Pas de sortie de crise au Honduras

Libération. 6 novembre par Justine Lafon

Dix minutes avant l'expiration de l'heure-limite pour la restitution de Manuel Zelaya à la présidence, Roberto Micheletti a annoncé en pleine nuit la formation d'un gouvernement d'«unité et de réconciliation», sans les ministres du camp du président déchu.

 

 

Le président hondurien déchu Manuel Zelaya, le 6 novembre 2009 à l'ambassade du Brésil à

Le président hondurien déchu Manuel Zelaya, le 6 novembre 2009 à l'ambassade du Brésil à Tegucigalpa. (AFP Orlando Sierra)

Quatre mois après que Manuel Zelaya a été chassé du pays par un coup d'Etat du président du Congrès Roberto Micheletti, l'ex-président est toujours réfugié à l'ambassade du Brésil, à Tegucipalga. L'accord de sortie de crise politique, qui avait été conclu le 30 octobre dernier entre les deux hommes, a échoué.

Ce dernier prévoyait la constitution d'un gouvernement d'union nationale, le vote du Congrès sur le retour de Manuel Zelaya à la présidence, l'organisation de l'élection présidentielle le 29 novembre comme prévu, ainsi que la mise en place d'une commission d'experts mandatée par les deux camps afin de superviser l'ensemble.

«L'accord a été mis en échec par la faute de Micheletti»

Un conseiller de Manuel Zelaya a dénoncé jeudi soir «l'échec» de l'accord par la faute du président putschiste. Même constat du côté de Jorge Arturo Reina, membre de la Commission de vérification de l'accord de sortie de crise: «L'accord a été mis en échec par la faute de Micheletti (...) et il n'a pas convoqué le Congrès national».

Le soir même, dix minutes avant l'expiration du délai qui avait été fixé dans l'accord pour la restitution de Manuel Zelaya à la présidence, Roberto Micheletti a annoncé dans une allocution radiotélévisée la formation d'un gouvernement d'«union nationale» respectant selon lui les termes de l'accord. «Je suis fier d'annoncer cette nuit que nous avons finalisé la formation d'un gouvernement d'union et de réconciliation dans les limites fixées par l'accord de sortie de crise», a-t-il déclaré. Sauf que ce nouveau gouvernement a été constitué sans les ministres du président déchu.

Manuel Zelaya a-t-il envoyé une liste de candidats?

La BBC news rapporte que «M. Zelaya avait averti jeudi qu'il se retirerait de l'accord si le congrès ne tenait pas un vote sur son retour au pouvoir», et qu'étant donné l'échec de l'accord, «il ne reconnaîtra pas le résultat des élections prévues pour le 29 novembre».

Le président déchu a réagi ce vendredi sur Radio Globo, média d'opposition au Honduras, en déclarant qu'un président en intérim «que personne n'a reconnu dans le monde» ne pouvait pas présider un «gouvernement d'unité et de réconciliation».

Mais, les autorités putschistes au pouvoir estiment que le vote du Congrès n'était pas l'enjeu principal de l'accord de sortie de crise, et que la formation d'un gouvernement d'«union nationale» a bien eu lieu.

Roberto Micheletti s'est félicité de la formation d'un gouvernement qui «représente un large spectre politique malgrè le fait que M. Zelaya n'ait pas envoyé une liste de ministres», lit-on sur BBC news. Pour preuve un extrait, publié sur elpais.com, du communiqué dans lequel l'ancien président chilien Ricardo Lagos - un des membres de la commission de vérification - indique qu'en début de semaine Roberto Micheletti a sollicité «une liste de dix personnes qui pourraient intégrer le nouveau gouvernement d'unité et de reconciliation» aux principaux partis politiques et à leurs candidats à la présidentielle.

Une sortie de crise trop vite envisagée

Lorsque le putschiste Roberto Micheletti a accepté le 29 octobre dernier, après les pressions de la communauté internationale, la perspective d'un retour au pouvoir du président déchu, une sortie de crise semblait envisageable. C'était sans compter les nombreuses imprécisions dans les termes de l'accord conclu entre les deux camps, selon le journaliste Pablo Ordaz. «Un accord, que tout le monde a célébré comme la fin de la crise mais qui comporte de nombreuses lacunes, dont l'absence de précisions sur qui devait présider ce gouvernement d'union», écrit-il sur elpais.com.

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