RFI dans la plus longue grève de l'audovisuel public depuis 1968

Rue89. Par Rozenn Le Saint | Etudiante en journalisme | 20/06/2009 | 14H58

Les salariés d'RFI ont voté à l'unanimité de l'assemblée générale la poursuite de la grève, vendredi (Rozenn Le Saint).

Vendredi, les salariés de RFI ont reconduit à l'unanimité la grève contre le plan de 206 suppressions de postes sur un millier d'emplois, lors de l'assemblée générale quotidienne. 80% de l'antenne de Radio France Internationale continuera d'être perturbé, pour la septième semaine d'affilée.

C'est la grève la plus longue qu'a connue l'audiovisuel public depuis 1968. Et les salariés grévistes ne sont pas prêts de s'arrêter, tant qu'ils n'obtiendront pas satisfaction.

Un pot de solidarité conséquent

L'intersyndicale FO, SNJ, SNJ-CGT, SNRT-CGT a mis en place un système de grève tournante et un pot de solidarité conséquent, pour que les personnes qui déposent un préavis ne soient pas trop sanctionnées financièrement. Pascal Paradou, journaliste et délégué du personnel SNJ à RFI, explique :

« Un petit nombre de personnes fait grève, mais nous nous arrangeons pour que cela perturbe le plus possible l'antenne. Si le chargé de réalisation de mon équipe ou le technicien fait grève, je ne dépose pas de préavis, l'émission ne peut dans tous les cas pas être diffusée. Par contre, je dépose de l'argent pour compenser dans le pot de grève. »

Maria Afonso, secrétaire du comité d'entreprise et élue Force Ouvrière, indique que « le système a été mis en place dès le début en prévision d'un long conflit. ».

Elisa Drago, élue SNJ CGT au comité d'entreprise, s'insurge contre la direction de l'Audiovisuel Extérieur de la France (AEF, la holding qui regroupe RFI, TV5 Monde et France 24), qui selon elle, tente de minimiser le mouvement :

« La direction parle de 15, 20 grévistes par jour, et dit qu'“un mouvement minoritaire perturbe RFI”. Pourtant, aux élections du conseil d'administration du 4 juin, la liste de l'intersyndicale a obtenu 62% des suffrages, avec 642 votants, cela prouve bien que la majorité des salariés est mobilisée contre ces suppressions de postes ! Pour résister, chaque personne mobilisée donne à peu près le salaire d'une journée de travail par semaine dans la caisse de solidarité. »

Qui doit payer le manque à gagner des correspondants pigistes de RFI ?

Cette caisse de solidarité fait parler d'elle. A l'assemblée générale de vendredi, il était question des correspondants pigistes, qui ont demandé à la direction d'être indemnisés du manque à gagner causé par la grève. La direction aurait redirigé les correspondants vers l'intersyndicale et leur caisse de grève, ce à quoi Elisa Drago répond :

« Notre caisse sert seulement à ce que la grève dure ! Nous demandons à la direction de se servir du budget de correspondants qu'elle ne dépense pas en ce moment pour les indemniser et leur commander plus de piges par la suite. Et nous l'appelons à prendre ses responsabilités et à arrêter de monter les personnes les unes contre les autres. »

Lundi au Congrès de Versailles, mardi place de l'Hôtel de ville, à Paris

Les salariés de RFI sont d'autant plus remontés que, selon l'intersyndicale, les audiences n'ont pas diminué, comme l'invoque la direction, et si des postes sont supprimés, c'est surtout pour accorder davantage de budget à France 24, « chaîne chouchoute » du duo Ockrent-Pouzilhac, à la tête de la holding AEF depuis l'an dernier. Ils demandent qu'un médiateur soit nommé pour que « ça avance », affirme Pascal Paradou, du SNJ :

« Après six semaines de grève, rien n'a bougé. Nous demandons que le guichet des départs volontaires s'ouvre. »

Lundi, les salariés de RFI ont prévu de s'inviter au Congrès de Versailles, qui réunit députés et sénateurs à l'occasion du discours de Nicolas Sarkozy, pour en faire « leur tribune ». Et mardi, l'équipe organisera une journée « studio ouvert ».

Pendant 10 heures, les salariés de RFI devraient s'installer place de l'Hôtel de ville à Paris et prépareront une émission spéciale, pour montrer qu'ils sont déterminés à sauver leurs emplois et la qualité des émissions de la radio, qui touche 46 millions d'auditeurs dans le monde.

Jointe par Rue89, Christine Ockrent, directrice générale de l'audiovisuel extérieur, n'a pas souhaité répondre à nos questions.

Photo : les salariés d'RFI ont voté à l'unanimité de l'assemblée générale la poursuite de la grève, vendredi (Rozenn Le Saint).

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