Quand Big Brother s’invite à l’école

Bug Brother. 7 avril 2010

La semaine passée, en lançant l’opération lycees.eu à l’occasion des Etats généraux de la sécurité à l’école, je notais qu’au Royaume-Uni, 85% des établissement scolaires seraient équipés de caméras de vidéosurveillance et, dans 10% des cas, jusque dans les toilettes.

Un exemple suivi, en France, par un établissement scolaire au moins qui, non content de vidéosurveiller les toilettes (ce que la loi interdit), l’infirmerie, le CDI, les couloirs et salles d’étude, prend également les empreintes digitales des élèves à la cantine (ce qui est également interdit), et fait régner une discipline de fer en son sein… tout en affichant d’excellents résultats scolaires.

Suite de mon enquête sur les multiples façons de faire respecter l’ordre à l’école (voir l’intégralité du dossier sur lycees.eu). Un projet inspiré de ProPublica, une fondation américaine qui finance des journalistes d’investigation parce que “d’intérêt public“, afin de contribuer au débat, et en vertu du principe de subsidiarité du projet éditorial d’Owni.fr, initiateur de lycees.eu : “Publish the best and Cover the rest /-)” (republie le meilleur, couvre le reste).

Le groupe scolaire Saint Denis

Sur son site web, l’institution privée et catholique Saint-Denis, créée en 1858 à Loches, dans l’Indre et Loire, et qui accueille aujourd’hui 370 collégiens et 250 lycéens, se vante d’un taux de réussite supérieur à 90% au bac, et se présente comme “une ruche bouillonnante d’idées et d’activités“. Les élèves, eux, reconnaissent ses vertus pédagogiques, mais ne l’ont pas moins surnommé Alcatraz, Big Brother, ou la “prison“, ou chantent “I’m on the highway to Hell” lorsqu’ils y vont.

Dans son bureau de vie scolaire, le “préfet de discipline” (sic) peut en effet surveiller sur son écran de contrôle ce que font les élèves dans les couloirs (une dizaine de caméras), les deux salles d’étude (deux caméras chacune), le CDI, les deux infirmeries, et les quatre toilettes.

Des caméras pour protéger les… porte-savons

Gilles Lemeunier, le préfet de discipline, ne sait pas de quand datent les caméras : elles étaient déjà là lorsqu’il est arrivé à Saint-Denis, en 2003. Il tient cela dit à préciser qu’elles ne sont bien évidemment pas installées “dans” les WC, au-dessus des cuvettes, mais au-dessus des portes d’entrée des toilettes collectives : “il y a des sèches-mains électriques, et des porte-savons“, ils étaient dévalisés, et ça coûtait bonbon. Les caméras n’en filment pas moins également qui entre dans les WC, quand, et pendant combien de temps, et permettent ainsi de dissuader les jeunes de venir y fumer, et les couples de s’y retrouver. Des images qui seraient écrasées au bout de 2 ou 7 jours.

Les caméras dans les salles d’étude ? Pour “protéger les casiers” qui s’y trouvent. Celles de l’infirmerie ? “On n’a pas d’infirmière“, et elles filment les portes d’entrée, afin de vérifier que tout se passe bien, mais également que les élèves “malades” n’ont pas menti, ou que d’autres élèves ne viennent pas s’y cacher ou les y retrouver. Antoine* (le prénom a été modifié, comme bon nombre de ceux qui ont accepté de témoigner), qui avait été blessé à la récré, y a ainsi attendu, pendant plusieurs heures, qu’on vienne le soigner. Seul, avec la caméra.

Les micros cachés dans les chambres ? La rumeur court depuis des années. Le préfet nie, avançant que les élèves auraient peut-être mal compris, et confondus avec les haut-parleurs installés pour réveiller les internes en musique, le matin. Mais plusieurs anciens surveillants nous ont confirmé qu’ils existaient bel et bien, au dernier étage de l’internat des collégiens. Avec ce petit bémol : il ne s’agirait pas de micros-espions, mais de capteurs sonores déclenchant une alarme lorsque les internes font encore du bruit, passée l’heure du couvre-feu.

Strom Troopers vs Wall-e

L’accès à la cantine est lui aussi contrôlé, par un système biométrique de prise d’empreintes digitales, installé en 2004 parce qu’il y avait des “grands” qui prenaient la place de “petits“, que certains se retrouvaient donc à ne pas manger, et que ce système permet de s’assurer que tous les élèves puissent manger, tout en luttant contre les vols, le racket et la maltraitance entre adolescents.

