Mélenchon désespère: la base communiste préfère le PS au NPA

Marianne 2. 14 septembre 2009 par Laureline Dupont et Jessica Thomas

Jean-Luc Mélenchon a passé trois jours à la fête de l'Huma. Son but : convaincre le parti communiste de poursuivre l'aventure du Front de gauche sans les socialistes. Les militants communistes ont passé trois jours à la fête de l'Huma. Leur but : convaincre le parti communiste d'élargir le Front de gauche aux socialistes.

Mélenchon désespère: la base communiste préfère le PS au NPA

« C'est la luu tteu finaa leu, groupons nous zet demain... » Jean-Luc Mélenchon est aux anges. Il en est tout sourire. Main dans la main et poings levés avec le PC, le NPA, les alternatifs, la gauche unitaire, c'est ainsi que se clôt son discours, au stand du Parti de Gauche, samedi, à la Fête de l'Huma. 19h. C'est la fin du grand débat de l'après midi : «L'alliance durable de l'autre gauche, une solution pour battre la droite?».

Sur les affiches, le ton est donné : « Elargir le Front de gauche, régionales, présidentielle, législatives ». Dans les discours, le mot « élargir » accroche. Il n'est pas bien clair. Il change de définition comme de voix. « Ne me traitez pas comme un socialiste » clame Mélenchon. La foule rit un peu. « Je ne suis pas dans les startings blocks. Mon ambition en tant qu'homme, ce n'est pas de devenir président. C'est d'être le fondateur de la nouvelle grande force politique de ce pays ».

« Ne me traitez pas comme un socialiste »...  il est bien là, l'os qui reste en travers du sandwich. La position de Mélenchon est claire : l'élargissement a des limites. On ne s'allie pas avec n'importe qui. Et surtout pas avec son parti d'hier, le PS. En revanche, celui qui a milité trente ans au PS donne du « camarade » au PC, et même au NPA. Ils sont presque de la famille. « Pierre » et « Pierre François » sont ses copains. Entendre « Pierre Laurent », le coordinateur national du PCF, et « Pierre François Grond », le « numéro 2 » du NPA.

Chez d'autres hommes de la tribune, « élargir » peut s'élargir encore. Pierre Laurent, par exemple: « C'est une affaire de contenu ». Un peu hésitant, un peu prudent peut-être, il parle à petits pas d'une possible alliance avec le PS. « Tout ça marche à condition qu'on veuille que ça marche. » Il ne s'avance pas. On se confuse, alors on chante. Et la foule chante en coeur.

La foule, d'ailleurs, est nombreuse, agglutinée, debout, gênée par les chaises qui encombrent le stand, pour les chanceux qui ont pu y entrer. Les autres bouchent l'avenue Louise Michel, domicile éphémère du Parti de gauche. Des hauts parleurs retransmettent pour les éloignés, sans se soucier des décibels, les paroles et les chants des politiques invités. On essaye d'oublier les échos de la chorale qui chante dans le stand d'à côté, et l'envie lancinante de s'assoir. Les gens se parlent à l'oreille, fument quelques cigarettes, et tournent les yeux, concentrés, tous dans la même direction, tentant, peut-être, d'apercevoir par dessus les centaines de têtes de tous âges la voix qui gueule dans l'allée. Tous dans la même direction, et ça a presque du sens. Car si, quand on parle d'une stratégie nationale d'alliance avec le PS, les dirigeants du PC s'embrouillent au point qu'on ne sait pas qui jouera avec qui, dans les rangs, la confusion n'est pas si grande. La position des militants présents sur une possible alliance avec le PS est même étonnamment cohérente. Elle devance, en quelque sorte, la position finalement adoptée par le PCF, qui appelle depuis dimanche soir à un Front de gauche incluant les Verts et le PS.


Les militants communistes unitaires pour trois

Mélenchon désespère: la base communiste préfère le PS au NPA

 

Affiches à la main et tee-shirt flanqué de l'inscription « Stoppons la grippe capitAliste », une sympathisante PC se confie : « Je pense qu'il faut élargir le Front de gauche et je suis prête à toutes les alliances si c'est de façon ponctuelle ». Quelques allées plus loin, le secrétaire départemental de la fédération communiste des Hautes-Alpes se dit prêt à une alliance avec le PS. « Tout dépend du programme et de leurs liens avec le MoDem. Dans ma région, on a pu travailler avec le PS, donc je pense qu'il faut discuter et trouver l'alliance la plus large possible ».

 

Tandis que la direction du PC peine à dégager une ligne de conduite claire pour les régionales, militants et sympathisants semblent, eux, savoir ce qu'ils veulent. Et surtout, tous semblent vouloir la même chose.  «Le front le plus large possible» résonne comme une ritournelle envoûtante. Le PS inquiète à cause de ce que certains appellent ses « dérives centristes », mais beaucoup considèrent sa présence dans un front de gauche élargi comme une condition sine qua non de la victoire aux élections à venir. Seul le NPA fait grincer des dents les communistes. « Tant que le NPA gardera ses positions sectaires, on ne veut pas d'alliance avec lui. Ils n'ont pas voulu du Front de gauche aux européennes », souligne cette militante.

 

Finalement, dans l'esprit des militants, les portes du Front de gauche doivent s'ouvrir davantage au PS qu'au NPA. Les communistes de base n'ont qu'une idée en tête : battre la droite. Et une alliance avec le PS apparaît comme la meilleure solution pour y parvenir. Quant à leurs dirigeants, beaucoup de fédérations régionales ne pensent sauver leurs élus qu'au prix d'une reconduction de l'alliance avec le PS. Les dirigeants socialistes le sentent bien qui accentuent la pression : chez Nicolas Demorand dimanche soir, Vincent Peillon a mis le PCF au pied du mur : il doit choisir, a-t-il dit en substance, car il ne peut tantôt privilégier l'union avec le PS, tantôt jouer l'autre gauche.

 

Car c'est justement là que se situe le noeud du problème. Jean-Luc Mélenchon s'est époumoné près d'une heure à la tribune et compte bien peser dans les décisions du Parti communiste. Or, si Pierre Laurent ou Marie-George Buffet hésitent, se tâtent et tergiversent, le président du Parti de gauche lui, est catégorique : pas d'alliance avec le PS. Alors quand on lui demande ce qu'il pense du souhait des militants communistes de voir le Front de gauche s'élargir jusqu'aux frontières du Parti socialiste, il tente de garder son calme. Silence. Regard interloqué. « Je ne vous crois pas ! », lance-t-il finalement. On insiste. Il explose : « Vous les avez trouvés où vos militants ?? Au stand chouchen ? ». C'est pourtant le même Mélenchon qui se félicitait dans le JDD  de dormir dans un camping-car pendant la Fête de l'Huma pour être « dans le bain et comprendre ce que veulent les militants ». C'est plutôt raté.  

Commentaires (2)

1. Gérard Iragnes 15/10/2009

Le contenu avant les alliances ! Les contours du Front de Gauche ne peuvent être définis à l'avance, en tout cas pas avant de savoir quel projet de transformation on veut défendre. Un projet avec des contenus en rupture avec les logiques libérales, (qu'il convient de mettre en débat) et du rassemblement pour porter ces propositions jusqu'au bout dans des majorités avec, me semble-t-il tous ceux et celles qui sont d'accord avec ces propositions.

2. Christian Laborde (site web) 16/09/2009

De la tactique, encore de la tactique, toujours de la tactique électoraliste.

Quand va-t-on enfin parler de projet, d'idées, enfin du nouveau paradigme qui va remplacer le capitalisme que l'on annonce moribond, mais qui sévit toujours autant.

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