Les vacances dans le Lot

Le Lot en Action. Article paru dans le mag n°4. Par le Lutin qui lutte

Délaissant mes pénates méridionales, las il est vrai, des stridulations lancinantes des cigales neurasthéniques et des onomatopées vociférantes d’aficionados olympiens, qui malheureusement essaiment et se reproduisent sur tout le littoral méditerranéen, je décidai, sous le fallacieux et suranné prétexte d’aller chrysanthèmer quelque aïeul quercynois imaginaire, de me rendre dans le Lot, à quelques encablures du légendaire et mythique site de Rocamadour, où j’avais gardé quelques accointances, et surtout quelques copains de boisson.

Abandonnant toutes affaires courantes, je sautais dans mon vieux Cessna 150, qui a le petit défaut de dériver sur la droite, mais peut on vraiment lui reprocher, et m’envolais, cap au nord, vers l’aéroport de Livernon, où m’attendais une petite maison confortable, flanquée d’un spacieux hangar pour ranger mon aéronef, avec un accès direct aux pistes, endroit à partir duquel je pourrais rayonner dans toute la région. A l’arrivée, rien de tout cela ! Aucune trace de maisons, ni même d’ébauche de constructions autour de l’aéroport ! Le baron local qui m’avait refilé l’affaire m’aurait il menti ? Je faisais quelques passages à basse altitude au dessus de Livernon et de sa région, reconnaissant au passage le crâne dégarni et la barbichette d’un ancien nain de jardin, reconverti dans la politique et la défense des travailleurs, à la retraite maintenant, qui s’affairait, en compagnie de son épouse, au ramassage des feuilles.


Monsieur avait troqué sa chemisette Lacoste pour une robuste salopette en toile verte. Madame avait laissé son sac Vuitton au placard et, munie de gants en plastique rose, rassemblait dans des sacs poubelle, les feuilles mortes qui jonchaient le sol.
« Les communistes n’avaient ils pas le droit, eux aussi, dans l’intimité de leurs vies privées, de posséder quelques objets de l’industrie du  Luxe, bien qu’ils prônassent le contraire, quand ils haranguaient les sidérurgistes laissés sur le carreau ? Madame Arlette n’avait elle pas confié qu’elle se verrait bien dans une robe Saint Laurent ? »

J’en étais là de mes profondes interrogations qui me taraudaient l’esprit, quand soudainement, les pâles de mon vieux coucou s’arrêtèrent net, panne d’essence… Gardant mon calme, je descendais adroitement en vol plané, pour me poser sans encombre sur une jolie prairie qui jouxtait l’adorable et coquette ville de Saint Céré, où, par le plus pur des hasards, je possédais également une autre petite maison, située dans un ravissant lotissement de construction récente, ainsi que me l’avait promis le roitelet des lieux, assisté de son fidèle et dévoué lieutenant responsable de l’équipement. J’eus beau chercher, tourner autour de la cité bourgeoise, passer et repasser devant les bienveillantes caméras de vidéo surveillance, à la présence si rassurante, dans une ville au charme discret mais néanmoins fort cossue, certes tranquille, mais cernée par des municipalités tenus par des manants gauchisants, qui n’hésiteraient pas à envoyer leurs hordes de délinquants et de traîne savates, à l’assaut de la paisible bourgade, patrie de Jean Lurçat et de Pierre Poujade… Je ne trouvais rien !


M’aurait on encore menti, ou bien une machination diabolique empêchait elle nos chers Princes de mener à bien leurs grandioses projets de développement économique ? Je pensais subitement à ma mutine voisine de pallier, qui possédait une magnifique paire de petits seins serrés, adepte elle aussi de la vidéo surveillance, par webcam interposée et facebook illimité.



En désespoir de cause, je quittais la ville, baignée par la rivière Bave, remontait par la cascade d’Autoire, laissait le gouffre de Padirac à ma droite, empruntait la route sinueuse qui mène à Alvignac, me délestais au passage de quelques pièces, sonnantes et trébuchantes, dans les accortes machines à sous du Casino, lieu privilégié s’il en est, où tout n’est que calme, luxe et volupté, traversais la route nationale, pour me retrouver enfin sur le belvédère de l’Hospitalet, à contempler, fourbu mais béat, l’auguste et éternelle Cité mariale.
De l’autre côté du canyon, m’attendait une petite fermette, à la cheminée qui fume, habitée par des gens simples et débonnaires, qui m’accueilleraient les bras ouverts, heureux de partager quelques bons repas et quelques dives bouteilles, tandis que la saison froide peu à peu s’installe, que les brumes matinales s’élèvent nonchalamment de la vallée de l’Ouysse et de ses gouffres mystérieux, nimbant d’un voile blanc, transparent et cotonneux, les collines recouvertes du plus beau des manteaux aux teintes orangées, parsemées de ci et là d’éclats de rouge des cornouillers séculaires, sous les cris rauques des corbeaux noirs, qui depuis toujours, jalousement gardent les lieux.

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