O mon païs O Toulouse

Le Lot en Action. Article paru dans le mag n°6. Par le Lutin qui lutte

Au procès de l’explosion à l’usine AZF, il vient d’être prononcé la relaxe pure et simple, faute de preuves formelles, pour le propriétaire du site, la grande compagnie pétrolière Total, vous savez, la belle entreprise Française, qui assume la lourde tâche d’assurer l’acheminement des besoins énergétiques de notre cher pays, malgré la concurrence déloyale des Chinois de plus en plus voraces en énergie fossile, malgré l’avidité sans bornes des pays producteurs, afin que les Français puissent se rendre en semaine à leur travail, et surtout qu’ils essaiment durant le week end et pendant les vacances dans les sites touristiques, tels Rocamadour, où les attendent avec impatience et fébrilité, hôteliers et restaurateurs, gens besogneux et dévoués, honnêtes et respectueux des promesses données, pourvoyeurs d’emploi et par voie de conséquence, d’apaisement social dans nos campagnes sinistrées.

Peuple de France, il faut choisir : Mettre de l’essence dans le réservoir ou bien avoir des carreaux aux fenêtres pour l’hiver. La justice vient de décider pour vous !  J’en étais là de mes réflexions quand brusquement la nostalgie vint frapper à ma porte. Il y a douze ans, alors que je rôdais aux environs de Cahors,  je fis la connaissance d’une ravissante lutine, qui me semblait très mutine et surtout, fort à mon goût. La Belle habitait Toulouse, où rendez vous fut pris. Je m’y rendis en voiture, et donc par voie de conséquence, passais par la case de l’oncle Total.

La résidence qui abritait sa Jolie Maisonnée se trouvait sur l’île du Ramier entre les deux bras que forme la Garonne. L’île était grande, avec d’autres résidences, des espaces verts, le Stadium, et tout au bout, un énorme complexe industriel, dont l’usine AZF.  Nous passâmes des moments intenses : des jeux de luttes intimes, faits de cris et de sueurs entremêlées, à l’issue desquels il n’y avait que des gagnants, entrecoupés de collations régénératrices, succulentes et raffinées, composées de tartines au foie gras ou au magret séché, tant il est vrai que l’on a le palais fin à Toulouse.

Le lendemain, au bras de ma fougueuse cavalière, je déambulais comme un automate dans les rues de la cité gasconne, les jambes flageolantes et les paupières alourdies. Elle tenait à me faire les honneurs de sa ville. Voici le Capitole, j’y arrêtais mes pas. Pas de ténors enrhumés, mais des Sénégalais rieurs qui proposaient leurs chinoiseries aux touristes. C’était jour de marché. Dans le brouhaha de la circulation, je discernais le son de sa voix au timbre suave, qui m’avait, la nuit dernière, susurré tant de choses évocatrices à l’oreille, renforçant mon imagination ainsi que ma vigueur, pour le plus grand bonheur de nos deux corps réunis. Autour de l’église Saint Sernin, il y avait une brocante. Je ne levais même pas les yeux vers l’écrin de corail que le soleil arrose, et qui, paraît-il, illumine le soir. Je ne les posais pas non plus sur les bimbeloteries, certaines de la même provenance que celles des Africains du Capitole, mais vendues beaucoup plus chers par des marchands roués et sans scrupules. Je n’avais d’yeux que pour la silhouette de ma belle camarade de joutes érotiques, ses mollets fins et racés, ses rondeurs callipyges, ses magnifiques épaules, et ses somptueux nichons. Ses cheveux noirs défaits, flottaient dans la brise occitane. Sur son visage, un sourire radieux, illuminé par des yeux fatigués mais brillants, des filles qui viennent de passer une nuit torride.

C’était une belle et chaude journée de septembre 1997 à Toulouse. Je bandais et j’étais heureux. Après notre escapade urbaine, nous retournâmes sur l’île magique, pour reprendre nos agapes et nos ébats amoureux, là où nous les avions laissés. Je quittais les lieux au petit matin brumeux, quand la Garonne se nettoie de ses vapeurs nocturnes. Puis vint l’automne et ses frimas, le vent du nord, les feuilles mortes, vous connaissez la suite. Je ne suis jamais revenu sur l île, ni dans la ville rose.                                                                                                                  

En apprenant la nouvelle, en ce jour noir comme du pétrole, du 21 septembre 2001, je m’inquiétais pour ma douce et éphémère amie. J’appris qu’elle avait déménagé quelques mois auparavant. J’en fus rassuré et lui souhaitais par la pensée, bon vent, santé et bonheur. Aujourd’hui, je réitère cette pensée pour tous les Toulousains qui ont souffert à cause de cette catastrophe. Le temps a bien sûr fait son office, la vie a repris son cours mais l’injustice demeure. Face aux Puissants aveugles et méprisants, seule la patience est requise. Un jour, leur tour viendra. Amis Toulousains, vous pouvez être fiers d’avoir été chantés, ainsi que votre cité, comme jamais aucune autre ville ne le fut et ne le sera jamais, par le petit Taureau, notre immense poète. Une autre célébrité, humoriste, imitateur, cabaretier, que nos amis de Rocamadour connaissent bien, a voulu, lui aussi, dans une chansonnette, où il est question de fêtes à Bayonne, des remparts de Carcassonne, et de soirées sur la Garonne, vous prodiguer un bon conseil : Il faut se contenter de ce que l’on a au lieu de gueuler contre ce que l’on a pas, en vous gratifiant au passage de cette jolie allusion, plus bête que méchante, du moins faut il l’espérer : « T’as pas les carreaux, au moins t’as la fenêtre ! »                Claude, tu nous manques…

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