Les Yes Men : le Web, yes sir !

Le Lot en Action mag n°9. 28 janvier 2010 par Monique Crépault



Certains créent de fausses pages web pour voler de l’argent, des identités ou des biens, d’autres le font pour dénoncer l’avarice et le capitalisme à outrance. Le coup éclatant des Yes Men lors de la conférence de Copenhague ouvre la porte à une nouvelle forme d’activisme et nous rappelle une évidence : faut pas croire tout ce qui est écrit sur le web.

À une époque où on a tendance à prendre les écrits de Wikipédia pour parole d’évangile, il suffit pourtant qu’un écrivain et un professeur d’art déjantés créent un faux site gouvernemental et un faux compte Twitter pour nous rappeler la fragilité des apparences virtuelles. Le monde de l’information déborde de canulars. Ce qui différencie ceux des Yes Men des autres canulars, c’est qu’ils ne les font pas pour le profit. Les canulars des Yes Men sont l’expression de leur outrage envers les dirigeants et les grosses entreprises qui visent le profit avant tout. Pour eux, une démocratie n’a sens que si l’outrage public peut s’exprimer sans se faire bâillonner et suffisamment pour avoir des répercussions sur les actions des haut placés.

Pour la libération de Barbie !
Jacque Servin et Igor Vamos, les deux hommes derrière les Yes Men, n’en sont pas à leur premier canular. Igor Vamos s’est fait connaître en 1993 avec un premier coup, soit l’achat de 300 poupées Barbie et G.I.Joe dont il a interverti les boîtes vocales électroniques avant de les retourner aux magasins. Résultat : les G.I.Joe déclaraient vouloir aller magasiner et les Barbie criaient à la vengeance ! En 1996, Jacque Servin, qui travaillait à l’époque comme programmeur informatique pour Maxis, une société américaine de création de jeux vidéo, dont les Sims, modifie secrètement le code du jeu SimCopter pour que certains personnages masculins du jeu se mettent à s’embrasser à des moments prédéfinis. Résultat : il se fait mettre à la porte… Les Yes Men sont comme des miroirs grossissant qui exagèrent les caractéristiques les plus hideuses de ce qu’ils veulent dénoncer. Ils font semblant d’être d’accord avec les gens qu’ils dénoncent jusqu’à ce que leurs idées deviennent complètement grotesques, même si le public n’y voit souvent que du feu.

Votes à vendre et coutumes à abattre
En mai 2000, Jacque Servin emprunte une fausse identité lors du sommet de l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce, et propose entre autres, pour faciliter la mondialisation de l’économie, la vente aux enchères des votes lors des élections et l’élimination de toutes les coutumes nationales, comme les siestes en plein milieu de l’après-midi. Le public n’a aucune réaction particulière, que des remerciements et des applaudissements. En 2004, les Yes Men parcourent les États-Unis dans une camionnette, se font passer pour un groupe pro-Bush et invitent les gens à signer un gage de patriotisme par lequel ils acceptent entre autres d’accueillir près de chez eux un site de stockage de déchets nucléaires et d’envoyer leurs enfants faire la guerre à l’étranger. Le 3 décembre de la même année, lors du 20e anniversaire de la catastrophe de Bhopal, Jacque Servin affirme sur les ondes de BBC World qu’il s’appelle Jude Finisterra et qu’il est le porte-parole de Dow Chemical, la compagnie majoritairement propriétaire de Union Carbide, l’usine responsable de la tragédie. Il explique que Dow a décidé de vendre Union Carbide et d’utiliser les milliards de dollars de la vente pour offrir des soins médicaux aux victimes, nettoyer le site et financer des recherches sur les dangers des autres produits de Dow. Moins d’une demi-heure plus tard, l’action Dow chute de deux milliards de dollars. La nouvelle, et son démenti par Dow, font la manchette des médias.

Le ridicule ne tue pas, la course au profit, oui
L’année suivante, les Yes Men incarnent encore une fois des représentants de Dow Chemical lors d’une importante conférence bancaire au cours de laquelle ils déclarent que toute quantité de morts humaines est acceptable tant qu’un projet est profitable. La plupart des banquiers applaudissent.
En 2006, lors d’une conférence en Finlande, les Yes Men incarnent des représentants de Halliburton, une multinationale américaine spécialisée dans l’exploitation pétrolière, et dévoilent la SurvivaBall, un grotesque costume en nylon de six pieds de diamètre sensé protéger les participants des calamités climatiques causées par l’exploitation pétrolière. Le public, formé en majorité d’assureurs, se montre très intéressé et demande combien ça coûte, est-ce que ça fonctionnerait lors d’une attaque terroriste, etc.


En juin 2007, les deux larrons se font passer pour des représentants de Exxon Mobil et du NPC (National Petroleum Council) lors de la plus grande conférence sur le pétrole du Canada. Ils annoncent aux 300 représentants pétroliers que même dans le cas des pires catastrophes planétaires, l’industrie pétrolière pourra poursuivre ses activités en transformant les milliards de personnes qui mourront en… pétrole ! Ils proposent alors à leur audience d’allumer des bougies fabriquées à partir d’un ancien employé d’Exxon Mobil. Personne ne réagit, jusqu’à la présentation d’une vidéo où l’on voit le soi-disant employé expliquer qu’il veut être transformé en bougie à sa mort. Un des (vrais) directeurs présents se rend finalement compte de la supercherie et fait évacuer la salle.
En novembre 2008, les Yes Men avec l’aide de nombreux volontaires distribuent dans les rues de New York cent mille exemplaires d’un faux numéro du New York Times dont la une déclare que la guerre en Irak est finie. Un faux site web soutient la nouvelle.
Les Yes Men utilisent le web comme outil de revendication, grâce à la création de faux sites quasi identiques aux originaux. Le canular de Copenhague n’a certes rien changé à l’issue de la conférence, mais il a secoué l’opinion publique en soulignant l’absurdité des propositions canadiennes en matière environnementales, tout comme les autres canulars du groupe ont souligné la petitesse de toutes les actions qui n’ont que le profit comme but. Pour connaître leurs prochains exploits, on s’inscrit sur leur site ! (http://theyesmen.org)

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