Texte critique sur les militants autonomes rennais. Source Bellaciao


mercredi 6 mai 2009 (21h25)

Nous sommes aujourd’hui à la fin d’un mouvement, qui a été historiquement long dans les universités françaises et notamment au sein de notre université Rennes 2 la rouge.

Il est temps de faire le bilan de celui-ci et de mettre en lumière certaines pratiques que nous considérons, nous qui avons été grévistes et avons embrasser les revendications portées par ce mouvement, comme contraires à l’idée que nous nous faisons d’une lutte.

Nous ne choquerons personne en affirmant qu’à Rennes 2 la mouvance dite autonome a pris une ampleur importante notamment en cette fin de mouvement, ampleur que nous jugeons inquiétante et c’est en réaction à cet état de fait que nous voulons dénoncer leurs agissements, leurs idées, leurs conceptions de la démocratie et les rapports qu’ils entretiennent avec les autres tendances grévistes qui ne s’inscrivent pas dans leur consensus idéologique.

Nous tenons, pour prévenir toutes dérives caricaturales, à signaler que : la mouvance dite autonome aussi bien au niveau local qu’au niveau national ne constitue en rien un groupe monolithique, homogène politiquement.

Ainsi, nous tenons à préciser que la critique que nous allons développer ici, ne doit pas être considérée comme quelque chose s’inscrivant dans l’hystérie collective orchestrée par un gouvernement qui veut présenter la « mouvance autonome » comme des ennemis de l’intérieur nostalgique de la stratégie « d ’Action Directe » et qui en vient à enfermer arbitrairement des hommes et des femmes ont nom « d’un délit d’intention », de manière préventive.

Aussi, nous tenons à affirmer ici notre solidarité pleine et entière vis à vis de tous les inculpés de Tarnac et de manière plus large de tous ceux qui vu leur liberté spolié à cause des lois Anti-terroristes:Nous exigeons ici leur libération immédiate et dénonçons un gouvernement qui n’arrivant plus à légitimer sa politique de classe par le pouvoir des mots est tenté de l’imposer par la force.

Ceci étant dit,il nous faut revenir sur le mouvement universitaire à Rennes 2.

Nous avons ainsi constaté que dans cette lutte et notamment dans sa séquence finale ,qui a été pour la majorité des grévistes profondément détestable, une tendance lourde nous est apparue chez eux et c’est cette tendance lourde que nous souhaitons dénoncer dans ce texte. Étant donné que ces militants semblent incapables de la moindre auto-critique, de la moindre remise en question et qu’ils font payer cher politiquement à ceux qui oseraient remettre leurs trop nombreuses certitudes en cause, nous avons décidé de prendre nos responsabilités.

De plus, nous savons que les militants autonomes ne sont pas une spécificité politique de Rennes 2 et que d’autres facultés française sont confrontées également à des militants politiques se revendiquant de cette même mouvance. Aussi, nous souhaitons parler seulement de ce dont nous avons été témoins ici à Rennes 2 au cours de ce mouvement, évitant de facto tout amalgame et généralisation abusive avec ce qui aurait pu se passer dans d’autres universités en lutte.

Voilà ce que nous souhaitons dénoncer ici et que nous n’admettrons jamais dans une lutte étudiante à Rennes 2 :

1)Leur stratégie politique jusqu’au boutiste et minoritaire : Celle-ci se matérialise par la logique de minorité agissante qui tend à opposer systématiquement la radicalité au nombre alors que c’est bien la réunion de ces deux termes qui à un moment donné peut permettre de créer les conditions d’un renversement du rapport de force en faveur de ceux qui luttent.

Une stratégie dogmatique dans ses formes qui confond compromis et compromission, qui considère le pragmatisme comme une insulte politique et qui en vient ainsi à ériger des méthodes de lutte tel le blocage total de l ’université en loi systématique qu’il faudrait appliquer indépendamment des conditions et des circonstances, dans lesquelles elles sont censées s’inscrire, au nom d’une soit disant pureté idéologique. Le blocage total entre leurs mains n’est plus un moyen privilégié parmi un champs des possibles mais bien une fin qui se suffit à elle même et que rien ne saurait remettre en cause.