Le préfet de discipline nous a certifié que le système biométrique, tout comme la vingtaine de caméras de vidéosurveillance, ont été déclarés à la CNIL. La preuve : le contrôle biométrique va être modifié : il est en effet interdit d’identifier des mineurs par leurs empreintes digitales (seule l’empreinte du contour de la main est autorisée), et l’école a finalement installé, comme le veut la loi, à la rentrée 2008, de petits panneaux “zone sous vidéosurveillance” (mais pas devant les portes des toilettes).

La CNIL, de son côté, nous a déclaré n’en avoir jamais entendu parler, et qu’elle interdit bien évidemment l’installation de caméras dans les toilettes. Comme le soulignait le Canard Enchaîné, ce 7 avril à l’occasion du lancement des Etats généraux de la sécurité à l’école, ces petits écarts avec la loi (y compris les absences de déclaration) pourraient valoir à Saint-Denis d’être condamné à 1500 euros d’amende, par infraction. Fâcheux, pour des systèmes prévus, explicitement, pour lutter contre ceux qui violent les règlements, et puis la loi.

Un règlement intérieur tâtillon

Plusieurs anciens élèves nous ont également déclaré qu’il y a quelques années, il y avait des fils de fer barbelés, et du verre pilé, sur les murs d’enceinte et les grilles à l’entrée. Aujourd’hui, il n’y en a plus, et Gilles Lemeunier nie qu’il y en ait jamais eu, parlant de “grillage” permettant d’éviter aux ballons de foot de tomber dans la rue, et qui ont été retirés depuis que les élèves disposent d’un stadium pour pouvoir jouer au foot.

Les parents, apparemment, ne sont globalement pas au courant : ceux que nous avons contactés, ont bien entendu parler de la présence de caméras de vidéosurveillance, mais pas qu’il y en avait jusque devant les toilettes.

Les élèves, eux, semblent résignés, et la plupart ne leur ont tout simplement pas parlé de ces caméras-là : la vidéosurveillance n’est que l’une des composantes de la discipline et des mesures de sécurité de l’établissement, et les caméras font, in fine, partie des meubles.

Tout a commencé au début des années 2000, avec une caméra surveillant le parc à vélo. Saint-Denis accueillant nombre d’élèves venus d’Asie, ou des Etats-Unis, pays où la vidéosurveillance est elle aussi banalisée, explique Gilles Lemeunier, l’établissement a commencé à en déployer dans les couloirs, afin de protéger les locaux, lutter contre les dégradations, prévenir le vol et les débordements.

Storm Troopers and webcam

De fait, Saint-Denis, “à la pointe du progrès“, a également beaucoup investi dans les nouvelles technologies, ses professeurs ont tous des ordinateurs, et utilisent des tableaux numériques interactifs dans leurs classes.

Mais si Saint-Denis se targue de bons résultats scolaires, c’est aussi au prix d’une discipline des plus strictes. Le règlement intérieur stipule par exemple que :

Chaque élève veille à garder une tenue propre et décente et une coiffure soignée, non excentrique. Le maquillage et les bijoux resteront discrets. Les garçons doivent être correctement rasés et avoir les cheveux courts.

Sont interdits notamment les chaussures à bouts renforcés, les slogans sur les vêtements, les bermudas et les mini-jupes, les débardeurs, les shorts, joggings, baggies, les vêtements déchirés, troués, militaires ou para-militaires, les piercings, les chèches, couvre-chefs…

Dans les faits, les filles doivent également cacher leurs épaules, “pour ne pas exciter les garçons“, précise Clémence*, et le survêtement Adidas d’un adolescent lui fut par exemple confisqué, rapporte Antoine*, parce que le logo faisait vaguement penser à… une feuille de cannabis. Malika* se souvient par ailleurs d’avoir vu trois élèves un peu chevelus et en baggys être un jour appelés au micro, et revenir le cheveux court, et habillés “comme des cathos“…

Une maman se souvient par ailleurs de cette fois où son fils s’était fait couper les cheveux par un autre adolescent, qui lui avait finalement rasé le crâne après y avoir fait un petit trou. Verdict : son fils se vit interdire de retourner en cours et fut consigné, seul, dans une classe vide, pendant deux jours.

