Nanomatériaux : principe de précaution contre chaussettes anti odeurs

Les Nouvelles News. Le 29 mars 2010 par Arnaud Bihel


combinaison yogao nanomateriaux

Le principe de précaution doit s'appliquer aux nanotechnologies. C'est l'avis que vient de rendre l'Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail). Alors que les nanomatériaux, ces particules aux propriétés innovantes, ont envahi des centaines de produits de consommation quotidiens, l'Afsset met en garde contre les risques pour la santé et pour l’environnement que pourraient impliquer ces matériaux, encore trop mal étudiés.

 

L'étude de l’Afsset publiée mardi 24 mars, vient mettre son grain de sel dans le débat sur les nanotechnologies. Le débat public sur le même thème, qui s'est clôturé tout juste un mois avant, et dont les conclusions sont attendues d'ici un mois, n'aura cessé d'être perturbé.

De quoi parle-t-on exactement ? Les nanomatériaux, ces particules infiniment petites et aux propriétés innovantes (chimiques, physiques ou biologiques), sont désormais sorties des laboratoires de recherches pour s'intégrer aux produits de la vie courante (textiles, cosmétiques, alimentaires, matériaux de construction...) L'Afsset a repéré plus de 1 000 produits intégrant des nanomatériaux, dont 246 sont en vente sur le marché français. Et ce n'est qu'un début, dans un domaine en pleine expansion.


Seuls 2% des études concernent les risques pour la santé

Les détracteurs de ces nanotechnologies, en premier lieu desquels l'association grenobloise Pièces et main d'oeuvre, qui a porté la contestation contre les conditions du débat public, soulèvent essentiellement des questions éthiques. L'Afsset, dans son rôle, s'est penchée pendant un an sur les risques des nanomatériaux pour la santé et l'environnement.

Et son résultat est sans appel : il faut mettre en oeuvre le principe de précaution, instaurer des règles strictes autour des nanomatériaux. Et d'abord, renforcer la recherche sur les conséquences de ces produits. L'Afsset déplore qu' « aujourd’hui, seuls 2% des études publiées sur les nanomatériaux concernent leurs risques pour la santé et l’environnement. » Si leur intégration par le corps humain - via la peau, la respiration ou l'ingestion – ne fait pas de doute, le manque de données épidémiologiques, toxicologiques et écotoxicologiques empêche de se prononcer clairement sur leurs conséquences.


Chaussettes tueuses ?

L'Agence a étudié 4 de ces produits. Des chaussettes anti-odeurs contenant des nanoparticules d’argent. Du ciment ainsi que du lait solaire intégrant des nanoparticules de dioxyde de titane. Et une nano-silice utilisée dans l'alimentaire. Conclusions identiques concernant l'impact sanitaire de ces produits : en raison de l'absence d'études « le risque ne peut pas être évalué, il ne peut donc pas être exclu ».

Autre risque retenu par l'Afsset : celui pesant sur l'environnement. Là encore, le manque d'études scientifiques est patent, mais les craintes de l'Agence se révèlent encore plus fortes que celles pour la santé. Un exemple : celui des nanoparticules d'argent retenues dans les chaussettes anti-odeurs. Retenues, pour un temps. Car à force de lavages, leur « dispersion attendue est qualifiée d’importante ». Et l'Afsset dit craindre leur effet, en particulier sur le milieu aquatique. Cet effet, « même s’il n’est pas mesurable aujourd’hui, devrait faire l’objet d’une attention particulière. » De récentes études à l'étranger ont pointé du doigt l'impact des nanoparticules d'argent sur les bactéries. Mais, « curieusement, l’argent nanoparticulaire n’a pas fait l’objet d’études importantes en France ».


Derrière la précaution sanitaire, l'autre débat

Dès lors, l'Afsset recommande « d'agir sans attendre, au nom du principe de précaution ». Et préconise plusieurs mesures : rendre obligatoire la traçabilité des nanomatériaux ; établir un étiquetage clair des produits ; harmoniser les cadres réglementaires français et européens ; mais aussi aller jusqu’à l’interdiction de certains usages des nanomatériaux pour lesquels l’utilité est faible par rapport aux dangers potentiels.

Encadrement, recommandations, définition de protocoles.... c'est le genre de recommandations que l'on devrait retrouver prochainement dans la synthèse du débat public sur les nanotechnologies. C'est en tout cas ce qu'il en ressortira, selon Pièces et main d'oeuvre. Mais pour l'association anti-nano, l'impact sanitaire ne doit pas masquer l'autre facette de ces nouvelles technologies : la marche vers un nano-monde, un projet politique du contrôle de la société via l'infiniment petit. Des « questions politiques, philosophiques, morales », sur lesquelles le principe de précaution n'a pas de prise.


Photo : tenue de yoga "antibactérienne" aux nanoparticules d'argent. AgSilver™ Yoga/Pilates Mat with Agion®

 

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