Privatisation rampante de la poste : ces mensonges qu’on veut nous faire avaler

Plume de Presse. 22 septembre 2009 par Olivier Bonnet

En ce jour de mobilisation nationale contre le changement de statut de La poste, véritable privatisation rampante, nous publions ci-dessous un article inédit de notre confrère Jérôme Bonnet*, journaliste à Siné Hebdo, qui a bien voulu en réserver l’exclusivité à Plume de presse.

 
Après des années de valse-hésitations, le gouvernement entend transformer La poste en société anonyme à l’automne. "Prélude à la privatisation", avertissent syndicats et partis de gauche. "Pas du tout", prétend le Pouvoir. Afin d’y voir plus clair, nous avons passé en revue les arguments censés justifier la transformation d’un service encore public.
 
ceBruxelles nous impose le changement de statut : nous sommes le 29 juillet, et les syndicats sont en émoi. Huit jours plus tôt, Jean-Paul Bailly, président de La poste, a annoncé qu’il ambitionnait de transformer l’entreprise en société anonyme. Christian Estrosi, ministre de l’Industrie depuis à peine un mois, inaugure ses fonctions en déclarant à France Info que ce changement de statut était une « obligation », résultant d’une directive européenne de 97. C’est totalement faux, Bruxelles n’exigeant « que » l’ouverture du marché postal à la concurrence en 2011. Quelques jours plus tard, il corrigera le tir, parlant de « conséquence » plutôt que d’obligation, La poste devant s’armer pour affronter la concurrence. Outre l’erreur politique – obligation sous-entend que le projet est subi, alors que les privatisations sont d’ordinaire présentées comme des « chances » pour les secteurs concernés -, il démontre là une solide connaissance du dossier...
 
logoLes caisses de l’État sont vides, on ne peut pas continuer à entretenir des fonctionnaires indéfiniment : contrairement à d’autres services publics, la poste est loin d’être déficitaire. Elle a engrangé 800 millions d’euros en 2006, 1 milliard en 2007 et 520 millions en 2008. Au premier semestre 2009, en dépit d’une baisse de 19%, ce sont 388 millions qui sont venus garnir les caisses. En ces temps de déficit chronique de l’État, il semblerait judicieux de conserver un si beau fleuron. Conséquemment, contrairement à une opinion répandue, les postiers ne coûtent pas un euro à l’État ! Comme l’explique Régis Blanchot à Sud PTT, « Les fonctionnaires de la postesont payés par le ‘budget annexe’,qui date de 1923 et finance son fonctionnement via les timbres ou la banque. À vrai dire, c’est même l’État qui doit de l’argent ! Car il ne paie pas les 800 millions à 1 milliard d’euros déboursés par la poste dans le cadre du ‘contrat de service public’ – service universel du courrier, aide à la presse, accessibilité bancaire... - qu’il est censé assumer . »
 
logoCe n’est pas une privatisation, mais une création de Société anonyme à fonds 100% publics : accoler « société anonyme » et « public » dans un même statut est déjà en soi paradoxal. À quoi peut bien servir une SA qui ne peut bénéficier des fonds privés d’investisseurs ? Pour Régis Blanchot, « le but est de faire sauter un verrou, à savoir le statut public. Ce qui permettra dans un second temps d’ouvrir peu à peu le capital, 10% par ci, par là. » À vrai dire, ce « 100% public » ne correspond pas à grand chose, puisque sont autorisées à investir les « personnes morales du secteur public », soit les entreprises majoritairement détenues par l’État. Une société type Oséo (banque destinée aux PME), privée jusqu’à 49%, ne rencontrerait donc pas de problèmes. Mieux, « Une filiale 100% privée d’une entreprise publique comme EDF, par exemple, pourrait rentrer dans le capital », précise Blanchot. Même si elle était détenue par un fond de pension américain, qui exige 15% de rentabilité… En outre, on a du mal à saisir pourquoi un Epic (établissement public industriel et commercial, statut actuel de La poste) ne pourrait pas bénéficier des 2,7 milliards d’euros (répartis entre l’État : 1,2 milliard et la Caisse des dépôts : 1,5 milliard) injectés à l’occasion du changement de statut. S’il s’agit de ne pas fausser la concurrence et se voir condamné par Bruxelles, alors on se demande bien en quoi ces 2,7 milliards seraient moins nocifs s’ils étaient alloués à une SA. Le ministère de l’Industrie aurait peut-être pu éclairer notre lanterne sur ce point. S’il avait daigné nous répondre.
 
logoLa poste restera un service public, assumant ses missions : c’est un refrain déjà entendu dans la bouche de nombreux responsables politique aux premiers stades des privatisations d’EDF ou France Télécom, ce qui incite à la méfiance. Mais au-delà du procès d’intention, la question se pose déjà aujourd’hui de savoir si la banque postale rentre bien dans le cadre du service public. Ainsi, comme l’a révélé Les Échos, la Banque postale a créé une filiale codétenue par Franfinance (Société Générale), au sein de laquelle elle restera majoritaire, dans le but avoué de proposer, à compter de fin 2009, du… crédit à la consommation (vous savez, les « réserves d’argent disponible »), une des pires émanations du capitalisme ! Endetter davantage les pauvres pour nourrir la spéculation : un concept désormais garanti 100% public ! 

 

* Confrère qui est aussi notre frère tout court !

Commentaires (1)

1. cambon 01/10/2009

[quote]Il faut que le service public reste service aux publics. C'est la première notion du service public.
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