Quand l'Islande jette ses banquiers en prison

rticle publié dans le numéro de novembre (n°105), par Laurent Cougnoux (Bluboux), mis en ligne le 18 novembre 2016

International islandeImaginez les patrons de la Société Générale ou du Crédit Labricole condamnés à plusieurs années de prison… Ce qui semble totalement improbable en France ne l'est pas en Islande. Le 6 octobre dernier, la Cour suprême islandaise a condamné neuf dirigeants et hauts cadres de la banque islandaise Kaupthing à 46 ans de prison ferme (cumul des 9 peines) pour des faits relatifs à la crise du secteur bancaire de 2008 (fraudes, manipulation des cours de bourses, délits d'initiés, blanchiment d'argent) (1). Et ce n'est pas une première puisqu'en novembre 2014, l'ancien directeur de la banque Landsbanki ainsi que deux cadres étaient condamnés à un an de prison ferme. En décembre 2013 trois anciens dirigeants de la première banque islandaise étaient quant à eux condamnés à des peines de trois ans à cinq ans de prison. Bref l'Islande a pris le contre-pied de l'Europe et des États-Unis dans la gestion de la crise de 2008, en laissant d'une part les banques faire faillite ou en les mettant sous tutelle (rappelons que le FMI a chiffré le coût du renflouement des banques à plus de 2 800 milliards de dollars (2), le tout avec des fonds publics et sans aucune contrepartie), et d'autre part en poursuivant les banquiers et les hauts fonctionnaires impliqués dans cette crise comme des criminels plutôt que de les protéger à tout prix.

En 2008, alors que son secteur bancaire s'écroule, l'Islande apporte sa garantie illimitée des dépôts domestiques et demande une aide en urgence au FMI. Le gouvernement islandais oblige en outre les banques à effacer une partie de la dette hypothécaire des ménages devenus surendettés. Concrètement, ces foyers n'avaient plus à rembourser qu'un montant équivalent, au maximum, à 110% de la valeur de leur bien immobilier. Le reste dû est purement et simplement annulé. Une somme conséquente à l'heure où les taux d'intérêt de ces prêts explosent. Reykjavik met également en place un fonds qui aide les surendettés à rembourser leurs créances, fonds qui emprunte avec la garantie du gouvernement (3).

Et le résultat de cette politique interventionniste et courageuse est plutôt surprenant, puisque après s'être effondrée brutalement en 2009, l'économie islandaise a rebondi. Le FMI jugeant même l'année dernière, au moment où le pays rembourse totalement l'aide demandée en 2008, que « l'Islande avait réussi à sortir de la crise tout en préservant son modèle social ». Pas très étonnant, dès lors, que nos médias ne parlent que très rarement de l'exemple islandais...

 

Notes

(1) Articles publiés sur Iceland Monitor : http://bit.ly/2eiaUSo

et Yours News Wire : http://bit.ly/2egTdON

(2) Article publié dans Le Figaro en mars 2009 : http://bit.ly/2ed3g96

(3) Lire à ce sujet l'article publié sur le site de BFM en octobre 2015, média écolo et gauchiste s'il en est ! http://bit.ly/2doem7S

 

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