Observations animalières

Le Lot en Action. Article paru dans le mag n°5. Par le Lutin qui lutte

Le Quercy… Terre reculée, toujours restée vierge, avec ses collines recouvertes de forêts profondes, royaume des cochons sauvages et des graciles chevreuils, ses parcelles de prairies séculaires, sur lesquelles paissent des troupeaux de vaches à l’allure placide, ses successions de vallons et de somptueux petits villages au charme désuet, où semble t’il, les trépidations convulsives de la vie moderne n’ont pas encore commis leurs ravages, en apportant vitesse, précipitation, tristesse et désolation. Ici, tout n’est que calme, volupté et, luxe suprême, temps de vivre. A la sortie de l’un de ces villages, au bord de la petite route départementale, bordée de bienveillants noyers centenaires, dispensateurs d’une ombre fraîche et salvatrice, quand le chaud soleil d’été darde de tous ses rayons, il y a un petit pré, joliment ceinturé par un ravissant muret en pierres sèches. Hier, il y avait une vache dans le pré. Aujourd’hui, il y a une vache et un taureau. Ah, supputé je, présent de l’indicatif du verbe supputer, qui signifie évaluer indirectement en fonction de certaines données, et non pas aller aux putes, comme bon nombre de mauvais esprits, ignorants de la langue française et méprisants des belles lettres, pourraient le penser. Ah, supputé je ! Il m’arrive quelquefois de supputer rue Saint Denis à Paris, quand mes affaires me portent vers ce quartier de la capitale. Ah supputé je donc : Monsieur le fermier a l’intention d’augmenter son cheptel, d’apporter du sang neuf à son troupeau vieillissant, de perpétuer la présence tranquille et rassurante de la belle race bovine, sur les vertes prairies de notre douce France, cher pays de notre enfance. Tâche noble, courageuse et ingrate, qui demande pugnacité, ténacité, opiniâtreté, ainsi qu’abnégation, afin que, pour l’éternité, débordent d’opulence et d’abondance, les deux mamelles de notre beau pays, chères à Sully,je voulais parler du labourage et du pâturage, et non pas des gros nichons que certaines animatrices de télévision, n’hésitent pas à exhiber avec tant de vulgarité, pour faire grimper l’audience.

Et que toujours et à jamais, soit assurée pour nos enfants, une nourriture saine et plantureuse, qui forgera des générations de travailleurs pugnaces, tenaces et opiniâtres, remplis d’abnégation, au service sans faille d’une France forte, respectée dans le monde entier pour ses valeurs de tolérance, une terre d’asile pour tous les déshérités, une France, patrie des droits de l’Homme, un phare démocratique dans la nuit noire de la barbarie, menée par des dirigeants exemplaires, à la probité et à l’honnêteté irréprochable, sachant se faire aimer des petites gens et des travailleurs, désireux du bonheur de chacun, et non pas à la solde exclusive de quelques capitalistes avides et sans scrupules !
Non ! Cela ne peut être sur notre belle terre de France, comme il ne l’a d’ailleurs jamais été.
Et les événements récents et quotidiens sont heureusement là pour nous le prouver.
Un ami érudit, facétieux soit, mais néanmoins un peu chicaneur sur les bords, me fait aimablement remarquer que la phrase : France, patrie des droits de l’Homme, correspond à un magnifique oxymore, du plus bel acabit, c'est-à-dire une expression mettant côte à côte, deux mots ou groupes de mots ayant des sens opposés et aboutissant à une image contradictoire, précisé je pour ceux qui auraient oublier l’étude des vers de Corneille ou de Racine quand ils étaient adolescents. En effet, se plait il à souligner, comment un pays qui est le troisième ou quatrième marchand d’armes au monde, peut il se targuer, dans un même temps, d’être le défenseur des droits de l’Homme ?  Laissant l’entière responsabilité de ces paroles à mon estimé collègue, j’en reviens à nos moutons qui, en l’occurrence, sont des bovidés.

Ah, supputé je pour la quatrième fois, et cette fois ci sera la bonne ! Ce tendre carré de verdure, qui fut apprêté pour les parades nuptiales, sera le douillet lit d’amour de nos deux ravissantes bêtes à cornes.
Mais pour le moment, les deux intéressés n’ont pas l’air très pressés de conclure leur petite affaire. Mademoiselle, avec ses beaux yeux romantiques, broute consciencieusement la bonne herbe d’avril, qui donnera à son lait, à son beurre, et à son fromage, ce parfum si exquis, ce qui procurera à l’heureux fermier, propriétaire de la gentille bête, et possesseur de cette merveilleuse terre, notoriété et fortune, avec les félicitations du comice agricole.