Le “copinage abusif” (se tenir par la main, s’embrasser, se faire un calin) est lui aussi bien évidemment interdit : Rebecca*, alors au collège, raconte ainsi qu’elle avait failli être collée, avec sa meilleure amie parce qu’elle pleurait, et que son amie l’avait prise dans ses bras, pour la consoler. Le jeudi, le port du polo bleu estampillé “Saint Denis” est par ailleurs obligatoire, et tout oubli est passible d’une sanction.

Des heures de colle… payantes

Le barème ? Il est relativement simple : 4 ou 8h de colle, voire plusieurs fois 8h de retenues, à recopier le règlement, ou bien une phrase, jusqu’à plus de 200 fois, le vendredi soir et le samedi matin quitte, ainsi, à empêcher un interne de retourner chez lui le vendredi après la classe.

A Saint-Denis, où la scolarité coûte de 778 euros (en externat) à 6261 euros (en internat) les retenues sont également payantes (de l’ordre de 30 euros), et facturées aux parents : les adolescents ne rentrant pas chez eux le vendredi soir, il faut du personnel pour leur faire à manger et s’en occuper.

A cette double peine s’ajoute parfois une “triple peine“, souligne un ancien surveillant : après avoir été convoqués (parce qu’ils ont fait une bêtise, ou qu’ils n’ont pas d’assez bonnes notes), certains élèves se retrouvent également privés de sortie, pendant plusieurs semaines. En moyenne, Saint-Denis retiendrait entre 20 et 30 élèves les vendredis soirs et samedis matin.

Au-delà des problèmes de discipline, nombreux sont ceux qui y seraient soumis parce qu’ils n’ont pas respectés le “contrat” de discipline ou de travail qu’ils ont signé en présence de leurs parents, qui leur assigne des objectifs à tenir et qui précisent par exemple qu’ils peuvent être renvoyés s’ils ne parviennent pas à avoir 10 ou 12 de moyenne générale.

Les punitions collectives sont également d’usage, reconnaissent les anciens surveillants, afin d’inciter l’un des élèves à dénoncer le fautif, ou bien encore en cas de chahut dans le dortoir. Noémie* raconte ainsi comment, un soir, des jeunes filles furent obligées d’effectuer des tours dans la cour de l’école, en T-shirt, un soir d’hiver. Antoine* se souvient pour sa part d’avoir été envoyé direct au lit, sans douche, avec l’ensemble de ceux qui étaient dans la salle d’étude, parce que l’un d’entre-eux ait fait une bêtise, mais qu’il refusait de se dénoncer : “de toute façon, ils n’avaient pas grand chose d’autre à nous enlever“.

Des contrôles d’alcoolémie, urinaires aussi

Les surveillants sont également habilités à fouiller les élèves pour s’assurer qu’ils ne sortent pas de l’établissement avec des cigarettes, ou à les soumettre à des alcootests en cas de suspicion de prise d’alcool, mais également à des contrôles urinaires pour vérifier (avec l’accord de leurs parents, normalement, mais pas systématiquement, comme l’a appris, après coup, l’une des mamans qui a accepté de témoigner) qu’ils n’ont pas fumé de cannabis, pris de l’héroïne ou de la cocaïne. Le règlement intérieur stipule d’ailleurs qu’”en cas de suspicion d’usage de stupéfiants, la Direction se réserve la possibilité de faire pratiquer des analyses“, et qu’en cas de refus, “l’élève est remis à sa famille“.

Ceux qui ont de mauvaises notes, qui n’ont pas été sages, ou qui veulent partir en voyage à l’étranger, font l’objet d’un “rapport journalier“, sorte de petit casier judiciaire où les professeurs notent scrupuleusement tout ce qu’ils ont eu à leur reprocher dans la journée. Les bons élèves, a contrario, figurent sur des panneaux d’honneur à l’entrée des classes.

Storm Troopers and Chubaka

Les 430 internes - dont 250 venus d’Ile de France (”catholiques très pratiquants, fils à papa, de nobles ou de bourgeois que leurs parents n’ont pas le temps de garder auprès d’eux“, comme le résume ironiquement Malika*) -, sont soumis à un traitement encore plus strict, à commencer par ceux qui (le tiers environ) sont en échec scolaire ou ont été renvoyés de leurs précédents écoles, Saint-Denis étant dès lors souvent perçu par leurs parents comme l’école de la dernière chance.

