Lot : pollution à la créosote. Le chemin des traverses, suite

Le Lot en Action. Article du mag n°6 par Bluboux

Petit rappel pour les lecteurs qui n’auraient pas lu l’article paru dans notre dernier numéro, relatant le début de notre enquête sur les traverses de chemin de fer (vous pouvez commander le n°5 en nous contactant par mail, téléphone, courrier ou encore chez votre distributeur). Depuis juin 2003 l’utilisation des traverses, et plus généralement des bois créosotés, est interdite ; la créosote utilisée pour rendre le bois imputrescible est une de ces saloperies chimiques que l’on a utilisé durant des générations, sachant que c’était très toxique, mais bon, la loi l’autorisant cela rendait service à de nombreuses industries, leur évitant de dépenser trop d’argent. Et puis s’il fallait tout le temps se soucier de la santé publique, les bénéfices des grosses entreprises polluantes et les dividendes de leurs actionnaires seraient mis à mal. Et ça c’est inadmissible comprenez-vous, surtout dans une période où les entreprises souffrent. Et puis il faut préserver l’emploi… Une exception a toutefois été accordée dans l’arrêté du 2 juin 2003 pour la SNCF et là encore il est nécessaire de s’y arrêter un instant. La France a été obligée de transcrire une loi européenne qui interdit la créosote puisque le  Comité scientifique de la toxicité, de l'écotoxicité et de l'environnement (CSTEE) a souligné le caractère cancérigène de cette préparation. Mais elle l’a fait à reculons, et la raison est purement financière : les traverses sont depuis ce décret considérée comme « déchets dangereux » et doivent être suivies jusqu’à leur destruction dans des incinérateurs agréés et offrant les garanties nécessaires, notamment quand aux rejets dans l’atmosphère, parce que la créosote en l’état est déjà très toxique, mais brûlée, c’est encore pire. La SNCF retirant environ 100.000 tonnes de traverses chaque année, on comprend très vite que les sommes en jeu sont colossales.


La DRIRE (le gendarme des industries polluantes) a épinglé la SNCF et en février de cette année, la préfecture l’a mise en demeure de réaliser des travaux urgents, sous 6 mois, constatant une pollution des eaux (Cère, Dordogne et nappe phréatique) et surtout des rejets dans l’atmosphère de dérivés de la créosote. La SNCF tergiverse, commande des études, mais à ce jour rien n’est fait, et l’entreprise d’état ne prend même pas la peine d’informer les populations locales sur les risques énormes encourus attendant d’être « sollicitée par les élus et les riverains »
Vous commencez à connaitre la ligne éditoriale du journal ainsi que les motivations citoyennes et militantes qui nous animent. Il est donc hors de question de laisser les choses en l’état, et nous continuerons à enquêter sur cette affaire jusqu’à ce que les choses bougent concrètement.


La SNCF attendant d’être interpellée par les élus, nous les avons donc contactés. Et croyez-moi, dès qu’il s’agit de s’exprimer sur cette affaire, les portes ont tendances à se fermer !
Nous avons réussi à nous entretenir de ce dossier avec Dominque Orliac, député du Lot. Après avoir pris le dossier, Madame Orliac s’est engagée à interpeller le préfet, trouvant inadmissible qu’un décret ne soit suivi ni d’effet, ni de contrôle, ni de sanction. Dès réception de la copie du courrier, nous le publierons sur le site. Il est étonnant de constater que l’autre député du Lot, Monsieur Jean Launay, Maire de Bretenoux, n’ait pas pris contact avec nous comme nous l’avions convenu avec son attaché parlementaire.
Après plusieurs sollicitations du président du Conseil Général, Monsieur Miquel, (un premier rendez-vous annulé lors de la réunion publique à Figeac, jeudi dernier et un second, téléphonique, le lendemain matin), nous pensions qu’il serait très difficile de pouvoir le rencontrer. Vendredi après-midi, étant invité au pot des France Télécom qui fêtaient leur victoire à Bégoux, j’eu la surprise de voir toutes les huiles locales et ne ratais pas l’occasion. Monsieur Miquel fut un tantinet embarrassé par ma question et mon invitation à s’exprimer sur ce sujet. « Ecoutez, je ne suis pas au courant de ce dossier, je vais l’étudier. Mais il faut que je vous dise une chose, ce qui est important c’est que la SNCF ne ferme pas ce site » Si Monsieur Miquel entend par là ne rien faire, ni vague ni bruit pour préserver les intérêts d’une entreprise au détriment de la santé de milliers d’habitants, je pense que les électeurs apprécierons.
Lors de l’interview du président de la Région, Monsieur Martin Malvy (article page 3), nous l’avons alerté sur cette affaire. Il s’est engagé à étudier le dossier mais à d’ores et déjà précisé qu’il était hors de question que la Région intervienne financièrement. La SNCF est responsable, doit assumer les mises en conformité et respecter la loi. Le coordinateur régional de la SNCF, Monsieur Merlaud nous avait laissé entendre que la SNCF envisage de solliciter l’aide des collectivités. Le message est donc clair en ce qui concerne la Région.
Serge Laybros, conseiller régional, c’est également déclaré très concerné et s’est engagé à étudier le dossier.

