Lettre ouverte à Brice Hortefeux

Plume de Presse. 13 juillet 2009 par Olivier Bonnet

Cinquième éborgné par un tir policier de flashball


flashMonsieur le ministre de l’Intérieur,

Joachim Gatti est la cinquième victime éborgnée par un tir de flashball (voir Œil pour œil en ce qui concerne les quatre premières). Trois fractures au visage, le globe oculaire fendu en deux et la paupière arrachée : voici l’effet que peut causer cette "arme à létalité atténuée". Le NouvelObs.com résume le contexte : "Les faits remontent à mercredi dernier, 8 juillet. A la suite d’un ordre de la préfecture de Seine-Saint-Denis, une quinzaine de personnes sont évacuées dans la matinée, sans heurts, des locaux d’une ancienne clinique à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Dans la soirée, une trentaine de personnes, dont Joachim Gatti, organisent un rassemblement "festif" devant les locaux de l’ancienne clinique pour protester contre l’expulsion et mobiliser le voisinage. Il semblerait ensuite, selon le père, que les policiers aient tiré sur les personnes rassemblées afin de les disperser. Joachim Gatti reçoit un tir de flash-ball au visage lors de cette évacuation. Transporté dans un hôpital parisien, il perd la vue de son œil droit, trop endommagé." La préfecture prétend que les forces de police ont répondu à des lancers de projectiles. Joachim le nie farouchement. Son père, le réalisateur Stéphane Gatti, rapporte la version des faits de son fils, également sur Le NouvelObs.com : "Il y a eu des feux d’artifice au dessus du marché. Nous nous y sommes rendus. Immédiatement, les policiers qui surveillaient depuis leur voiture se sont déployés devant. Une minute plus tard, alors que nous nous trouvions encore en face de la clinique, à la hauteur du marché couvert, les policiers qui marchaient à quelques mètres derrière nous, ont tiré sur notre groupe au moyen de leur flashball. A ce moment-là je marchais et j’ai regardé en direction des policiers. J’ai senti un choc violent au niveau de mon œil droit. Sous la force de l’impact je suis tombé au sol. Des personnes m’ont aidé à me relever et m’ont soutenu jusqu’à ce que je m’assoie sur un trottoir dans la rue de Paris. Devant l’intensité de la douleur et des saignements des pompiers ont été appelés." Il n’y a pas eu d’affrontement. Cinq personnes ont été touchés par ces tirs de flashball, tous au dessus de la taille. Il ne peut être question de bavures. Ils étaient une trentaine et n’étaient une menace pour personne. (...) Joachim Gatti, un réalisateur de 34 ans a reçu une balle de flashball en plein visage alors qu’il manifestait pour soutenir des squatteurs expulsés. Il a perdu un œil du fait de la brutalité policière."

N’importe quel citoyen peut-il aujourd’hui, se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment, prendre un tir de flashball dans la tête et perdre un oeil ? Ou encaisser une décharge de taser, juste parce qu’un fonctionnaire de police aura voulu jouer les gros bras ? Et l’on s’étonne du climat désastreux qui règne panneauentre la police et la population ? Les parents d’un lycéen éborgné à Nantes en 2007 estiment, dans un communiqué repris par Altermonde-sans-frontières, qu’on peut légitimement se demander si les policiers n’ont pas visé l’oeil exprès, avant de conclure : "On peut estimer ce soir que les enquêtes ouvertes par les procureurs de Nantes et de Toulouse n’aient aucunement dissuadé la police d’utiliser de tels armements sans discernement, pas plus que les reproches graves et circonstanciés faits à la police dans l’affaire de Nantes par la CNDS (Commission nationale de déontologie de la sécurité) et par Amnesty Internationnal. Il est urgent que l’ensemble des personnes et mouvements attachés à la démocratie se saisissent de ce problème urgent, le nouvel armement de la police et les graves mutilations qu’il peut causer sur des innocents, problème encore actuellement placé au second plan dans le débat public."

Monsieur Hortefeux, il vous appartient, en tant que responsable suprême des forces de l’ordre, de prendre les mesures qui s’imposent afin que pareilles brutalités ne se reproduisent pas. Il convient d’interdire les tirs de flashball au visage. Et que les enquêtes en cours à propos de telles bavures débouchent sur la condamnation exemplaire des sarkoballfonctionnaires fautifs. Permettez-nous d’en douter, tant les vieux réflexes de défense de la police coûte que coûte sont tenaces. La préfecture n’a-t-elle pas osé affirmer : "Nous avons bien eu connaissance qu’un jeune homme a perdu son œil mais pour le moment il n’y a pas de lien établi de manière certaine entre la perte de l’œil et le tir de flashball" ? Nous vous conjurons de rompre avec de telles attitudes : elles entretiennent le sentiment d’impunité qui autorise certains policiers à se comporter comme des barbares. Sans une action résolue de votre part pour lutter contre de telles pratiques, vous en serez tenu pour personnellement responsable.

PS : veuillez transmettre à votre collègue compétent en matière de santé publique l’observation de La revue des ressources, à propos d’un autre aspect de cette affaire : "A quoi il faut ajouter que la disparition des services chirurgicaux d’urgence en dehors des heures ouvrables a conduit le patient à ne pouvoir être opéré que le lendemain matin où il est encore, à l’Hôtel Dieu, après avoir été refusé aux Quinze Vingt "faute de place", depuis l’hôpital de Montreuil. En dépit de l’intervention remarquable de l’équipe qui le prit en main avant midi le 9 juillet, ce que personne ne conteste et même l’en remercie, dans ce cas d’atteinte comme dans le cas de tout autre accident, mais s’agissant particulièrement ici de l’oeil éclaté, de la fracture de l’os de la cavité oculaire, de l’arrachement de la paupière, et de la fracture du nez, dans une présentation proche des points cérébraux vitaux, autant dire, vu le traumatisme et l’hémorragie, si le rituel de la pénurie hospitalière qui s’est présentée en premier lieu, en protocole d’attente puis de soins différés au lendemain, est loin de l’urgence entendue comme devoir d’assistance à personne en danger, et pour sauver la possibilité de réparation maximale des zones atteintes en intervenant sans délai."

 

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