Paris, debout, soulève toi, certains y croient…

 

1ER MAI: TROIS MANIFS À L’HÔTEL DE VILLE DE PARIS

Quelle belle journée ! Un premier mai avec soleil, syndicats, multitude de revendications, merguez, rêve général, sans oublier les « casse toi pauv’con » ! Une nouvelle journée de mobilisation après les 29 janvier et 19 mars derniers, moins suivi tout de même avec seulement 1,2 million de participants à travers la France. Un 1er mai pourtant réussi, avec en prime une manifestation intersyndicale et un cortège PS. Heureusement ça ne s’est pas arrêté là. De ce « on prend les mêmes et on recommence » est sorti un très beau « je ne veux plus rentrer chez moi », avec en prime une occupation symbolique : l’hôtel de ville de Paris.

Aux alentours de 18h30, après une marche presque sans surprise, ils étaient là, devant nous, ceux et celles qui ne veulent plus rentrer chez eux. Pas à la Bastille, là où s’achevait la manifestation,  mais sur la place de l’Hôtel de Ville de Paris, c’est déjà une petite révolution… Une bonne cinquantaine de citoyens réunis sur la « la place de grève » pour débattre des suites à donner à cette nouvelle journée de mobilisation. Grève générale ? Unification des luttes ? AG permanente ? Se rendre à l’usine Continental ? Faire venir les ouvriers de Continental ? Construire ensemble une alternative au capitalisme ? Se revoir tous les lundis soirs devant toutes les mairies de France ? Remplir des cahiers de doléances ? Autant de possibilités que les manifestants ne se refusent plus à envisager, tant ils sont excédés par des journées de grève sans lendemain et par des syndicats qui bornent leurs revendications et leurs actions à l’obtention peu probable d’un pouvoir d’achat revigoré.

A dix mètres de là, « la ronde infinie des obstinés », le mouvement initié par les enseignants-chercheurs pour lutter contre une réforme de leur statut, tourne toujours. Elle tourne alors depuis près de 1000 heures! Bien que les nouveaux venus en « place de grève » comme ils l’appellent, prônent une unification des luttes, la « ronde » n’appréciera que moyennement la formation d’une troisième action sur la place de l’hôtel de ville.

« Ils menacent la ronde des obstinés ! »

Il est 20h30, « ceux qui ne voulaient pas rentrer chez eux », réunis à l’appel du collectif jeneveuxplusrenterchezmoi.fr, ne sont plus très nombreux. Ce ne sont pas les CRS, alors absents, qui les ont dispersé mais bien un vent glacé et sans doute la faim et la fatigue, symptômes classiques de la fin de journée des manifestants. Soudain, une rumeur parcourt la place : des manifestants veulent occuper l’hôtel de ville. S’en suit un moment de calme avant que ne résonne, dans la cours du bâtiment officiel, les coups des occupants sur les fenêtres de la porte principale. « Ils sont entrés !»

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Un bloc d’une centaine de personne est entré, sans faire usage de la force, par la porte arrière de la mairie avant de s’infiltrer dans tout le bâtiment.  Dès lors, les abords de l’Hôtel de Ville s’emplissent d’un petit air de révolution. Si la « ronde » condamne cette occupation, se sent même menacée, la place de grève n’a plus d’yeux que pour les jeunes occupants de la mairie ! Très vite, les CRS bouclent le quartier. Impossible de se rendre à l’arrière de la mairie, impossible de s’approcher du bâtiment. Les forces de l’ordre envahissent la place de grève, la « ronde » tourne de plus en plus vite. « On tournera ! On ne s’arrêtera pas ! »

Assemblée Générale

Pendant ce temps, les occupants se constituent en AG (assemblée générale) dans la salle du conseil et rédigent une déclaration commune.

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“Nous manifestants du 1er mai 2009, ne voulons pas nous en tenir à la marche habituelle. Nous occupons l’Hôtel de Ville de Paris pour exprimer notre dégoût envers le gouvernement qui n’écoute pas la colère de la population qui subit la crise. C’est pourquoi nous appelons les habitants, travailleurs, étudiants, précaires, sans-papiers en France et ailleurs, à résister par la grève générale et par tout autre moyen.”
Les occupants, Paris, le 1er mai 2009

Une heure d’occupation

Le dispositif et le cordon de sécurité qui empêche même la presse de passer se renforce à chaque minute. La tension monte, l’occupation est sur le point de s’achever. Nous parvenons à contourner les forces de l’ordre en faisant le tour du pâté de maison. Face à la sortie, Adrien (le caméraman de La Télé Libre) feinte ! Il passe les camions et parvient à s’approcher. Je reste sur le carreau. Après de longues minutes de négociations, les occupants sortent, mais seulement après que la police ait effectué un contrôle d’identité de grande envergure…

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Bilan

Si la police n’a pas effectué d’interpellation ce soir là, il semblerait que Bertrand Delanoë soit prêt à poursuivre les occupants. Il condamne « fermement ces comportements aussi absurdes qu’agressifs, qui loin de toute rationalité, ont visé la maison commune des Parisiens ». Par ailleurs, si certains policiers laissaient entendre que les manifestants avaient tenté de mettre le feu à l’hôtel de ville, cette version n’est évidement pas partagé par les insurgés du 1er mai qui affirment n’avoir fait aucun dégât.

Aujourd’hui, la « ronde des obstinés » ne tourne plus. Pas parce que l’occupation a rendu cette action impossible, mais parce qu’après 1007 heures de mobilisation en place de grève, les enseignants-chercheurs ont décidé d’y mettre un terme.

Quant à ceux qui ne veulent plus rentrer chez eux, ils se sont retrouvés comme prévu le 4 mai, et ont pris la décision de se déplacer d’une mairie à l’autre. Lundi 11 mai, ils seront, à partir de 18h30, devant la mairie du XXème arrondissement de Paris.

Antoine Sanchez
Image : Adrien Kaempf
Montage : Anthony Santoro


Photos : Jota Videira

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