Quand l'Elysée paie les sondages Opinionway publiés dans le Figaro...

Les Mots ont un Sens. 17 juillet 2009 par

La Cour des Comptes a rendu son premier rapport sur le budget de l'Elysée. Au menu : 14 000 euros de dépenses privées réglées par la présidence, des déplacements privés trop coûteux, des appels d'offre pour amuser la galerie, des personnels fantômes et... 1,5 million d'euros d'obscurs études d'opinion qui se retrouvent régulièrement publiées dans Le Figaro. Vite, un sondage !

Le budget de Nicolas Sarkozy à l'Elysée

Sarkozy l'a voulu, Sarkozy l'a eu. "Je demanderai au président de la Cour des Comptes de contrôler le budget de la Présidence de la République, ce qui n'a jamais été fait jusqu'à présent", avait-il déclaré peu après son accession au pouvoir. C'est donc fait, une première. Bravo. Pour le reste, le langage châtié (châtré ?) de la Cour et le flou artistique savamment entretenu tout au long des 19 pages du rapport ont du mal à cacher le malaise qu'avait déjà relevé René Dosière à plusieurs reprises, avec des mots plus triviaux.

Un centre national de renseignement désaffecté

D'entrée, la Cour des Comptes salue les "progrès sur la transparence plus que significatifs" réalisés par l'Elysée. Certes, "des marges de progression existent", affirme le rapport, mais ne boudons pas notre plaisir... Sur un total de 112 millions d'euros, ce ne sont pas les quelques "nombreux paiements" effectués "au simple vu des factures" sans bons de commande ni engagements contractuels qui vont nous refroidir. Pas plus que les 4 millions que le Palais doit toujours au ministère de la Défense au titre des charges de fonctionnement, salaires et "indemnités pour sujétions particulières" des personnels du "centre national de renseignement"... un service fantôme, à plus d'un titre.

Les affectations de logements de fonction "fortement sous-évalués" à moitié déclarés ? Un détail. Les moyens aériens de l'Etec (Escadron de transport, d'entraînement et de calibration), et ceux de l'Escadron Esterel qui n'a pour objet que de transporter la cour du prince (proches, officiels et journalistes) ? Si peu important que c'est la Défense qui rince. Les appels d'offre qualifiés de "pure forme", à l'instar de ceux émis pour l'organisation de la Garden Party ? L’"insuffisance des pièces justificatives à l'appui des factures" ? Une mise en concurrence quasiment inexistante ? Le "coût de gestion élevé de demeures présidentielles sous-utilisées" ? Des chipotis de bas étage... pour un Château en rez-de-chaussée, ou presque.

14 123 euros des dépenses personnelles

Et concernant les dépenses privées, pas mieux. Le service qui gère l'intendance privée du chef de l'Etat s'est un poil embrouillé dans les chiffres, affectant 14 123 euros des dépenses personnelles du président aux comptes de la Nation. Faute corrigée, dès que la Cour a levé le lièvre, donc à moitié pardonnée. En revanche, "pour répondre à l'attente de l'opinion" (sic), Nicolas Sarkozy délaisse les jets privés de ses riches amis pour des avions de ligne (presque) réguliers. Sauf que dans ces conditions, un avion de l'Etec le suit tout de même pour "pouvoir le transporter à tout moment en cas de crise". Au final, cette solution est "plus coûteuse" que de voyager à bord d'un avion officiel. L'avion présidentiel est d'ailleurs en cours de remplacement, mais son coût d'achat et de rénovation n'a pas valu la moindre remarque de la part de la Cour ! "L'attente de l'opinion" a un prix...

Quand (le sondage de) l'Elysée va, tout va

Il y a tout de même un petit quelque chose qui l'affiche mal... page 11. On y lit qu'une bien étrange "convention" a été signée le 1er juin 2007 avec un cabinet chargé des études d'opinion. Aucun appel d'offre, ce qui est illégal, et une seule page de contrat pour un cachet final de 1,5 million d'euros... "Exorbitant" (terme d'une violence inouïe en comparaison avec le reste du texte), selon la Cour ! Et des conditions très particulières : le mystérieux bénéficiaire décide seul des études à commander, des instituts de sondage à mandater, et des dates de réalisation, sans en référer à l'Elysée ! 

Un peu plus loin, on se frotte les yeux. Si le rapport garde le secret sur l'identité des protagonistes, il cite tout de même les 392 228 euros payés par l'Elysée à l'institut de sondage Opinion Way pour la réalisation de son "politoscope"... une enquête qui se retrouve aussi dans les colonnes de LCI et du Figaro, systématiquement reprise par l'ensemble de la presse. La Cour a d'ailleurs noté que "la comparaison des résultats publiés dans la presse et de ceux remis à la Présidence ne faisait pas apparaître de différence". En 2008, "sur les 35 études diverses facturées en 2008, au moins 15 d'entre elles avaient fait l'objet d'une publication" dans les médias. "On peut alors s'interroger sur l'utilité de ces dépenses"... Pas faux. Première possibilité : l'Elysée paie (au moins en partie) les sondages distillés par LCI et le Figaro, qui deviennent donc de fait des organes de propagande. Deuxième possibilité : Opinion Way facture en double ses sondages, ce qui est illégal et on se demande comment l'Elysée ne s'est pas inquiété de voir des sondages payés par ses soins publiés tels quels dans la presse.

Cabinet secret

Autre question dérangeante : qui se cache derrière ce cabinet secret ? La Cour précise qu'il touche 10 000 euros par mois au titre de conseil auprès de la Présidence. Arrêt sur Images évoque deux entreprises, "toutes deux dirigées par des proches de Nicolas Sarkozy, versés dans la pratique des sondages : GiacomettiPeron, montée par Pierre Giacometti fin 2007 lorsqu'il a quitté son poste de directeur général d'Ipsos, et Publi Fact, détenue en majorité par Patrick Buisson, directeur général de la chaîne Histoire (groupe TF1), et donc subordonné de Laurent Solly, ex-directeur adjoint de campagne du candidat Sarkozy". 1,5 millions d'euros... soit l'équivalent de 1500 questions à mille euros. Tout de même !

Et vous, trouvez-vous que Nicolas Sarkozy abuse : "pas du tout", "pas trop", "un peu", "beaucoup" ou "finalement... on s'en fout" ? Les résultats du sondage seront publiés dans Le Figaro...

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

 

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