Monsieur, la prunelle dans le vague, se tient à quelques encablures, derrière sa promise.
Lui aussi, pour le moment, se contente de goûter la  tendre pâquerette. Soudain, Madame soulève sa queue et laisse échapper un long jet d’urine, que Pépère s’empresse d’aller laper avec sa grosse langue baveuse, avant qu’il ne touche le sol. Puis il replonge dans ses rêveries bucoliques, regardant d’un air morne, les collines environnantes qui verdoient sous le doux soleil printanier. Malgré la brise légère qui vient lui flatter doucettement l’épiderme de ses testicules démesurées, notre ami taureau ne semble pas être gagné par des velléités reproductrices. La bagatelle, c’est pas leur truc, à ces deux là ! La survie de l’espèce, ils s’en tapent le coquillard ! La retraite paisible du fermier qui les nourrit, qui les soigne, qui les héberge et qui les chauffe l’hiver, ils n’en ont cure, terme synonyme de s’en taper le coquillard, mais nettement plus élégant, vous en conviendrez. Ah, les ingrats ! Engeance insouciante, irrespectueuse et arrogante ! Ils préfèreraient peut être aller bosser pour la Sodexho, et s’empiffrer de soja transgénique toute la journée, devenir gros et gras sans bouger le cul de leur boxe, entourés par des milliers de congénères dégénérés, et finir en steaks hachés graisseux et insipides, pour des marmots édentés, stupides et hébétés, sous les néons blafards du réfectoire de l’établissement scolaire, impeccablement géré par Monsieur le Proviseur, qui jure sur ses grands dieux que les repas servis à sa cantine correspondent à des apports alimentaires très précis, dans le total respect des règles draconiennes édictées par le ministère, tandis que Monsieur le Maire de la ville, ignorant tout du problème et visiblement surpris, déjeune avec le représentant régional de la Sodexho, pour parler du renouvellement du contrat avec la maison de retraite municipale.

Ils auraient pu terminer en beauté, en entrecôte premier choix, en filet de bœuf Rossini, sur la table d’un ministre ou d’un président adulé de son peuple, d’un capitaine d’industrie respectueux des règles déontologiques de la haute finance, ou pourquoi pas, sur celle du président directeur général de la Sodexho, parce que, pas folle la guêpe, les cochonneries qu’il fabrique, il les vend, il ne les mange pas !

Au lieu de cela, nos deux jeunes écervelés rechignent à l’ouvrage, refusent le contact, méprisent les jeux de l’amour, délaissent la saillie, snobent la tringlette… Résultat ! Demain, le camion vient les chercher, direction les steppes de Hollande, le plat pays qui n’est pas le mien. Au polder ! Et que ça saute ! La ferme usine modèle, cinquante mille pensionnaires qui, vingt quatre heures sur vingt quatre, bouffent, chient et pissent du lait, ça c’est le programme pour les dames, ou bien, bouffent, chient et envoient du sperme, ça c’est pour les messieurs.

Et quand ce n’est plus rentable, on passe tout ce beau petit monde à la moulinette !
Non, mais je vais t’en donner du Quercy ancestral, de l’herbe grasse et parfumée, des espaces vierges et protégés, si c’est pour rester là, plantés comme des veaux,à attendre béatement que la douce fraîcheur du soir, enveloppe les pentes des massifs millénaires, et que les crêtes des collines à l’horizon, détachent leurs silhouettes aux reflets violacés, sur un ciel aux couleurs bleutées lumineuses, qui lentement se teintent de roses et de jaunes opalescents. Ca c’est de   l’évocation poétique ! Au fait, celle là, elle marche aussi en Bretagne, sauf que ce sont les rochers couverts de chiures de mouettes qui prennent des reflets violacés.

Bon, j’arrête là mes observations animalières, et file de ce pas à l’épicerie du village pour acheter quelque chose à manger. Il parait qu’ils ont de la super saucisse, fabriquée avec du super cochon ! Au fait, c’est pas avec les gorets, que ça arriverait des histoires pareilles : Ca ne pense qu’à baiser, ces bêtes là !!

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau

Le Lot en Action, 24 avenue Louis Mazet, 46 500 Gramat. Tél.: 05 65 34 47 16 / contact@lelotenaction.org