Peillon plante France 2 : Je voulais qu'il y ait un incident

Rue89. 15 janvier 2010 par Julien Martin

Vincent Peillon à La Rochelle en août 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

« J'ai décidé de ne pas participer au débat d'indignité nationale organisée ce [jeudi] soir sur France 2. » A peine l'émission « A vous de juger » sur France 2 commencée, Arlette Chabot, présentatrice et directrice de l'information de la chaîne, découvre et lit en direct la note que Vincent Peillon vient de publier sur son blog, alors qu'elle l'attendait en plateau après un débat opposant Eric Besson et Marine Le Pen. L'eurodéputé socialiste explique sa décision à Rue89 :

« Nathalie Saint-Cricq [la rédactrice en chef] m'appelle la première fois vers le 15 décembre. Elle me propose de participer à un débat dans “ A vous de juger ” sur France 2 sur l'identité nationale, ce que j'accepte. Une semaine après, je découvre dans Le Parisien qu'il s'agit en réalité d'un match Besson/Le Pen. Immédiatement, je comprends ce qu'ils veulent.

Mon collaborateur apprend ensuite auprès de quelques journalistes de la rédaction de France 2 qu'il connaît que je serai relégué en deuxième partie d'émission. Je trouve cela accablant, d'autant que personne ne me dit rien. Je ne l'ai su officiellement que ce matin, de la bouche d'Arlette Chabot, qui m'appelle et qui me dit : “ Voilà quel est le programme. ”

Mais j'avais pris ma décision depuis plusieurs jours. C'était préparé avec quelques uns. Je voulais qu'il y ait un incident. Il fallait que ça fasse un peu scandale. Je ne voulais pas qu'ils se rabattent sur un autre socialiste. La France doit s'arrêter de s'enfoncer dans la terreur. Eric Besson est en train de nous faire une catastrophe.

Que l'on débatte de la France, c'est un très bon débat. Que l'on débatte de l'identité nationale, une fois que le débat était ouvert, il le fallait bien. Mais il n'est plus possible de débattre en ces termes, et dans une émission où il n'y a que trois formations politiques représentées.

Ils ont voulu faire cautionner par un socialiste un débat qui n'est même pas un débat entre l'UMP et le FN, mais un débat entre Eric Besson et le FN. Il ne faut pas confondre Eric Besson et la droite républicaine. Les trois derniers premiers ministres de droite, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin, ont tous trois demandé à ce que s'arrête ce débat xénophobe et raciste. »

Chabot : « Un coup d'éclat tout à fait regrettable »

La décision de Vincent Peillon intervient après une première protestation des journalistes syndicalistes du SNJ-CGT de France Télévisions, qui ont déploré mercredi dans un communiqué « qu'un tel spectacle ait lieu sur les antennes du service public, (…) qui servira encore mieux à flatter les mauvais instincts et faire le lit des thèses racistes et xénophobes que soutient depuis toujours le FN ».

Eric Besson a immédiatement profité du retrait surprise de l'eurodéputé socialiste, en s'inquiétant de savoir s'il n'aura pas à la place « une double ration de Marine Le Pen ». L'intéressée a aussitôt rétorqué que le ministre de droite, transfuge du PS, pourra du coup jouer à la fois le rôle « du socialiste et du responsable de l'UMP ».

Pendant ce temps, en coulisses, Nathalie Saint-Cricq a dénoncé des « méthodes de voyou », assurant que « c'est lui qui a choisi de passer en deuxième partie de soirée ». Arlette Chabot, elle, a parlé à l'antenne d'un « coup d'éclat tout à fait regrettable ». (Voir la vidéo)


Les deux femmes et tous les dirigeants de la chaîne sont en tous cas dans le viseur de l'élu socialiste, qui a réclamé sur son blog « la démission de madame Arlette Chabot et des dirigeants de France 2 qui ont autorisé cette opération ».

Un appel à la démission auquel la direction a répondu par communiqué peu avant miniut, réaffirmant « bien entendu son entière confiance à Arlette Chabot ».

Photo : Vincent Peillon à La Rochelle en août 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

Commentaires (3)

1. EdkOb 16/01/2010

C’est principalement la télé, dans les années 1980, qui a donné de l’audience à la sale petite musique xénophobe du FN, en invitant tellement souvent le chef de ce parti, que, du coup, ses sales idées et propos se sont infiltrés dans les esprits vacants.
Cela assurait un très bon audimat, donc garantissait aussi des recettes publicitaires.
Pour le fond, il apparaît maintenant que déjà, dans ces années là, les « journalistes » étaient des passeurs de plats, rien d’autre. Le chef du FN avait tout compris sur l’influence des médias et la stratégie des « petites phrases », reprises en boucles pendant des jours, des mois, des années.
Avec, j’insiste, l’extrême complaisance des médias et des « journalistes » qui se bornaient à un rôle de « relanceur », sans jamais se poser la question de leur responsabilité dans la lente et résistible ascension du FN.
Et maintenant que presque tout le programme du FN est appliqué par le gouvernement (y compris jusqu’à l’intitulé et les attributions du ministère de ce transfuge du PS qui fait assaut de zèle, qu’un certain Bruno Megret réclamait de son temps néfaste), la télé relance la vieille machine à audimat pour « lisser » l’image de Besson, et redonner des couleurs au FN.

Mme Chabot, celle-qui-fait-la-bise-à-Coppé (en 2006, pendant le générique de fin de son émission débile. Des images ici : http://www.lepost.fr/article/2010/01/15/1889503_arlette-chabot-a-t-elle-fait-la-bise-a-eric-besson.html) est aussi celle qui, en toute déontologie, invite l’ex-ministre de l’intérieur, juste la veille du début de la campagne officielle des présidentielles.

Arlette Chabot, une grande journaliste… dans son rôle de passe-plat.

@ bientôt, en passant

2. Laurie 15/01/2010

Nous nous préparons un avenir atroce!Les leçons du passé ne servent à rien.Les musulmans remplacent les juifs.La haine,quelque soit,est toujours présente!

3. Colombeau 15/01/2010

Le fascisme est en marche, aidé par la télé et la radio aux ordres!

La (F)rance montre un visage bien inquiétant, mais elle a l'habitude, la beaufitude lui sert de culture

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