Terres agricoles, le nouvel eldorado

Source : Le Web de la Terre. 04 mai 2009

Les rachats de terres agricoles s’accélèrent dans les pays en développement, au détriment de l’alimentation des populations. Un phénomène largement dénoncé à l’occasion de la Journée internationale des luttes paysannes, le 17 avril.
Les dirigeants chinois comptent expatrier un million de paysans en Afrique, où ils produiront de la nourriture... exportée vers la Chine.
Photo Ludovic Lan/Fotolia

Sept millions six-cents mille hectares. Ce sont les surfaces cumulées que cultivent la Chine, la Corée du Sud, les Emirats arabes unis, le Japon et l’Arabie saoudite... en dehors de leurs frontières ! Depuis quelques mois, les rachats massifs de terres agricoles dans les pays en développement se multiplient. Jusqu’à faire la une des médias (le Monde y a consacré une série de cinq reportages), alors que se tenait le 17 avril la Journée internationale des luttes paysannes. A l’origine de cet évènement mondial, il y a le massacre par la police, le 17 avril 1996, de 19 paysans sans terre alors qu’ils manifestaient dans l’Etat du Pará (Brésil). Treize ans plus tard, les producteurs se voient toujours spolier de leur outil de subsistance, la terre. Le phénomène s’est même accéléré sous le coup des crises financière et alimentaire. La flambée des prix agricoles de 2007, probablement appelée à se reproduire, a attiré nombre de spéculateurs en quête de « valeurs refuges ».

LA CHINE DÉLOCALISE SES PAYSANS EN AFRIQUE

En réalité, on retrouve deux types d’investisseurs derrière cet accaparement des terres agricoles, comme l’analyse l’ONG Grain dans un rapport paru en octobre 2008 (1). D’un côté, des Etats qui externalisent leur production agricole afin d’assurer leur sécurité alimentaire. Il en va ainsi de la Corée du Sud, mais aussi de l’Inde et la Chine, pourtant deux géants agricoles. Au-delà des classiques programmes de formation et de coopération, l’Empire du milieu va même jusqu’à délocaliser ses propres paysans : d’ici à 2010, un million d’agriculteurs chinois pourraient s’installer en Zambie, au Zimbabwe, en Ouganda ou en Tanzanie. Idem pour les pays du Golfe, traditionnellement importateurs de produits alimentaires, et riches de leurs devises pétrolières.

ADIEU PRODUCTIONS VIVRIÈRES, PLACE AUX CULTURES D’EXPORTATION

Sur le grand Monopoly des terres agricoles, ces acteurs institutionnels côtoient les entreprises : banques, fonds d’investissements ou encore conglomérats agroalimentaires. Après Daewoo à Madagascar, c’est au tour de son concurrent Hyundai d’acheter des terres en Russie. En Chine, « la Deutsche Bank et Goldman Sachs sont en train de prendre le contrôle du secteur de l’élevage », alerte l’ONG Grain. Et la liste est loin d’être finie... Qu’ils soient le fait d’Etats ou de géants de la finance, le résultat de ces rachats est le même : adieu productions vivrières, place aux cultures d’exportation ! Place également à des situations ubuesques, comme au Cambodge. Alors que le gouvernement a récolté 600 millions de dollars frais en louant des rizières au Qatar et au Koweït, la population souffre toujours de la faim. A tel point que le Programme alimentaire mondial a du débloquer une aide de 35 millions de dollars.

(1) http://www.grain.org/ briefings/ ?id=213


par Yannick Groult

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