Quand le commandant d’une brigade de gendarmerie appelle à la bavure

Plume de Presse. 10 juillet 2009 par Olivier Bonnet


réuLa ville de Fouesnant-les-Glénans (Finistère Sud), 9403 habitants en 2006, a un problème de sécurité publique : la cale de Beg-Meil. Sur ce port ont pris l’habitude de se réunir des jeunes, souvent alcoolisés, qui troublent la tranquillité du voisinage. Aussi en est-il question lors de la réunion de sécurité d’avant-saison (photo ci-contre), récemment organisée par la municipalité. Le Télégramme en fait le récit : "Le lieutenant Rivière, commandant de la brigade de Fouesnant, n’en peut visiblement plus. « C’est le point noir de la commune. Il y a énormément de jeunes qui se réunissent aux abords de la cale vers 1 h du matin. L’alcoolisation est courante ». « Déjà, l’an passé, nous avons procédé à de nombreuses verbalisations, mais il est difficile d’endiguer le phénomène. Alors, après avoir pratiqué de la prévention, nous allons cette saison appliquer le 100% répression. Je serai moi-même à la cale samedi soir, et on va saigner tout ce qui bouge (sic). Pour moi, il n’y a pas d’autre solution  » (resic)." Vous avez bien lu. Les écologistes de logogauche voisins de Quimper réagissent sur leur blog : "Le lieutenant Rivière, commandant de la brigade de Fouesnant, a besoin de repos car il n’arrive plus à faire la part des choses et est prêt à "saigner tout ce qui bouge". Utiliser des termes aussi disproportionnés que "saigner tout ce qui bouge" (...) ne permet pas d’aborder ce début de saison en toute sérénité. Oui, la quiétude des riverains, le bon usage des infrastructures communales, le respect d’autrui sont des objectifs à atteindre. Ce n’est pas une raison pour stigmatiser une population plus qu’une autre : le respect passe aussi par cela. L’occupation de l’espace public provoque des réactions parfois démesurées. Nous devons être vigilants à un traitement adapté aux problèmes posés. Le travail de prévention est une réponse à développer dans la durée et ne doit pas se limiter qu’à une prise en compte sécuritaire du phénomène. Nous avons eu l’occasion déjà d’en débattre lors de différents conseils municipaux, nous réaffirmons une fois de plus que les questions de prévention ne doivent pas faire l’économie de moyens humains à disposition des Fouesnantais. Le vivre ensemble dans une société apaisée et républicaine passe autant par la prévention que par la répression dans un même équilibre. Sanctionner, oui, quand les règles ne sont pas respectées ; refuser un dialogue et une meilleure jjuconnaissance des uns et des autres ne nous paraît pas aller dans le bon sens.". Quant au député socialiste du Finistère, Jean-Jacques Urvoas, il se borne à déclarer : "Je suis très surpris- pour ne pas dire plus - des propos prêtés hier dans Le Télégramme aux gendarmes de Fouesnant : « samedi : on va saigner tout ce qui bouge  ». Personne ne nie la réalité des nuisances notamment sonores que subissent les riverains de la cale de Beg Meil en raison de la présence nocturne de jeunes qui s’y rassemblent. Pour autant, je doute qu’une telle déclaration puisse faire avancer dans un sens positif le sujet. Au pire, on pourrait en conclure que peu importe l’alcoolisation des jeunes du moment qu’elle se déroule dans un espace privé ! En réalité, il ne s’agit ici pas que d’un problème d’ordre public mais tout autant d’un enjeu de santé public et donc de prévention. Tous les spécialistes savent que la consommation d’alcool chez les adolescents présente des spécificités qu’il faut traiter autrement que par la répression si l’on veut éviter le passage vers la consommation excessive et la dépendance. Et pour s’y attaquer, rien ne vaut le dialogue intelligent."

Ces réactions nous semblent bien modérées. Nous prétendons que de tels propos, dans le lourd contexte de la Sarkozie sécuritaire, sont proprement irresponsables. Ils résonnent comme une sorte de justification anticipée de bavures. Comment un homme sous les ordres de ce gradé pourrait-il faire preuve de retenue après les avoir entendus ? Le lieutenant Rivière devrait être forcé par sa hiérarchie à retirer cet inqualifiable appel à la violence. Qu’un militaire de ce rang se permette de tenir pareil discours nous semble tristement révélateur d’un climat de décomplexion du tout répressif, évidemment encouragé par les discours de matamore qui ont permis à l’hôte de l’Elysée de se faire élire. Qui sème la provocation récolte la violence...

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