’un ami cheminot syndicaliste du dépôt de Bretenoux, rencontré lors de mes pérégrinations pédestres lotoises, pédestres bien évidemment, car, précisé-je pour ceux qui ont la mémoire courte, ou qui achètent le journal juste pour se torcher les fesses et allumer le barbecue, mon avion était tombé en panne d’essence près de Saint Céré, sinon c’est avec le plus grand plaisir que j’aurais volontiers fait vrombir mon vaillant petit moteur au dessus de vos fermes minables, effrayant votre progéniture édentée, faisant tourner le lait de vos vaches, interrompant le coït effrénée de votre chère et tendre épouse avec le facteur venu lui faire signer un recommandé, me délestant au passage de quelques bonnes nappes bien grasses de kérosène, afin de fertiliser vos choux et vos poireaux.. .

Où en étais-je ? A force de vouloir faire des phrases interminables et alambiquées comme Pierre Desproges, je perds mon fil, car n’est pas Pierre Desproges qui veut. Ah oui ! Mon ami cheminot, camarade syndiqué, du dépôt de Biars, qui craint pour les emplois de ses petits camarades, c’est tout à son honneur et c’est pour cela qu’il milite, ainsi que pour le sien, mais peut on lui reprocher car charité bien ordonnée ne commence t’elle pas par soi même ?, au détour de la conversation, à bâtons rompus, sinueuse certes, mais toujours sur des allées bien tracées, car mon ami, depuis quelques temps, a  horreur d’emprunter les chemins de traverses, allez donc savoir pourquoi, bien qu’il ne soit pas le seul à être frappé de cette phobie subite, à l’instar du directeur de son dépôt, du maire de Biars, et même du président du conseil général. Dès qu’ils entendent le mot Traverses, ils sortent leurs masques à gaz ! Au détour de la conversation, donc, car cette fois ci, tel Thésée, j’ai  accroché mon fil d’Ariane à une partie de mon anatomie que les bonnes mœurs m’interdisent de nommer ici, car vous n’y pensez pas quand même : Pendant que votre femme signe le recommandé, les enfants pourraient abandonner leur jeu sur la playstation  « Guerre totale en Afghanistan, Pas de survivants » et ouvrir le journal « Le lot en action »( un peu d’auto promotion ne peut jamais faire de mal ),  et tomber malencontreusement sur  cette dégoûtante chronique…Non la morale doit rester sauve, afin que nos enfants s’épanouissent pleinement, en ayant des pensées saines , en s’alimentant avec de la nourriture saine, en buvant de l’eau saine et en respirant un air sain. Sinon à quoi ça sert de se faire chier dans le Lot et à se peler l’hiver…

La recette donc, car je sens que certains d’entre vous s’impatientent, braillent, vitupèrent, voire même vocifèrent. Mais qu’a-t-il donc cette fois ci à tourner autour du pot, à promettre qu’il va se saisir du dossier puis à se rétracter, ou dire que son chef de cabinet n’a pas fait le nécessaire, ou bien que le traitement du problème demande temps et réflexion, car la situation est complexe et que les enjeux économiques, ainsi que politiques sont de taille, surtout en ces périodes de récession, et d’échéances électorales,  durant lesquelles le moindre faux pas peut être fatal, mais quoi qu’il en soit, le dossier est là, sous le coude, car il ne serait pas normal dans une démocratie, que de tels manquements ne soient pas dénoncés et restent impunis, vive la République et vive la France… Et passez-moi les petits fours… 

Cette fois ci je me lance et vous livre la recette de mon ami Gégé, cheminot syndiqué au dépôt de Bretenoux : Les saucisses grillées au barbecue et flambées au pastis. 
«Dans un premier temps, il te faut trouver un motif de grève, donc un arrêt du travail, donc la création d’une délégation syndicale. Quand ta délégation a été désignée par l’ensemble des travailleurs, tu envoies celle-ci, en général mézigue et Robert, pour ce qui concerne notre dépôt, en mission spéciale, avec réquisition d’un véhicule de service, c’est dans les statuts. On file donc au supermarché local, avec l’enveloppe allouée par notre trésorier, tandis que les autres organisent le piquet de grève, c'est-à-dire, mettent la table. Primo, il faut choisir des saucisses, environ 1 kilo par personne, ça peut paraître beaucoup mais il y a toujours des invités surprise, euh pardon des responsables d’autres délégations, et puis de toute façon, froid c’est bon. N’importe quelles saucisses : Des chipolatas, des toulouses, des montbéliards, des merguez, un assortiment sera le mieux. Ensuite on passe au rayon chips, olives, pistaches, cacahuètes et tout le saint Frusquin. Maintenant on attaque les choses sérieuses : Le liquide. Quelques cubis , du Muscat pour les dames, et bien sûr du Pastis. Un litre par personne environ, la qualité de la recette en dépend. On prend bien entendu quelques gâteaux pour les collègues qui ont la gueule sucrée, et pour finir on s’occupe du charbon de bois. Là, c’est pas compliqué, tu prends la marque Braisal, c’est la meilleure. Notre responsable syndical, qui est souvent invité chez le directeur du dépôt, pour une garden party, euh pardon,  une réunion pré-délégationnelle, nous a affirmé qu’ils utilisaient la même pour faire griller les magrets. En plus le trésorier nous a dit qu’on avait des bons de réduction et pleins d’avantages. De retour au dépôt, tu prépares ton barbecue. Tu remplis ta cuve avec ton charbon de bois, tu mouilles avec un peu de pastis et tu allumes avec un vieux journal, comme ce torchon de « lot en action ». J’en profite alors pour faire remarquer à Gégé, que pour des raisons écologiques, un journal peut servir d’allume barbecue, mais aussi de torche cul, mais qu’il y a un ordre à respecter. Il est plus facile d’allumer le barbecue avec un journal qui a servi de torche cul, que de se torcher le cul avec un journal qui a servi à allumer le barbecue.

Devant ces considérations relevant  d’un pur  syllogisme rabelaisien, mon ami Gégé reste intraitable : « T’es pas secoué ! Le journal, il doit être propre. Sinon ça pourrait donner un mauvais goût à la viande. Bon ! Tu fais ta braise, pendant que les copains servent le pastis en apéro, euh pardon, pendant que les membres de la délégation inscrivent leurs revendications. Tu fais griller tes saucisses, bien à point, pour faire tomber tout le gras sur la braise, et là tu flambes au pastis, s’il en reste, sans te cramer les poils des bras et la moustache ! Ensuite, il n’y a plus qu’à déguster et à voter le maintien de la grève. » Je fais aimablement remarquer à Gégé que des rumeurs courent sur la nocivité de son fameux charbon de bois.                                      « Ecoutes moi bien, me répond il lapidairement.Ca fait trente ans que je suis au parti communiste, camarade syndiqué à la CGT, et que je participe à des piquets de grève. C’est pour te dire que des conneries, j’en ai  entendues. Mais des comme ça ! Jamais !!! On a même fait grillé des bœufs entiers, du temps que Jojo le Marchais, c’était un cador ! On brûlait carrément les traverses… On n’a jamais été malade ! » Las d’argumenter, je passe l’éponge et me dis que finalement, le Gégé, il a peut être pas tort. Il n’y a que la foi qui sauve, ou bien est ce le pastis qui conserve ?  Dans un prochain numéro, je vous dirai à quelle partie de mon anatomie j’accrochai tantôt mon fil d’Ariane,  mais seulement  quand les enfants seront couchés. Pardon ? Eux aussi ils aiment les saucisses grillées ? Et vous aussi vous aimez vous flamber au pastis ?  Et les histoires grivoises vous intéressent ?   Alors, comme le dit si bien Voltaire : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. »

MON MEAT COULE PAS !
J’aimerais avoir une pensée amicale pour nos amis cheminots, qui font un travail difficile, auprès desquels je m’excuse d’avoir tiré ainsi à boulets rouges, chose normale pour des syndicalistes me direz vous, mais que peut on y faire, la nature humaine est ainsi constituée, il faut des victimes expiatoires, choisies dans la même couche sociale, issues de la même fange dans laquelle nous surnageons, sous le regard ironique des castes dominantes qui maîtrisent l’art de diviser pour mieux régner. J’eus la faiblesse de sacrifier à ce penchant, mais comme le disait Michel Audiard : « Ce fut injuste mais ça soulage ! »

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