Sauvons les riches !

Le Lot en Action mag n°9. 28 janvier 2010

Le collectif Sauvons les riches y a cru l’espace d’un bout de phrase. « Ceux qui souffrent le plus ne sont pas ceux qui contestent le plus », a déclaré ce soir Nicolas Sarkozy. Il est vrai qu’on n’a guère entendu les milliardaires se plaindre, ces derniers temps. Pourtant, l’inflation des rémunérations des dirigeants et des rentiers ne leur rend pas la vie facile. Ils étaient nombreux, ce soir, à attendre fébrilement l’annonce d’une forte taxation des hauts revenus.


Hélas, à bien y regarder, de Megève à Monaco, c’est la déception qui domine, car le Président n’a rien annoncé de tangible pour sauver les riches d’eux-mêmes. « Les nantis sont accros à leurs train de vie, s’alarme Karima Delli, membre du collectif Sauvons les riches. Sans recours à la loi, il ne faut pas compter sur leur bonne volonté pour s’auto-limiter. Il faut lé-gi-fé-rer ! »
Le collectif Sauvons les riches, qui a fait une première apparition très remarquée en carrosse au cours de la manifestation intersyndicale de jeudi dernier, n’a manifestement pas encore réussi à se faire entendre des autorités. Et va être obligé de repartir à l’action pour expliquer des choses simples.


Par exemple, Nicolas Sarkozy ne semble pas au courant des récentes évolutions de la fiscalité des hauts revenus quand il parle des « mauvaises habitudes d’augmenter les impôts dans notre pays ». Les impôts de qui ? La courbe ci-contre montre au contraire les dizaines de milliards de réductions d’impôts dont bénéficient d’abord les plus riches depuis dix ans : les riches son accros à l’argent, et l’Etat est leur dealer…


Le Président a fait appel au « bon sens » pour justifier le bouclier fiscal. « Envoyer chaque année un chèque moyen de 30 000 euros à des millionnaires, en temps de crise, c’est peut-être du bon sens à Neuilly, mais pas chez moi », fait remarquer Julien Bayou, autre pilier des sauveurs de riches. « Avec un bon sens pareil, les pauvres ne sont pas sortis de l’auberge, ni les riches de leur hôtel particulier ! »


Le Président a jugé indécents les bonus dans les entreprises qui licencient ou qui sont aidées par l’Etat. Au-delà des bonus et de la conjoncture, des salaires représentant 100 fois le SMIC sont indécents et sont une cause majeure de la spéculation et de la crise. Dans des entreprises aidées par l’Etat ou non.


« N’est pas Franklin Roosevelt qui veut, ajoute Manuel Domergue, du collectif. En 1942, il a eu le courage d’imposer un vrai salaire maximum. On a vu les effets : pendant quarante ans, les inégalités sociales ont chuté aux Etats-Unis, regardez le graphique ci-contre. Mais qu’est-ce qu’on attend pour faire pareil ? »


Le Collectif « Sauvons les riches », dans le cadre de la campagne Europe-Ecologie, vise à instaurer un revenu maximal autorisé européen, de l’ordre de 30 fois le revenu médian, au-delà duquel les revenus seraient massivement imposés. Dans ce but, les jeunes contestataires, armés de baguettes de pain et de paquets de spaghettis, interpellent à leur manière nos amis les riches, accros à un mode de vie destructeur, non-généralisable, et finalement tellement triste.

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