Mortalité alarmante des abeilles: les apiculteurs ariégeois ont le bourdon. Source : Ariègenews TV

Jacques Loubet, apiculteur depuis 22 saisons (22 ans), n’avait jamais connu tel désastre…

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«En principe une abeille ne meurt pas en hiver mais cette année on assiste à un véritable désastre sur 450 caisses occupées 85 ruches sont inexploitables !»

Sa production de miel avait déjà chuté la saison dernière de 12 à 3,5 tonnes mais cette fois Jacques Loubet prévoit une année blanche: «chaque année je refonds 300 cadres, ce printemps ce sera plus de 2 200 car tout a été gâché par les abeilles malades»

Mais de quel mal s’agit-il?

L'apiculteur est persuadé qu’il s’agit du pesticide employé par les éleveurs lors de la désinsectisation massive motivée par l’épidémie de FCO. Il est vrai que les ruchers infectés se situent en zone de piémont, à proximité des élevages obligatoirement traités.

Les 200 ruches de Jacques Loubet sont situées dans les vallées de Tarascon-Surba, Vicdessos, Bompas…

«Les anciens comme moi ont peut être moins de problèmes de trésorerie mais je suis beaucoup plus inquiet pour les jeunes qui s’installent et qui se sont endettés pour faire ce métier, explique Jacques Loubet. Quant à la reconstitution d’un nouveau cheptel auprès d’éleveurs agrées c’est une utopie, où trouver des abeilles saines? Il parait que le mal s’étend jusque dans la plaine […]

On l’a vu pour le Regent, il y a trop d’intérêts derrière, on ne pourra jamais rien prouver […] et puis face aux éleveurs, nous les apiculteurs on ne représente pas grand-chose […] nous faisons partie des dégâts collatéraux de la FCO !
»

Jacques connaît bien son métier d’apiculteur, mais il connaît aussi celui des éleveurs car il est né dans une ferme, «mon père avait de la paille dans les sabots et je suis fier de venir de la terre […] Les apiculteurs ont gagné après de longues années, la confiance des éleveurs, nous ne voulons pas rentrer en conflit avec eux […]

Autrefois lorsqu’il y avait une campagne de désinsectisation des techniciens des services vétérinaires venaient sur les exploitations […] aujourd’hui on leur dit qu’il faut passer tel ou tel produit mais ils sont livrés à eux-mêmes […] on ne peut pas leur jeter la pierre !
»

La Confédération Paysanne de l’Ariège a alerté la Direction Départementale des Services Vétérinaires (DDSV) au sujet du «problème de mortalité importante de colonies d’abeilles dans trois secteurs différents de l’Ariège»

Les apiculteurs dénoncent «une intoxication des abeilles par les traitements insecticides rendus obligatoires dans les élevages infectés de FCO», car les ruchers touchés se trouvent à proximité d'élevages. Ils ont également saisi l’Association pour Développement Apiculture en Midi-Pyrénées (ADAM) et la fédération nationale ovine.

Une mission vient d'être constituée à la demande des services vétérinaires de l'Ariège pour évaluer un lien entre une récente surmortalité des abeilles et la désinsectisation du bétail dans le cadre de la lutte contre la fièvre catarrhale ovine (FCO), a annoncé la préfecture mardi.

Deux séries d'échantillons sur trois, analysées au CNRS, sont revenues positives à la Perméthrine (entre 10 et 50 nanogrammes/gramme d'abeilles), «qui rentre dans la composition de produits de désinfection [...] connus pour leur toxicité vis-à-vis des abeilles», a ajouté la préfecture de l'Ariège.

Pour autant, comme l’indiquait Pierre Jabert, directeur de la DDSV: «on trouve encore de la Perméthrine alors que les éleveurs ont terminé la désinsectisation depuis octobre […] n’y aurait-t-il pas d’autres pesticides épandus dans les champs susceptibles d’augmenter la mortalité des abeilles […]

La mortalité des abeilles peut avoir une cause multifactorielles: phytosanitaire, maladie, génétique […] on l’observe en Italie ou aux Etats-Unis avec le syndrome CCM. Ici, c’est habituellement en zone de plaine que l’on constate le plus de dégâts, la zone de montagne était jusqu’à présent épargnée […]

La brigade nationale d’enquête vétérinaire et phytosanitaire a déjà prouvé sa compétence face à la dégradation des colonies d’abeille par le Cruiser, elle se rendra dès cette semaine sur les lieux
»

Les abeilles assurent à 80% la pollinisation des espèces végétales, leur butinage est donc indispensable pour la biodiversité et la reproduction d’une multitude de fruits, légumes et plantes.

De fait, leur rôle économique est indéniable: 35% de la production mondiale de nourriture et 10% du chiffre d’affaires de l’agriculture mondiale dépend d’elles.

Albert Einstein aurait même dit un jour: «si l'abeille venait à disparaître de la surface du globe, l'homme n'aurait plus que quatre années à vivre»... à méditer.


Photos et vidéo: ©AriegeNews TV 2008

Commentaires

  • conseil jean paul
    • 1. conseil jean paul Le 18/04/2014
    bonsoir
    les apiculteurs ont ils la possibilité de déposer plainte contre x ou contre les fabricants de pésticides , si la molécule est identifiée ?, que se passerait il si un produit indispensable à l'apiculture décimait les troupeaux ? et pourtant une abeille est plus utile qu'un bovin . merci de votre réponse .

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