Reconstruire autrement l’économie, par Sandra Moatti. Site Contreinfo.info

9 avril 2009

La pire crise depuis les années 1930". Le parallèle n’est plus un épouvantail pour journaliste en quête de sensationnel, c’est une prévision officielle. En janvier dernier, le Fonds monétaire international (FMI) annonçait que les pays avancés devraient connaître en 2009 "leur pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale". Dans cette mauvaise passe, nous aurions néanmoins une chance : les leçons de l’histoire sont là pour nous prévenir des erreurs du passé.

Sandra Moatti, Alternatives Economiques, avril 2009

Vraiment ? Quelle leçon a été retenue ? Pas celle de l’instabilité chronique de la finance en tout cas. En juillet 2007, le FMI revoyait à la hausse ses prévisions de croissance. On parlait pourtant déjà depuis quelques mois de crise des subprime, mais le Fonds ne doutait pas que les grands établissements financiers américains, passés maîtres dans les techniques de gestion et de transfert des risques, seraient suffisamment solides pour y résister.

Ce système financier allait pourtant s’effondrer dans les mois qui suivirent. Autant que l’appétit de gain des banquiers, cette crise révèle les déséquilibres accumulés dans l’économie mondiale depuis une décennie. La finance, à travers ses montages hypersophistiqués, a surtout capté les excédents d’épargne des exportateurs du Sud pour nourrir l’endettement croissant des ménages américains. De quoi maintenir un temps un niveau de vie auquel la stagnation de leurs revenus ne leur permettait plus d’accéder.

Que faire maintenant que ce mécanisme est cassé ? Réguler la finance certainement, mais cela ne suffira pas à redonner du travail aux chômeurs. Si l’augmentation de la dette privée n’est plus le carburant de la croissance, qu’est-ce qui la remplacera ? Dans l’urgence, une réponse s’impose : la dette publique ! Partout, les gouvernements volent au secours des banques et de l’activité. Un soutien temporaire, disent-ils, comme s’il s’agissait d’un creux de cycle à passer pour que tout reparte "comme avant". Le précédent de la Grande Crise rappelle pourtant qu’en 1938, l’économie américaine n’était pas encore remise de la dépression. Il faudra la mobilisation de toute l’économie dans l’effort de guerre, puis dans la reconstruction, pour clôturer ce chapitre.

C’est une autre guerre qu’il nous faudrait livrer aujourd’hui. Afin de réorienter notre système productif vers la qualité des services rendus plutôt que vers la quantité de biens produits, vers des activités plus intenses en travail et plus économes en ressources naturelles : un changement tout aussi radical que de transformer des usines d’automobiles en fabricants d’armes. Et plus porteur d’espoir.

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