Objectif du Millénaire cherche nouveau souffle et argent promis

Les Nouvelles News. Le 19 Mars 2010 par Arnaud Bihel

 


Les pays riches font de belles promesses, mais rechignent à mettre la main à la poche. L'accroissement de l'aide au développement a surtout bénéficié à l'Irak et à l'Afghanistan. Deux éléments parmi d'autres qui incitent l'ONU à  dresser un constat amer, à 5 ans de l'échéance des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). En 2000, les États s'étaient engagés à améliorer, de façon quantifiable, les conditions de vie dans le monde d’ici 2015. Aux deux-tiers du parcours, les objectifs sont loin d'être atteints.

 

Dans son rapport, publié ce mercredi, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon note tout de même des progrès sur la voie des Objectifs du Millénaire. Ces OMD fixaient, sur 15 ans, des cibles quantifiées pour lutter contre la pauvreté, la faim et la maladie en promouvant notamment l’égalité entre les sexes, l’éducation et le respect de l’environnement. Mais après 10 ans, le constat de Ban Ki-moon est sans appel : sans « accélération du processus », ces objectifs ne pourront être atteints.

Les progrès sont ainsi qualifiés d'« insuffisants » pour l'égalité entre les sexes. « Modestes » concernant la mortalité maternelle. « Limités » sur la préservation de l'environnement. Tandis que « la faim progresse » de façon effrayante (1).

Note plus positive, des résultats « importants » ont été obtenus concernant certains domaines de la santé, ou de l'éducation. Mais l'ONU relativise aussitôt : de nombreux pays, à ce rythme, n'atteindront pas les objectifs.

Chiffre encourageant aussi, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est passé d'1,8 à 1,4 milliards. Mais cela est dû aux avancées de la Chine. En dehors, la pauvreté n'a pas reculé : « Le nombre de pauvres vivant avec 1 dollar par jour a augmenté de 92 millions en Afrique subsaharienne et de 8 millions en Asie de l’Ouest entre 1990 et 2005 »


Promesses non tenues

Pour permettre d'accélérer le processus, il est nécessaire de travailler sur les stratégies, nationales et internationales. Mais l'aspect financier, évidemment, entre en compte. Sur ce point, l'ONU dénonce vivement l'insuffisance de l'implication financière des pays riches. Le titre du rapport de l'ONU est lui-même un appel : « Tenir la promesse ». Et Asa-Rose Mijiro, secrétaire générale adjointe, prévient : « La crise économique, la crise alimentaire ou quelque autre contretemps ne doivent pas servir d'excuse ».

Certes, l'aide publique au développement (APD) a atteint en 2008 un niveau inégalé. Mais les sommes effectivement versées ne correspondent pas aux promesses affichées par les pays riches. « Les engagements pris de longue date et plus récemment sont encore loin d’avoir été honorés », note le rapport. Les membres du G-8 s'étaient engagés en 2005 en Écosse à fournir plus de 150 milliards de dollars d'APD par an d'ici à la fin 2010. L'an dernier, il en manquait encore près du quart, 35 milliards.

Autre exemple de promesse non tenue : des 20 milliards de dollars sur trois ans promis par le G-8 en juillet dernier, puis par le G-20 en septembre, afin de promouvoir la sécurité alimentaire, pas le moindre centime n'a encore été versé.

La France se vante d'être l'un des pays les plus généreux. Elle a consacré à l'aide au développement 0,39% de son revenu national brut en 2008. Mais le chiffre est en net recul par rapport aux années précédentes ; et l'objectif de 0,7% en 2012, sur lequel se sont engagés les pays de l'Union européenne, semble impossible à atteindre.


L'Irak et l'Afghanistan trustent les aides

Tout cela sans compter quelques paradoxes. Ainsi, « la plus grande partie de l’accroissement de l’APD depuis 2000 n’a concerné que quelques pays qui ont connu des conflits, notamment l’Irak et l’Afghanistan (2) ». Autrement dit, des centaines de millions d'aide au développement servent à réparer les dégâts de guerres menées par les pays donateurs. Cherchez l'erreur.

En outre, les calculs de l'APD, souvent, « mélangent carottes et navets », comme le remarque justement le Canard Enchaîné ce mercredi (3). Car les sommes mêlent « annulation de dette, frais de gestion, accueil d'étudiants, etc. Bilan à l'échelle planétaire : sur une centaine de milliards comptabilisés par l'ONU, 40 seulement sont consacrés à de véritables actions de développement ».

Mais Ban Ki-moon veut y croire. Dans l'attente d'un Sommet en septembre à New-York, il appelle les pays du G-20 à relancer le processus dès maintenant, en adoptant un plan d'action global, et en commençant par tenir leurs engagements financiers. Dans le cas contraire, le rapport se fait alarmant : « les pauvres en subiront les conséquences et seront nombreux à le payer de leur vie ».


L'égalité, objectif prioritaire mais loin d'être atteint

Remédier aux inégalités entre sexes « reste l’un des objectifs les plus difficiles à atteindre dans pratiquement tous les pays, ce qui a des répercussions dans de nombreux autres domaines », déplore le rapport.

L'égalité entre les sexes ("gender equality") est pourtant l'un des objectifs prioritaires. Pour l'ONU, « il est essentiel d’envisager les objectifs du Millénaire pour le développement du point de vue de la problématique hommes-femmes car les femmes et les filles sont généralement les plus touchées par la misère, la faim et la maladie. (...) Il faut surtout prendre des mesures décisives pour faire porter l’essentiel des efforts sur les priorités fondamentales pour l’égalité des sexes, notamment en remettant en cause la représentation des femmes dans les structures politiques et en s’attaquant à l’épidémie de violence dont les femmes sont actuellement victimes. »

Sur ce dernier point, le rapport note que « les initiatives visant à lutter contre la violence à l’encontre des femmes se sont multipliées, mais elles manquent souvent d’envergure, de cohérence, de constance et de coordination. »

Concernant l'éducation, « sur les 171 pays pour lesquels on dispose de données, seuls 53, soit 14 de plus qu’en 1999, sont parvenus à instaurer une parité entre les sexes dans le primaire et le secondaire. »



(1) « De 842 millions en 1990-1992, le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde est passé à 873 millions en 2004-2006 pour atteindre le chiffre record de 1 milliard 20 millions en 2009. »

(2) « À eux deux, ces pays ont reçu environ un sixième des allocations par pays en provenance des pays membres du Comité d’aide au développement, même s’ils représentent moins de 2 % de la population totale des pays en développement. »

(3) Se référant à l'ouvrage à paraître, « Notre maison brûle au Sud » (Fayard), de Serge Michailof, ancien directeur de la Banque mondiale.

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