Sondages payés par l’Elysée : où est le problème ?

Agoravox. 20 juillet 2009 par Imhotep

Ce que l’on sait en tout cas c’est que Guéant, pourtant simple conseiller, non élu du peuple et non porte parole ni de l’Elysée ni du gouvernement mais pourtant bien bavard, n’en voit aucun. Comme il a décidé qu’il n’y aurait pas d’enquête parlementaire - et bien que notre parlement soit d’une indépendance à rendre jaloux les héros de Marvel - Delphine Batho, du PS, en sera pour ses frais, elle qui demande une commission d’enquête parlementaire. Il n’y en aura pas puisqu’un simple conseiller a le pouvoir de l’interdire pourtant sans mandat ni onction populaire pour ce faire.

 Puisque monsieur Guéant ne voit aucun problème, je vais avoir la gentillesse de lui en soulever quelques-uns.
 
Tout d’abord une anticipation à ceux qui ne vont pas manquer de se targuer de la nouvelle transparence de l’Elysée (mais non celle du ministère de l’intérieur qui a interdit à toutes les préfectures de communiquer le nombre de voitures brûlées dans la nuit du 14 au 15 juillet) comme s’en targue un des conseillers qui disait que - comme une litanie - : avant il y avait des sondages commandés et payés par l’Elysée, et bien maintenant c’est transparent. Petit détour avec la transparence. Si ce qui hier était mal, ce n’est pas en disant qu’hier étant mal cela absout aujourd’hui. Ensuite si ce qui était mal hier et non transparent, la transparence n’a pas ce pouvoir magique de transformer telle une alchimie politique et médiatique, le mauvais en bon. Pour que mes amis comprennent bien je vais prendre cet exemple. Un chef de service se sert de son autorité pour abuser de sa secrétaire, mais le soir quand tout le monde est parti. C’est mal et c’est camouflé. Aujourd’hui, un autre cadre dynamique qui a eu droit à sa Rolex avant 50 ans, décide d’abuser de sa secrétaire dans la journée, dans la salle de réunion la porte ouverte à une heure de grand passage. Est-ce devenu une bonne action dans l’intervalle uniquement parce que cela est devenu visible ? Selon moi, ignorant de sous catégorie sociale sans Rolex, cette transparence-ci ajoute deux circonstances aggravantes : le sentiment d’impunité et l’arrogance. Compris ? Cette transparence-là en affaire de politique critiquable n’est que de l’arrogance mâtinée du sentiment orgueilleux d’Ubris et « d’intouchabilité » judiciaire.
 
Parmi les quelques accrocs à la justice et l’honnêteté on peut commencer par le fait que le cabinet qui a droit à 10 000 € d’honoraires mensuels pour choisir de son propre chef ce qu’il est bon de sonder réussit à facturer pour plus d’un million d’euros en 2008 sans mise en concurrence (1,5). Tout en notant que ce cabinet a comme actionnaire et dirigeant un ancien proche de Nicolas the first : La Cour a remarqué que le contrat avec Publifact avait été passé sans mise en concurrence, pourtant obligatoire, et qu’il avait généré au total cent trente factures en 2008, outre des honoraires mensuels fixes de 10 000 euros pour le cabinet. Le cabinet disposait en effet d’une totale liberté d’appréciation quant aux études et sondages à mener et à facturer, ce qui privait la présidence de tout contrôle.
 
On peut également se poser la question, alors qu’il y a eu une inflation de conseillers à la présidence et que tout ce monde est grassement rémunéré pourquoi faut-il trouver à l’extérieur ce qui peut se trouver à l’intérieur et dans l’attribution de ces dits conseillers ?
 
Une autre question d’éthique : en quoi les Français doivent-il payer des sondages pour savoir si les vœux présidentiels ont bien été reçus ? En d’autres mots, en quoi ce genre de sondage sert-il à faire avancer la France au milieu de ses difficultés et en quoi cela servira-t-il à prendre de bonnes décisions pour l’avenir de notre pays ? Pour moi la réponse est simple : en rien. Cela, en revanche, a une fonction bien particulière que rend pour moins cher une brosse et une boîte de cirage Kiwi à base de graisse de phoque (aïe BB pardon !).
 
Si Guéant ne trouve rien à redire ce n’est pas le cas de la rédaction du Figaro (Le Monde) : Au sein du Figaro, le malaise est également palpable. La société des rédacteurs du journal a demandé à sa direction, vendredi 17 juillet, "de mettre immédiatement un terme à ce type de ’coproduction’ qui nuit gravement à la crédibilité des titres du groupe". Dans un communiqué, elle fait part de sa "consternation" après le rapport, dans lequel "il apparaît que de nombreux sondages OpinionWay publiés, notamment, par Le Figaro, sont commandités par la présidence et que certains sont expurgés avant d’être diffusés au grand public".
 