Tous les élèves sont obligés d’assister à au moins deux messes dans l’année, quand bien même ils sont juifs, musulmans, ou bien athée, et tous doivent aussi assister au catéchisme. Les plus fervents des croyants sont invités à assister à la messe quotidienne de midi et quart. Si Malika* déplore de n’avoir jamais entendu parler de Nietzsche ou de Freud en cours de philosophie, elle se souvient également, choquée, de cette fois où on leur expliquait comment faire l’amour sans avoir d’enfants, mais également sans capote, puisque “le préservatif va à l’encontre de la procréation, et donc de Dieu“…

La fête annuelle est cela dit un grand moment de liberté : les filles, en robe de soirée, ont enfin le droit de montrer un bout de leur épaule, voire un léger décoletté, et même de danser avec les garçons, et donc de les toucher… mais de loin. Le préfet de discipline, et les surveillants, vérifient en effet la distance réglementaire devant obligatoirement séparer les filles et les garçons. Par contre, ce soir-là, c’est champagne à volonté, sourit Malika*.

“En prison, soit vous faites de la musculation, soit vous bossez”

Les élèves que nous avons interrogés, et leurs parents, reconnaissent tous les vertus pédagogiques de Saint Denis, son soutien scolaire, ses bacs blancs (organisés tous les mercredis) qui permettent à nombre de lycéens d’obtenir le bac “sans avoir ouvert de livre dans l’année” (Malika*), le nombre d’équipements technologiques, notamment dans les laboratoires de langue, les classes bilingues, séjours à l’étranger, échanges avec des élèves venus de pays d’Asie ou des Etats-Unis… et, bien évidemment, les résultats scolaires dus en partie à la classe probatoire, qui permet “aux élèves de troisième en difficulté scolaire momentanée de préparer un baccalauréat en quatre ans“, et qui a notablement contribué à la réputation de Saint-Denis.

De nombreux élèves, en grandes difficultés lorsqu’ils sont arrivés, n’auraient ainsi probablement jamais réussi à s’en sortir et à obtenir leur bac s’ils étaient restés dans le système scolaire classique. Mais, et comme le déplore Noémie*, “ils sont stricts, mais on apprend des choses : sans eux j’aurais peut-être redoublé, c’est juste l’autorité et le règlement qu’il faudrait changer“. Antoine* le résume encore plus crûment : “forcément, quand vous êtes en prison, soit vous faites de la musculation, soit vous bossez“. Et à Saint-Denis, on ne peut pas faire de musculation…

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Nombre de parents semblent préférer fermer les yeux sur la discipline au nom des résultats scolaires. Apprenant qu’il y avait autant de caméras, et jusque devant les toilettes, une des mamans contactées m’avait demandé de la rappeler, le lendemain, afin de pouvoir en parler à son fils, qui devait rentrer de l’internat. Contactée le samedi matin, alors que son fils dormait encore, elle explique, gênée, qu’elle ne préfère finalement pas lui en parler, pour ne pas lui renvoyer une image encore plus négative de son lycée.

Pour Laurence Latremouille, présidente de l’association des parents d’élèves (APEL), “ça ne me choque pas plus que ça quand on voit la quantité de jeunes qui volent; je n’ai pas eu de plainte, et ça ne pose pas plus de problème que ça“ :

Ce n’est pas une boîte à bac : l’école à une véritable ouverture pour aider les enfants qui ont du mal à s’intégrer dans le système français, et d’un point de vue pédagogique, ils les remettent sur des rails. Je leur tire mon chapeau, je ne connais pas d’établissement avec une telle pédagogie, et nombre d’elèves seraient en échec scolaire.

Il y a une vraie discipline, je vous l’accorde, mais ça dépend aussi comment on élève ses enfants. La réputation est réelle, s’il y avait de tels abus, les parents n’enverraient pas leurs enfants, faut pas être maso

Une “discipline d’enfer” pas pire qu’ailleurs ?

Agathe Chavialle, qui fut la présidente de l’APEL en 2007-2008, n’a elle non plus jamais entendu parler de dérives particulières, et assume pleinement le fait que Saint Denis “est une école privée qui donne très clairement les règles du jeu” :

Effectivement, il y a une discipline d’enfer, tout est super encadré du début à la fin de la journée et ils ne peuvent pas tricher, mais à la base ce sont des gamins dont personne ne veut plus, qui sont en rupture ou en échec scolaire, le but du jeu est de les recadrer.

Saint Denis est une boite à bac, il y a une règle du jeu : votre enfant ne fait plus rien ou est déscolarisé, avec des problèmes que n’arrivent pas a régler les autres lycées, nous, on le prend en charge et vous êtes sûrs qu’on fera le maximum pour qu’il ait son Bac.

Moi j’ai été au cour Charlemagne, quand j’étais jeune, et je peux vous assurer que les brimades ça existait réellement. Evidemment les élèves sont pas contents, mais ça s’adresse à des élèves dont personne ne veut plus, qui ne sont pas adaptés au système scolaire : alors c’est vrai qu’ils sont super tenus, mais il y a aussi des punitions abusives dans toutes les écoles !

Les caméras dans les toilettes, ça ne me choque pas : il y a une vraie violence entre enfants, on avait des problèmes d’enfants qui se faisaient piquer le dessert, ou rackettés à la cantine, il y a de vrais problèmes de violence aussi. Les enfants sont le reflet de la société.

Storm Troopers watching StormTroopers on the internet

Raoul, son fils, qui a passé un an à Saint-Denis, n’avait pas remarqué les caméras devant les toilettes, mais se souvient par contre d’y avoir fait 48 heures de colle, et 15 semaines consécutives de privation de sortie, pour des bagarres et bêtises qu’il assume :

J’ai un peu fait le record, j’ai eu 48h de colles, 15 semaines consécutives de privations de sortie, j’ai déconné, entre les bagarres et le fait d’avoir fumé. Les colles, ils ne se gênent pas pour les distribuer : ils ne cherchent pas à savoir ce qui s’est passé, ils mettent des avertissements oraux, et puis la colle tombe. Dans les autres lycées, ils donnent une heure de colle, c’est vrai que ça change.

Pas mal d’élèves se sont fait virer, au moins 50% des élèves avec qui je suis entré au lycée en sont partis, c’est assez excessif, mais c’est vraiment une boîte à bac, avec pas mal d’élèves à problèmes. Il n’y a pas plus de violences que dans les autres lycées, mais comme on est en internat ça explose parfois plus vite.

Tout le monde se lamente un peu sur son sort, mais quand j’y repense j’ai passé de bons moments, et niveau pédagogique c’est quand même un bon lycée, on en ressort quasiment bilingue, faut faire la part des choses. Ca aurait largement pu être plus soft, mais la discipline contribue aussi aux résultats.

L’inspection d’académie, qui n’a enregistré aucune plainte, réclamation et “même pas de courrier” au sujet de Saint Denis, se dit très étonnée : “il faudrait nous contacter plutôt que de passer par la presse !“.

Jean-Luc Guillemin, directeur diocésain départemental de l’enseignement catholique en Indre et Loire, rappelle que l’établissement est effectivement très bien placé en terme de réussite scolaire, notamment grâce à son système de seconde probatoire, que c’est le plus gros internat de la région et que l’encadrement et les moyens nécessaires en personne sont là, “contrairement à certains autres internats“.

La discipline ? C’est un “délicat problème d’équilibre à trouver : j’ai moi-même été interne quand j’étais gamin, et j’avais tout le temps l’impression d’être en prison“.

Sur un groupe Facebook d’anciens élèves qui note, ironiquement, que Saint-Denis a “oublié de mettre une sanction propre à la liberté d’expression” (encore que le règlement intérieur stipule également qu’”une attention particulière sera données à toutes publications désobligeantes pouvant circuler sur Internet“), l’un d’entre-eux souligne, par ailleurs, que “c’est justement ce sentiment de surveillance militaire et totale qui nourrit les plus folles intentions et oblige à être plus inventif que jamais, plus rêveur qu’un marchand de sable, et plus con que le dernier des abrutis !” Evoquant des “moments hard voire glauque“, il n’en garde pas moins “de très très bon souvenirs tout de même, n’en déplaise à certains je suis fier du temps passer dans ces murs !

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Capture d’écran du n°57 de Saint-Denis News, photos en Creative Commons extraites de l’excellent StormTroopers 365, qui proposait chaque jour une nouvelle photo de ces soldats de l’Empire galactique dans la saga la Guerre des étoiles depuis un an, et qui vient de boucler son tour de cadran.

* la quasi-totalité de ceux qui ont témoigné ont tenu à garder l’anonymat, leurs prénoms ont donc été modifiés.

Voir aussi l’intégralité du dossier sur lycees.eu, et puis :

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