Pour la première fois depuis 2000, les loyers baissent nettement

Le Monde. 7 juillet 2009

Le Crédit foncier a publié, le 7 juillet, sa carte de France des "risques locatifs". Sont ainsi recensées plus d'une centaine de communes - en général des villes moyennes - où l'offre est supérieure à la demande de biens à louer. Cela fait certes l'affaire des locataires mais pas celle de propriétaires privés de revenus. Pour le Crédit foncier, deux facteurs expliquent ce phénomène.

La dégradation de la conjoncture économique, d'abord, pèse sur la demande de logements à louer. On l'observe à Dieppe, Fécamp, Elbeuf (Seine-Maritime), à Bernay (Eure), dans les Alpes du Sud, à Gap, Briançon (Hautes-Alpes), à Digne ou à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône). "A Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), avec la perspective du chantier d'Iter, la centrale nucléaire de nouvelle génération, la demande a été mal estimée et il y a surproduction de logements", raconte Jean-Michel Ciuch, directeur de l'observatoire immobilier du Crédit foncier.

L'afflux de constructions encouragées par des dispositions fiscales et pas toujours bien localisées a aussi alimenté cette offre inadaptée. L'avantage dit "de Robien" a, entre 2003 et 2008, suscité la réalisation de près de 350 000 logements. Depuis le 1er janvier, c'est la loi Scellier qui offre à l'acheteur d'un logement neuf destiné à la location une économie fiscale significative - il peut déduire de l'impôt sur le revenu 25 % du montant investi, dans la limite de 300 000 euros, soit 75 000 euros en tout, étalés sur neuf ans. Il faut avoir acheté le logement, situé dans une des trois zones éligibles, avant le 31 décembre 2009 (s'il l'achète en 2010, la réduction n'est plus que de 20 %) et, surtout, le louer pendant neuf ans !

Des promoteurs spécialistes de la défiscalisation, aux méthodes de vente parfois contestables, ont donc construit à tour de bras, sans souci du marché locatif, dans des zones où les propriétaires ne sont pas près de louer, donc de profiter de l'avantage fiscal espéré. Le rapport parlementaire des députés François Scellier (UMP) et Jean-Yves le Bouilllonnec (PS), chiffrait, en juillet 2008, le nombre de ces logements vides entre 5 000 et 10 000, mais, au vu de l'étude plus récente du Crédit foncier, ce chiffre pourrait doubler.

Plus grave : le nouvel amendement Scellier devait réduire les zones géographiques où il s'applique, comparées à celles du Robien, mais il ne l'a fait que très imparfaitement. La zone C, la plus rurale, n'est certes plus éligible au Scellier, mais le décret du 29 avril (Journal officiel du 3 mai) a fait passer 700 communes de cette zone en zone B, reproduisant l'effet pervers du zonage Robien.

LE MARCHÉ JOUE SON RÔLE

L'offre locative est, en outre, trop chère pour les locataires, qui consacrent au loyer plus de la moitié de leurs ressources : "La demande se situe entre 6 et 13 euros le mètre carré mensuel, et nous constatons que l'offre est proposée entre 11 et 25 euros. Les barèmes Scellier sont trop élevés", assure Evelyne Colombani, du Crédit foncier. Un studio parisien se loue, ainsi, en moyenne, 614 euros par mois...

Résultat : le marché joue son rôle et, pour la première fois depuis 2000, les loyers, selon Century 21, ont baissé de 4,65 % en moyenne en un an, au 1er juillet. Un deux-pièces, par exemple, se loue désormais 529 euros, contre 545 euros, il y a un an.

Les besoins ne sont pourtant pas satisfaits partout. Les marchés des grandes villes de Bretagne sont tendus. Il en est de même à Toulouse, Nîmes, Montpellier, Grenoble, Chambéry, Annecy, sur le littoral ouest, sur la Côte d'Azur, dans l'agglomération lyonnaise et dans toute la région parisienne.

Isabelle Rey-Lefebvre

Article paru dans l'édition du 08.07.09.

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