Ce qu’il y a d’exécrable c’est que 15 sondages - non d’après moi l’antisarkozyste primaire, mais d’après la cour des comptes - sur les trente-cinq payées par la présidence ont été également publiées dans la presse, ce qui conduit à "mettre en doute l’intérêt de telles commandes", selon Philippe Séguin, le président de la Cour. Et que cela a coûté 392 288 euros alors que certains de ces sondages sont publiés gratuitement ! L’Insitut Opinon Sarkoway s’en défend en disant que la partie caché de l’iceberg avait sans doute fondu et que les questions spécifiques se rattachant à ce coût pharaonique n’étaient sans doute pas parvenues à la cour des comptes avec ce superbe argument à encadrer : Ou bien les CD qui contiennent plus de 60 pages de détail que nous avons remis à Publifact [le cabinet en contrat avec l’Elysée] ont peut être été perdus. Tout s’explique on paye près de 400 000 euros et on perd les cd ! Quant au coût Rue89 trouve que la note est un peu salée, y compris s’il s’agit de faire l’omnibus (une enquête payée par plusieurs commanditaires avec des questions spécifiques qui s’ajoutent au principal du sondage) arrivant à la somme déjà considérée comme très bien payée de 156 000 €. On soigne ses amis à l’Elysée. Au fait le responsable de ce cabinet a reçu (encore une) la légion d’honneur en 2007. En classe on avait les bons points, puis les images, en France depuis 2007 ce sont les légions d’honneur qui se distribuent par seaux entiers mais même à ceux qui n’ont pas eu de bons points et qui ne méritent rien.
 
Et Mougeotte, qui dit que c’est bien la Pravda qui paye, et Guéant, qui ne voit rien de répréhensible dans tout ce mic mac avec notre argent, gardent toute leur confiance à Opinon Sarkoway. Du reste Mougeotte affirme que le Figosky ne publie que ce qu’il paye, et pourtant, un sondage, payé par Publifact pour le compte du château et encore à ce jour sur le site du journal, sur l’intérêt stratégique évident de savoir comment les vœux de l’altesse communicante avaient été reçus par la populace et trouve place grâce à un article encore en ligne ici. La question qui est soulevée par ce fait indubitable est que cela fausse la concurrence car cet organe de presse bénéficie d’un sondage qu’il n’a pas payé, c’est de la concurrence déloyale, à laquelle s’ajoute de celle des Français qui payent pour le compte du Président de la République un sondage inutile pour leur bien et leur avenir qui se retrouve ensuite en propagande dans la presse au seul intérêt de son commanditaire. Ce n’est évidemment pas démocratique car c’est mettre les moyens financiers de la France au service d’un candidat potentiel à sa propre réélection.
 
Pour conclure, certains disent que les sondages ne peuvent être truqués, voici ma réponse. Tout d’abord il ne faut jamais oublier que la veille de l’élection présidentielle de 2007 un sondage donnait Le Pen devant Bayrou avec au résultat moins de 10 % pour l’un et plus de 18 % pour l’autre. Alors si là, malgré les incertitudes des sondages, il n’y a pas un problème qui permette d’avoir un doute, on peut certifier qu’Elvis n’est pas mort. Les autres moyens d’agir grâce à un sondage se situent dans la date choisie (après un événement planétaire comme Londres et ses carrosses et Carlita avec son bibi sur la tête et sa génuflexion à l’Alice au pays des merveilles) et comme les questions posées. La formulation, le nombre et l’étendue des questions, tout comme leur succession entraînent inéluctablement des réponses orientées. Un exemple, vous posez cette question devant la photo d’une magnifique villa : l’achèteriez-vous ? Oui, répondent en chœur la majorité des sondés. Si vous oubliez de poser la question : voici son prix en avez-vous les moyens ? On se rend à l’évidence que la première question isolée n’a pas de sens, du moins pour la vente possible de cette belle villa (à Cap Nègre, égouts raccordés ?). Il reste deux dernières façons de modifier la réalité d’un sondage : ne pas publier l’intégralité de celui-ci (je vous renvoie ici à cette déclaration des journalistes de la Pravda : que certains [sondages] sont expurgés avant d’être diffusés au grand public) et évidemment les titres et commentaires comme il a été prouvé de nombreuses fois où le Figosky a trahi la réalité par des titres complètement trompeurs ou par des articles qui dénaturaient la réalité des sondages.
 
 
Vignette : « Bayrou talonne Sarkozy et Royal » (Alibaba0/Flickr).
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