Médiapart dénonce le journalisme de bas étage pratiqué par La Dépêche

Source : Blog Médiapart, par Laurent Mauduis, mis en ligne le 10 décembre 2014

Une tribune du journaliste Laurent Mauduis contre La Dépêche, qui prend une saveur toute particulière au moment où le groupe de Baylet s'apprête à prendre le contrôle de Midi-Libre... (voir article ici)

Journaleux 300x208Mais quelle mouche a donc piqué la Dépêche du midi, ou plus précisément le journaliste qui a la charge d’y suivre le dossier de la privatisation de l’aéroport de Toulouse-Blagnac ? Au lieu d’informer honnêtement ses lecteurs, il leur cache des informations essentielles et multiplie les agressions contre Mediapart, qui a été à l’origine de plusieurs révélations.

Disposant d’une situation de quasi-monopole dans la région de Toulouse, on aurait, de fait, pu, penser que La Dépêche du midi, se ferait un point d’honneur à informer au mieux ses lecteurs, très directement concernés par le projet d’Emmanuel Macron visant à engager une privatisation au profit d’investisseurs chinois. On aurait d’autant pu le penser que si le projet prend une dimension nationale – parce que après la privatisation de l’aéroport de Toulouse, celles de l’aéroport de Nice et Lyon sont programmées par le ministre de l’économie-, il suscite naturellement à Toulouse et dans toute la région un très vif débat, avec des élus ou des responsables d’organisations professionnelles ou associatives qui appuient le projet, mais beaucoup d’autres qui le contestent radicalement.

Or, au lieu de révéler à ses lecteurs les détails du projet du gouvernement, y compris ceux qui sont secrets, et de mettre en scène le débat public, La Dépèche s’applique à étouffer les révélations autour de ce projet et à stigmatiser les journaux qui oeuvrent en ce sens. A commencer par Mediapart, qui a cherché à informer honnêtement ses lecteurs sur le sujet.

A la suite d’une première enquête réalisée par mes soins, j’ai ainsi eu droit aux premiers quolibets d’un dénommé Gil Bousquet, que je ne connais pas mais qui lui, visiblement, déteste Mediapart et le journalisme indépendant que nous pratiquons. Le 29 novembre, il a ainsi vivement pris à parti mon travail, le qualifiant de « brûlot » et donné la parole à un élu local pour qualifier ainsi les informations de Mediapart : « attaque politicienne contre le ministre de l'économie ». L’élégant et très confraternel article peut être consulté ici.

Puis quand j’ai révélé le pacte d’actionnaires secret que l’Etat, sous l’autorité d’Emmanuel Macron, a passé avec les investisseurs chinois (Lire Aéroport de Toulouse : les preuves du mensonge), qu’a fait notre journaliste de La Dépêche ? A-t-il pensé, à l’instar de nombreux confrères, que cette information méritait d’être présentée à ses lecteurs ? Leur a-t-il révélé que ce pacte donne la garantie aux investisseurs chinois d’avoir les pleins pouvoirs au sein d’Aéroport de Toulouse, même s’ils sont minoritaires dans le capital de l'entreprise ? Leur a-t-il révélé cette stupéfiante clause au terme de laquelle l’Etat s’engage par avance a voter en faveur de toutes les décisions stratégiques des nouveaux patrons ?

Nenni ! Au lieu de cela, le dénommé Gil Bousquet s’en est pris de nouveau à Mediapart, dans un deuxième article, le 8 décembre, que l’on peut consulter ici. Un nouvel article écrit avec la même délicatesse que le précédent et dans lequel il se garde bien de préciser à ses lecteurs que Mediapart a mis en ligne les fac simile du pacte d’actionnaires. Au lieu de cela, le journaliste s’en tient à des propos venimeux : « La pseudo-révélation du site Mediapart sur un "pacte secret" entre les Chinois de Symbiose et l'état a fait pschitt hier. Selon Alain Di Crescenzo, "tout le monde connaissait ce pacte". Le pacte n'est que la garantie pour l'état que l'acquéreur respectera bien le cahier des charges sur lequel il s'est engagé c'est-à-dire la garantie de l'emploi et les investissements notamment. »

Un peu interloqué qu’un journaliste puisse se permettre de procéder à de tels tous de passe-passe, au mépris du droit à l’information de ses lecteurs, j’ai été ce mardi sur le site de La Dépêche, poster un premier commentaire sous l’article de mon détracteur, pour inviter ses lecteurs à venir prendre connaissance du pacte d’actionnaires révélé par Mediapart et vérifier ainsi qui était de bonne fois et qui ne l’était pas. Peine perdue ! Trois minutes plus tard, mon commentaire a été censuré. J’en ai donc posté un second pour m’en étonner. Derechef, il a connu le même sort, de même que plusieurs commentaires de lecteurs s’étonnant de la censure dont j'étais victime.

Ainsi fonctionne sans doute le journalisme couché…

 

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