Pôle Emploi Pantin : Gardez-les jusqu’à la mort, vos fiches de paye

CIP-IDF.org. 23 juillet 2009

Le 8 juillet, à Montreuil, la police a tiré sur un réseau de résistance aux rafles de sans-papiers, des magasins gratuits, des concerts et des projections, l’occupation de maisons, des interventions collectives face aux institutions sociales, un cercle de logement. La police a tiré sur des manifestants et blessé 6 personnes, dont l’une très gravement.

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Un champ de tir policier :
terroriser et laisser vivre

Le blog de la clinique en exil


Malgré le bouleversement des ces derniers jours suite à cette attaque policière, nous avons maintenu l’action prévue aux ex-Assedic de Pantin, aujourd’hui Pôle Emploi.

Locaux aseptisés, toilettes inaccessibles au public au nom de Vigipirate, photocopieuse en panne de papier, quelques prospectus d’information avec des visages radieux d’allocataires.

Il y a toutes sortes de police.

Celle qui tire dans le tas au flashball à Montreuil et ailleurs, massacrant des corps, crevant des yeux, au nom de la propriété privée et du maintien de l’ordre et celle, bienveillante, qui veut votre bien si vous êtes discipliné et motivé. Toutes sortes de police, dont celle des petites mains du gouvernement par la peur, peur de ne pas avoir bien rempli son dossier, de ne pas avoir bien appuyé comme et quand il faut sur les touches du 3949, de ne pas avoir suffisamment fait preuve d’ardeur dans la recherche d’un emploi, d’avoir oublié une « convocation » pour « faire le point » avec quelqu’un qui ne vous veut que du bien, peur de ne pas recevoir sa maigre allocation.

Nous étions une douzaine à investir l’agence. Certains d’entre nous se sont dirigés directement au bureau du chef d’agence pour exiger des informations précises sur la situation d’un allocataire. D’autres ont dialogué avec les « demandeurs d’emploi » présents dans l’agence, tout en distribuant des tracts appelant à la campagne contre Pôle Emploi.

Routine : faire obstruction aux demandes de revenu

Voici une brève explication de la situation pour laquelle nous étions là.

Suite à une démission d’un emploi de psychologue à plein temps, l’un de nous a présenté son dossier de demande d’allocation afin qu’il passe en « commission paritaire ». Lorsque vous démissionnez d’un emploi, vous n’avez pas droit immédiatement à des allocations chômage mais pouvez, au bout de quatre mois, remplir un dossier adressé aux Assedic qui sollicite ensuite l’avis d’une obscure commission paritaire qui statuera finalement sur votre demande, si toutefois vous fournissez des preuves de vos démarches de recherche d’un emploi.

Ce camarade, démissionnaire le 31 octobre 2008 d’un poste à plein temps, a trouvé un nouvel emploi à mi-temps le 1er novembre 2008. Dans la mesure où il avait longuement cotisé auparavant, cela lui donnait un droit virtuel à un complément d’allocation chômage, comme c’est le cas pour des centaines de milliers de « chômeurs en activité à temps réduit » dont les revenus se composent à la fois de salaires et d’allocations chômage.

En février 2009, il a présenté son dossier de demande d’allocation aux Assedic pour qu’il soit transmis à la commission paritaire. Quelques semaines plus tard, un refus tombe, pour un motif intenable (« vous n’avez pas assez fait preuve de recherche d’emploi » alors qu’il a retrouvé un emploi !). Après d’innombrables coups de fil au 3949, il parvient à démêler la raison : « vous avez présenté votre dossier, trop tôt, il faut le représenter le 31 Mars ». Malgré l’incompréhension, il s’exécute.

Nouvelle attente, des semaines sans réponse. Innombrables nouveaux appels au 3949. Les avis des agents divergent. Les uns disent qu’il n’a pas droit aux allocations car il a démissionné, point barre. D’autres lui disent que le premier refus était motivé par une précédente démission, en novembre 2007 et qu’il faut refaire la demande. Il refait la demande. Donc attente. Les mois passent. Régulièrement des coups de fil au 3949. Demandes refusées d’un rendez-vous avec un agent à l’agence. Un jour, par téléphone, excédé, le camarade menace de débarquer avec des membres d’un collectif de précaires. Une demi-heure plus tard, un sous-chef l’appelle en lui proposant un rendez-vous. Enfin.

Il se déplace à l’agence. Nouvelle explication : « vous vous êtes inscrit comme demandeur d’emploi le 30 octobre 2008 au lieu du 31 octobre, un jour avant votre date effective de démission, donc on a considéré la demande par rapport à votre démission, le 31 novembre 2007, d’un précédent emploi : c’est la raison du refus ». Ils ont ainsi décidé de ce refus sans jamais présenter le dossier à la commission paritaire. Cette fois, l’agent dit que c’est bon, qu’ils ont compris le problème, qu’ils présentent le dossier à la commission paritaire. Les semaines passent. Ce « cas complexe », comme ont appris à le dire les responsables d’agence lorsque ça coince, aura occasionné 9 mois d’attente.

Pour pas se faire marcher sur les arpions, monter les niveaux

Au lendemain du 14 juillet, nous mettons en pratique ce droit à l’accompagnement dont peut se prévaloir tout administré. Nous sommes donc dans le bureau du chef d’équipe qui, flegmatique, nous invite à nous asseoir. Le dossier a finalement été présenté à la commission paritaire le 19 mai. Celle-ci est supposée fournir une réponse dans les 45 jours. Il n’y en a pas. Et pour cause, la commission de juin n’aurait pas eu lieu et, mieux encore, le dossier n’a pas été présenté lors de la commission qui s’est tenue le 8 juillet !

Après un coup de fil au directeur régional de Pôle emploi, Monsieur Campagne, le responsable d’agence s’engage donc à ce que la demande soit présentée ce 23 juillet et assure que nous aurons une réponse dans les deux-trois jours suivant cette date. Nous lui demandons de confirmer cet engagement oral par un écrit. Il refuse et se contente de nous donner sa parole d’honneur. Nous lui rappelons que nous ne sommes ni dans un western ni scouts et que nous n’avons que faire de sa parole. Nous exigeons qu’il recontacte le directeur départemental, lequel accepte que soit délivré un écrit qu’il rédige et envoi par mel au sous-chef auquel il dit de s’exécuter et de communiquer ce document écrit.

Entre-temps, les autres agents, dont certains extrêmement hostiles, hargneux, ont demandé à leur chef d’appeler la police, ce que ce dernier refuse. Pendant l’occupation, nous avons rencontré un allocataire qui doit fournir des justificatifs, ses allocs sont bloquées. Un agent lui déclare d’un ton paternel : « Gardez-les jusqu’à la mort, vos fiches de paye ! ». Il va se voir réclamer un trop perçu. Immigré au français incertain, ce qui ne facilité pas les démarches, il travaille depuis quelques mois 3h par jour et ne l’a pas déclaré. Nous l’accompagnons dans le bureau du sous-chef pour essayer d’éclaircir sa situation. Le chef à l’honneur bafoué tient sa revanche. Il dispose de son chômeur fautif ( "manquement aux devoirs du demandeur d’emploi", "déclaration inexacte et mensongère") et ne cherche qu’une chose, connaître les éléments nécessaires pour calculer le trop perçu.

Sans scrupule, il ne l’informe pas de la possibilité de demander une remise de dette, bien que ce soit son rôle. Voilà un autre chômeur en activité à temps réduit qui risque de morfler parce que toute modification de situation peut occasionner des rupture de droits, des indus. Encore un Smicard, avec ou sans RSA, dont Pôle emploi est le principal patron.

On se met à compter avec terreur combien de bulletins de salaire compte une vie. Moi, à 46 ans, si je suis tenace et ne me fais pas massacrer par un flic, il doit me rester 20 ans de fiches de paye : 20x12 = 240, dans le meilleur ( ?) des cas. Puis quelques années de pension de retraite. Je frémis d’angoisse devant ce décompte macabre du temps qui me reste à vivre.


Autodéfense sociale : Pôle emploi : Radiation et indû annulés par l’action collective Porte d’Auteuil

Deux tracts d’intervention (modifiables) à Pôle emploi :

La prime de 500 euros destinée à une partie des précaires ne s’obtient que sur demande, faites circuler l’information !

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La prime de 500 euros, mode d’emploi

Un tract utilisable lors de chaque passage au Pôle emploi, fut-il individuel :

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Mépris et radiations, bienvenue à Pôle emploi

Rien ne sert de courir, il faut tout remettre à plat ! Chômeur(euses), précaires, entrons en résistance !

De l’autre côté du miroir. Perspectives de fraternisation entre chômeurs et "conseillers à l’emploi"., Le sabot, outil de liaison locale sur Rennes et ses environs, n° 2, 2008

De l’autre coté du guichet : Pôle emploi, suivi social, insertion, contrôle

Digression sur le "suivi individuel" avec Kafka

Lutter construit la puissance du nous, mobilisons-nous pour de nouveaux droits sociaux

Pour ne pas se laisser faire, agir collectivement :

Permanence CAP
Accueil et informations sur le régime d’assurance-chômage des intermittents du spectacle
Lundi de 15h à 18h
Envoyez questions détaillées, remarques, analyses à cap@cip-idf.org

Permanences précarité
Lundi de 15h à 17h30.
Adressez témoignages, analyses, questions, récits d’action, infos utiles à permanenceprecarite@cip-idf.org

À la CIP, 14 quai de charente, Paris 19e
M° Corentin Cariou, ligne 7
Tel 01 40 34 59 74

 

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