Taxes : comment les banques font chanter les gouvernements

Marianne2. 19 avril 2010 par Bernard Maris

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain.

Le lobby des banques françaises monte au créneau contre le projet de taxe sur l'activité bancaire envisage par la France l'Allemagne, les Etats unis et le FMI.

Taxes : comment les banques font chanter les gouvernements
Voici quelques semaines, Christine Lagarde avait assisté à un conseil des ministres en Allemagne, à la suite duquel elle s’était entendue avec son homologue allemand, Monsieur Wolfgang Schauble, pour taxer les banques en fonction du risque systémique qu’elles faisaient courir à l’économie. Ce serait une taxe modeste, de l’ordre d’un milliard d’euros dans chaque pays. En Allemagne, cet argent géré par un organisme indépendant servirait en cas de défaillance d’une institution financière. La France dispose déjà d’un fonds de garantie des dépots, et préfère parler d’une simple taxe, pour faire participer les banques aux risques qu’elles ont créé. Et pour éviter qu’elles pensent qu’elles seront sauvées quoi qu’il arrive. C’est ce que les assureurs appelle l’aléa moral : si je sais que je suis assuré, je fais n’importe quoi ; une autre version de l’aléa moral, est le « too big to fail », qui donne des boutons à barak Obama : puisque je suis une très grosse banque et que je sais que ma faillite entraine trop de risques, jamais on ne me mettra en faillite, et je peux faire n’importe quoi.
En fait, on peut plus simplement appeller ça du chantage. Barak Obama est lui aussi sur la piste de la taxe  sur les établissements de plus de 50 milliards de dollars d’actifs. Le Fonds monétaire international approuve cette taxe. Elle vient d’ailleurs en droite ligne des décisions du précédent G20, avec d’autres décisions visant à augmenter la sécurité des crédits bancaires.

Mais les banques poussent des hurlements. Le public va leur prendre des sous ! Que le public leur donne des sous, très bien, mais qu’il leur en prenne, quelle horreur ! La Fédération française bancaire, emmenée par sa directrice générale, Madame Obolenski, ou encore par Monsieur Prot, patron de la BNP, monte au créneau pour dénoncer les risques que fait peser sur l’économie une telle taxation. Au passage, la Fédération française bancaire regrette que les nouvelles règles prudentielles qui seront imposées aux banques et que prépare la banque des règlements internationaux, la BRI, soient trop fortes.
Pourquoi ? Parce que ces règles brident l’économie, bien entendu ! C’est au nom de l’activité, de l’emploi, et de la croisance que les banques demandent qu’on leur fiche la paix et qu’elles continuent à spéculer comme bon leur semble. Elles ont complètement oublié qu’elles ont tué, liquidé l’emploi, l’activité et la croissance, plongé l’économie dans une crise épouvantable. Non. Tout ça, les subprimes, les crédits pourris, n’a jamais existé. Elles sont là pour aider les jeunes entreprises. Et en les taxant, on bride cet effort généreux qu’elles font pour les jeunes créateurs d’emplois. Et elles menacent de déménager si on les taxe.
En fait, elles ne le feront pas et ne peuvent pas le faire. Mais c’est une menace qui reste très impressionnante, celle de la distorsion de concurrence : si vous nous taxez, vous favorisez nos concurrentes, donc vous tuez l’emploi en France. C’est le chantage le plus cruel auquel nous ont habitué les banques, elles l’ont utilisé mille fois pour défendre les paradis fiscaux, et contre lequel il n’y a, hélas, qu’une réponse : la réponse internationale.
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