Référendum sur La poste : la vacuité abyssale de Christine Lagarde

Plume de presse. 28 septembre 2009 par Olivier Bonnet


cl"Pourquoi finalement ne pas avoir accepté l’idée de faire un référendum ?", demande le 22 septembre dernier (extrait vidéo chez Sarkofrance) le journaliste de France Inter à Christine Lagarde, ministre de l’Economie, à propos du changement de statut de La poste, prélude à la privatisation malgré toutes les dénégations de nos gouvernants - qui seront donc tondus lorsque La poste sera privatisée. Et il précise habilement : "C’était une promesse du président de faire des référendums. Vous avez dit vous-même que (La poste) était une institution, ce n’est pas une entreprise, c’et quelque chose qui est dans la vie de tous les Français..." Comment Lagarde va-t-elle justifier ce refus de donner la parole au peuple sur un tel sujet ? Première tentative : "On va pas faire des référendums à longueur de temps !" Bien essayé, mais le journaliste (si quelqu’un peut me dire de qui il s’agit, je mets le billet à jour pour le créditer, merci !) la renvoie dans les cordes, en s’esclaffant qui plus est : "On n’en a fait aucun, pour l’instant !" La ministre rame alors comme une folle : "Non, non, mais c’est... c’est... c’est... c’est un outil qui est utilisé de manière très fréquente en Suisse." Alors là, les bras nous en tombent. On lui parle d’un référendum sur le changement de statut de La poste française et elle tente une pitoyable diversion en mettant sur le tapis les Helvètes, qui ne lui ont pourtant rien fait, histoire de gagner du temps, sans doute. Mais très maladroitement : on attend forcément qu’elle revienne ensuite au sujet, à savoir : pourquoi ne pas en faire un en France - d’autant que vous venez de dire que les Suisses le font fréquemment ! "Pourquoi ? Parce que la Suisse fonctionne comme ça, c’est un petit pays qui est consulté sur tout et n’importe quoi." Elle s’enferre : quand Sarkozy a promis de faire des référendums, il ne jugeait pas que c’était un système juste bon pour les petits pays, il l’a bien promis pour la France ! Mais voici venir la pitoyable réponse, enfin, à la question posée, à savoir pourquoi ne pas interroger le peuple sur La poste, que Lagarde nous sort après avoir pris une profonde inspiration - tenez-vous bien, c’est énorme : "Vous savez... Il y a des limites à la... à la bonne volonté des Français. Il y a des moments où ils en ont un peu assez d’aller voter tout le temps." Surtout quand on leur a promis des référendums mais qu’on n’en organise aucun ! Et qu’on le refuse obstinément sur un débat national si évidemment structurant que celui des services publics, que symbolise à elle toute seule l’emblématique poste... La vérité, c’est que Sarkozy refuse un référendum parce qu’il sait pertinemment qu’une majorité de Français est fermement opposée à la privatisation annoncée. Se référer ici à la forfaiture du traité de Lisbonne : après un "non" sans équivoque au référendum de 2005, pas question d’en organiser un second, postequi risquerait de donner le même résultat ! Alors on méprise la volonté du peuple souverain en faisant approuver par les parlementaires, avec la complicité des "socialistes" félons, une copie conforme du texte rejeté. Une pensée au passage pour les camarades irlandais : chez eux, le référendum est obligatoire, et comme ils ont dit "non", ils doivent revoter. Jusqu’à ce qu’ils disent oui ? Mais revenons à nos affaires franco-françaises : en transformant La poste en Société anonyme, le pouvoir sarkozyste prépare une privatisation que le peuple refuse, mais il se contrefiche profondément de ce que veut le peuple. Et ça, évidemment, Lagarde ne peut pas le dire. Alors elle nous sort cet improbable "Il y a des moments où (les Français) en ont un peu assez d’aller voter tout le temps". Au fait, Christine, le vote est encore facultatif chez nous, non ? Si on ne veut pas voter, on n’y va pas, si ? Décidément, en arriver à un argument d’une telle vacuité est une insulte à l’intelligence de nos concitoyens et ces médiocres qui nous gouvernent n’arrivent même plus à faire semblant de ne pas se moquer du monde ! "Il y a des limites à la bonne volonté des Français", dit-elle. Souhaitons qu’elle ait raison et qu’ils finissent pas en avoir assez qu’on les prenne aussi ouvertement pour des cons.

Commentaires

  • Claire Jourdan
    • 1. Claire Jourdan Le 29/09/2009
    Ah oui, cela va sans dire mais ça va mieux en le disant et en le faisant: mettre en évidence la manipulation des politiques et des médias, la vacuité, voire l'absurdité des discours, les arguments fallacieux, les justifications oiseuses,les injonctions contradictoires, etc.... L'interview de Nicolas Sarkosy à la télé par les deux larbins du 20H00 était un échantillonage bien garni de toutes ces tactiques toc, j'éspere que quelques part en France il y encore des profs pour décortiquer tout ça et apprendre aux jeunes à décoder comme ils respirent.

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau