Revolving : Lagarde fait crédit aux usuriers

Marianne2. 19 octobre 2009 par Seb Musset

La réformette du crédit revolving par la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi ne change rien ou presque au système de crédit. Pour Seb Musset, après les subprimes, c'st bien l'interdiction du crédit revolving qui s'imposait/


Flickr - MEDEF - cc


Christine Lagarde, Ministre de l’économie animée d’une foi indéboulonnable en un libéralisme triomphant qui confine parfois au ridicule, dépose ce jour à l’assemblée un projet de loi visant à  recadrer le crédit à la consommation renouvelable.
C’est le type de crédit que l’emprunteur appelle génial, revolving ou escroquerie suivant le stade de remboursement où il se trouve.
Au menu : Encadrement publicitaire type « Attention, le crédit endette », facturation des intérêts «intercalaires» (pénalités) pour ceux qui sont sortis du surendettement (alors qu’il conviendrait d’éviter de les y faire rentrer) et répartition des mensualités entre capital et intérêt (dans une proportion restant toutefois à définir).

Comme la consommation des ménages même aux poches trouées, c’est toujours ça d’emmagasiné pour la sacro-sainte croissance et que les traites renouvelables ad-vitam c’est fondamental pour le cash-flow des créanciers (banques, établissements spécialisés, VPC, organismes de rachat de crédit, assureurs et enseignes de la grande distribution) [1], il s’agit ici (comme dans la pub Cetelem) de responsabiliser (mais pas trop) les organismes prêteurs sans passer pour leur attaché de presse auprès des floués.

Pas question de supprimer l’arnaque à 20% du revolving à l’évidence conçue pour ne jamais être remboursée mais prendre à la gorge le plus longtemps possible l’emprunteur.
« - Parce que l’interdire, ce serait la facilité ! Le crédit est utile et nécessaire » Lance Lagarde au JDD. ( déjà vu ici )
Ancien service pour riches ciblant désormais les pauvres, le crédit revolving c’est la quasi certitude pour le souscripteur de devoir à moyen terme en prendre un second pour rembourser le premier et ainsi de suite. Maintenu sous l’eau sans réelle connaissance des contrats signés aux clauses hiéroglyphiques toujours merveilleux au moment de signer, ni de ses moyens de défense (limités), parfois menacé, parfois honteux, l’endetté devenu surendetté au grand bonheur du prêteur, endure son enfer en solitaire.

Je n’exonère en rien ceux qui, sur la base d’un catalogue avec des couleurs flashy leur promettant une 3e Nintendo à -50% pour 2 achetées, tombent à répétitions avec un laisser-aller déconcertant dans le piège du fric facile dont ils devraient instinctivement se méfier mais si l’on parle souvent de surendettement on pourrait également concevoir la notion de surprêt.
Etant donné la clientèle désormais visée, pourquoi la difficulté à rembourser de celle-ci (lorsqu’elle est prévisible) ne serait-elle pas pénalement reconnue, au moins pour moitié, comme une faute du prêteur ?
Pourquoi ne pas poursuivre banques et établissements pour avances d’argent abusives ? C’est simple : Il n’y a pas de fichier permettant de collecter les informations sur la totalité des crédits [2]. Selon Christine Lagarde ce serait «  très lourd sur le plan des libertés individuelles. » Une première au pays du fichage !

La responsabilisation du crédit comme la moralisation des banques sonne tel un oxymore. Il faut inévitablement passer par la case punition pour renverser la vapeur et qu’elle aille un peu plus dans le sens des vrais intérêts du client. Mais « punir » est un gros mot dès lors qu’il s’applique aux puissants.
D’un point de vue client (mis à part rémunérer plus les gens, ce qui semble exclu sous ce régime), il y aurait des solutions pour réduire son malheur :
    Interdire le crédit revolving.
•    Instaurer un fichier national des crédits,
•    Instaurer la coresponsabilité pénale du prêteur en cas d’endettement abusif,
•    Permettre les class actions.

(procédure collective économique et efficace d’inspiration anglosaxonne crainte par les établissements bancaires bizarrement repoussée à « l’après-crise » par la Ministre.)
Et plus simple, mais pas très UMP compatible :
•    Créer un service de crédit d’état prêtant à des taux raisonnables avec un vrai suivi et des propositions de financement cohérentes.

Au hasard : Pourquoi ne pas se servir de la banque postale ?
Ah flûte, j’ai cru comprendre qu’elle aussi devait élargir son fonctionnement, histoire que le client bénéficie de cette concurrence dont il payera le prix... à crédit.

* * *

[1] Avant le vol à l’étalage, la grande distribution redoute que l’intégralité de ses clients se mettent à payer comptant !
[2] De l’efficacité actuelle du fichage bancaire appliqué au crédit : Alors que votre rédacteur qui n’a jamais contracté de crédit ne reçoit aucune offre pour cartes de fidélité et autres réserves d’argent immédiates, un de ses amis massivement surendetté en reçoit trois par jour.



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