Jean-Luc Mélenchon, député au parlement européen ainsi que Martine Billard, ancienne porte parole des Verts et député de Paris sont également saisis de cette affaire.



Sidénergie


La société Sidénergie, basée à Laval de Cère, récupère les traverses de la SNCF (10.000 tonnes par an) et les transforme… en charbon de bois pour barbecue, commercialisé notamment sous la marque « Braisal» (remarquez sur la photo du sac la mention Charbon naturel). Il est très étonnant et inquiétant, voire effrayant que des déchets dangereux soient transformés en produits vendus et utilisés dans le circuit alimentaire. Nous avions contacté la société Sidénergie, mais cette dernière ne souhaite pas communiquer pour le moment, se retranchant derrière les autorisations obtenues par la DDASS du Lot et les contrôles de la DRIRE.


Nous avons contacté le Directeur de la DDASS du Lot, Monsieur Dominique François, pour lui demander de nous transmettre les documents publics concernant cette société. Et là surprise, nous avons essuyé un refus ! « Ici tout est transparent, mais je ne peux vous transmettre ces documents publics sans l’autorisation du Préfet ». Sic !  Des documents rendus publics doivent être libres d’accès. Par exemple en ce qui concerne la qualité des eaux (L’entreprise Sidénergie est bordée par la Cère), la loi sur l’eau du 3 janvier 1992 a confirmé le caractère public et communicable de l’ensemble des données relatives à la qualité des eaux. Les résultats d’analyses, les synthèses annuelles de qualité sont des documents mis à la disposition du public (décret du 26 septembre 1994).
De plus en plus inquiets, nous avons contacté le Directeur de Cabinet de Super Préfet, Monsieur Guillaume Quenet. Ce dernier, très condescendant, nous a confirmé que c’était une procédure normale, a prétexté un agenda très chargé ne lui permettant pas de prendre connaissance de notre demande et promis de nous rappeler. Aucune nouvelle et impossible de le joindre à nouveau au téléphone.
Nous recueillons de nombreux témoignages d’habitants de Laval de Cère et de communes environnantes, qui semblent démontrer que la Cère et les terrains de la commune sont fortement pollués. Des animaux meurent en ayant les poumons atrophiés. La faune et la flore sont dans un état inquiétant, et même s’il n’est à ce stade de l’enquête pas possible de prouver que la société Sidénergie est directement responsable, il est légitime d’émettre de sérieux doutes, renforcés par l’attitude de la préfecture et des administrations.

 

Et l'état dans tout ça...

La problématique dépasse les enjeux des communes de Biars et de Laval de Cère. La SNCF-RFF ne respecte pas la loi, et ce depuis 2003, en ne suivant pas ses déchets dangereux (dissémination de traverses sur tout le réseau, sans aucune protection depuis des années) et se débarrasse de ces derniers à bon compte en les refourguant à Sidénergie, sans assumer ses obligations de suivi. Si la SNCF-RFF devait détruire, ou payer une entreprise agréée pour le faire dans des conditions légales, la facture serait… colossale. Quant à la société Sidénergie, elle récupère  de la « matière première » pour la transformer en produits liés à l’alimentation, réalisant ainsi de fortes marges.
L’affaire arrange donc les protagonistes. Est-il besoin de préciser que l’actionnaire unique de la SNCF et de RFF est… l’état. On comprend mieux, à la lumière de toutes ces informations, le laxisme (et ce terme est pour le moins gentil) dont fait preuve ce dernier : les arrêtés d’août 2008 et février 2009 ne sont toujours pas respectés, malgré la mise en demeure, et l’on ne peut pas vraiment dire que Super Préfet ce soit vraiment énervé pour faire avancer ce dossier. En ce qui concerne la DDASS, s’il s’avère que les autorisations de fabriquer du charbon de bois pour barbecue, à partir de déchet dangereux ont bien été accordées, soit il y a un sérieux bug dans les processus d’octroi de ces autorisation, soit il y a clairement complicité des services de l’état dans cette affaire, et s’il était prouvé que tout cela est dangereux pour la santé humaine, être qualifié de complicité criminelle.
Nous poursuivons cette enquête avec détermination et appelons les citoyens qui se sentent concernés à interpeller leurs élus, pour qu’ils accordent toute l’énergie nécessaire à cette affaire puisque la santé publique est concernée.
Les personnes souhaitant apporter des informations sur ce dossier peuvent contacter la rédaction qui y accordera toute l’attention nécessaire.

Commentaires (4)

1. Bonnaud Michel 19/12/2009

Deux informations complémentaires que j'aimerais avoir pour conforter mon opinion :
1°- A-t-on des éléments sur l'état de santé des personnels qui ont travaillé sur ces traverses. (ceminots, employés au traitement de ces bois)
2°- Que devient la créosote pendant la transformation en charbon de bois.
Reste-t-elle intacte ou est elle décomposée en d'autres éléments, plus ou moins nocifs?

2. La Rédaction du Lot en Action mag (site web) 12/12/2009

Nous venons d’apprendre, après quelques coups de téléphone, que Monsieur Pesteil fait courir le bruit dans les réseaux syndicaux régionaux que la préfecture a pris un arrêté de fermeture du site de Biars, jusqu’à mise aux normes du site (et pour deux ans au moins).
La préfecture vient de nous confirmer que cette information est fausse puisque qu’aucune décision n’a été prise. Ceci démontre très clairement la tentative de manipulation de ce représentant syndical.

3. La Rédaction du Lot en Action mag (site web) 12/12/2009

La rédaction souhaite, à la suite du commentaire posté par Didier Pesteil, apporter les précisions suivantes :
M. Pesteil est délégué syndical CGT sur le site SNCF de Biars, et nous l’avons contacté au titre de représentant des salariés syndiqués, lors de l’enquête sur cette affaire, pour connaître les problèmes éventuels que rencontrent les salariés du site quant à la sécurité et la santé. La réaction de Didier Pesteil a été de nous inciter fortement à ne pas publier cet article, avançant que des emplois étaient en jeu, que la SNCF risquait fort de fermer le site, et que nous aurions à assumer la responsabilité de ces pertes d’emploi.
Nous pris acte de cette réaction et avons contacté les responsables départementaux de ce syndicat pour connaître leur position, beaucoup plus nuancée que celle de M. Pesteil.
Aujourd’hui le commentaire laissé sur notre site par ce dernier comporte des allégations mensongères et insultantes à l’égard de notre journal et des motivations qui nous animent. Les colonnes du journal ont toujours été ouvertes pour les droits de réponses ou les opinions divergentes. Nous avons des difficultés a trouver rapidement (le n°6 vient de sortir) un lectorat suffisamment important pour couvrir les factures de l’imprimerie (effectivement en Espagne, Rotimpress, à l’instar du journal La Roulotte et de bien d’autres, compte tenu de la différence de prix, ce qui rend possible cet engagement citoyen) et le principal reproche qui nous ai fait est d’avoir une ligne éditoriale trop à gauche et trop écolo. Les allégations de Didier Pesteil sont donc pour le moins déplacées.
Nous invitons donc Monsieur Pesteil à utiliser les colonnes du journal pour faire valoir son point de vue. Nous Rappelons que les motivations citoyennes de l’équipe du Lot en Action, sur cette affaire, sont de préserver la santé publique et l’environnement, puisque l’arrêté préfectoral de février 2009 constate des disfonctionnement graves du site SNCF et une pollution majeure des eaux et de l’atmosphère, et met en demeure la SNCF de se mettre aux normes.

4. PESTEIL DIDIER 12/12/2009

ne serait pas la desindustrialisation du lot qui serait l'objet de ce journal qui sous une apparence citoyenne et sociale et qui profiterait à la fermeture d'industries voulues depuis des années
il est bien certains fabriqué des traverses en bois pour maintenir des lignes qui traversent des zones rurales où le train à énergie pétrolière n'est pas très rentable, eh il vaut mieux fermer ces lignes ! la CGT et les cheminots avaient combattus cela en 1995 certainement à tord
les vielles traverses seront plus profitables à partir dans des containers à l'autre bout du monde pour produire de l'énergie il y en a qui manque d'électricité
eh puis il est urgent de faire tomber le syndicalisme qui dans ces sociétés oeuvrent avec très peu de moyen à travers leurs délégués du personnel , CHSCT, cer pour un monde meilleur et pour le service public c'est vrai ils coûtent chers, pas très productif et il faut en supprimer au moins un sur deux et puis ils font des activités polluantes
cela fera à l'image de ce journal des produits qui viendront de l'autre bout du monde car l'activité en FRANCE ETAIT COUTEUSE EN MAIN D'OEUVRE et dit polluante (le papier peut être dit recycle et venir d'asie et l'imprimerie en ESPAGNE même pays qui fabrique des traverse créosotées , pour rappel un bon nombre d'imprimerie ont fermées pour des mises aux normes difficiles)
pourquoi couper des arbres pour faire des traverses alors qu'il y a du béton
cela rapporte plus aux actionnaires plutôt que de faire travailler les petites scierie locales
à moins d'être des alliés et peut être que l'échange va être fermer les activités du Nord du LOT ET IL Y AURA UN ARRET SUPPLEMENTAIRE SUR GOURDON ET SOUILLAC QUI PROFITERA A CEUX QUI SERONT OBLIGER D'ESSAYER DE TRAVAILLER PLUS LOIN dans une grande ville moins polluée que le Nord du lot je pense qu'un nombre de salariés vous seront vous remercier d'avoir sauver la santé publique, les manques des différentes administrations et cela peut aussi permettre des gestes désespérés dans cette période si tranquille

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