Dans cette façon d’appréhender la lutte, la grève avec blocage devient non plus une méthode pour tenter de renverser le rapport de force mais bien un état dans lequel il faudrait se complaire ndéfiniment, quoiqu’il puisse en coûter au mouvement, à ses méthodes de lutte, à son image et à ceux qui le portent.

Dans cette même logique, l’assemblée générale, pourtant véritable vitrine de l’idée que nous nous faisons d’une démocratie authentique, c’est à dire une démocratie directe où il ne saurait y avoir de séparation entre le moment du débat et celui de la prise collective de décisions, en vient à être dévoyée lorsque la question du nombre à l’intérieur de celle-ci n’est même plus posée. Et c’est ce désintérêt total pour l’assise numérique qui conduit ceux que nous dénonçons ici à pousser pour le blocage total de l’université alors même que nos assemblées générales sont devenues désertes. C’est ainsi que nos assemblées générales n’ayant plus aucune représentativité deviennent le symbole même d’une lutte isolée de sa base prétendant pouvoir se substituer aux étudiants et les mobiliser malgré eux.

2)Leur mépris total pour tous ceux qui peuvent à un moment donné penser différemment d’eux quant au fond et à la forme que doit revêtir le mouvement.

Nous entendons par là leur stigmatisation maladive de tout ce qui peut s’inscrire politiquement en dehors de leur strict consensus : d’abord partis ou syndicats quels qu’ils soient ; grévistes refusant de se reconnaître dans leurs certitudes et étudiant non grévistes qu’on ne prend même pas la peine d’essayer de convaincre, persuadés qu’ils sont que ces derniers sont incurables politiquement. C’est une attitude profondément intolérante que nous dénonçons ici, et qui selon nous est aux antipodes des valeurs censées être l’essence de tout mouvement social étudiant : la solidarité, l’altruisme, le respect minimum de celui qui ne pense pas forcément comme nous.

Nous pensons que l’emploi quasi compulsif de termes tels que traitre, jaune, renégat... envers ces mêmes personnes tend à créer un climat malsain, de tension permanente, et à remettre en cause l’unité nécessaire qu’on se doit d’essayer de préserver quand cela est possible entre les différentes tendances des grévistes.

Lors des dernières semaines de mouvement, la dichotomie politique n’était plus tellement grévistes/anti-grévistes que grévistes s’inscrivant dans leur consensus et grévistes qui dénonçaient celui-ci en tant que tel et refusaient ainsi d’y prendre part.

A ce titre, nous déplorons et dénonçons sans réserve le spectacle méprisable qui a pu être donné par ce qui a été malhonnêtement appelé débrayage mais qui, dans de nombreuses situations , n’ont été rien d’autre que de la gaminerie systématique. Ces prétendus débrayages ont été largement orchestrés par les autonomes. Il est clair que dans ces situations données l’étudiant en cours n’est plus un gréviste potentiel qu’on doit tenter de rallier à notre cause, mais plutôt une figure de l’ennemi à qui il convient de nuire, en tant qu’élément irrécupérable. Nous sommes atterrés en pensant à l’empreinte désastreuse que les dernières semaines de mouvement laisseront dans la mémoire collective des étudiants de Rennes 2, et en premier lieu de tous ceux qui se sont appropriés à un moment donné les objectifs de notre lutte légitime.

3)Leur idéologie anticapitaliste pétrie de contradictions, et leurs vaines incantations qui traduisent leur incapacité à s’appuyer sur une réalité donnée pour lui en substituer une autre s’inscrivant en rupture avec l’ordre social et politique établi.

Un slogan tel que « Tous au chômage », qui est apparu le 1er mai sur la façade d’une agence pôle emploi et qui est défendu par la plupart d’entre eux est symptomatique d’une pensée en porte-à-faux total avec l’une des revendications historiques du mouvement ouvrier, en l’occurrence la défense sans relâche du droit au travail des travailleurs. On est en droit de s’étonner de ce discours anti-travail primaire lorsque l’on sait que ce sont ces mêmes personnes qui sont les premières à embrasser, à défendre publiquement et à citer en exemple, à juste titre d’ailleurs, les stratégies de séquestration mises en place par les travailleurs qui refusent de voir leurs patrons les tuer économiquement et socialement au nom de la loi du profit.

Ces mêmes personnes prétendent vouloir défendre les intérêts des travailleurs et des travailleuses mais dans le même temps, au vu de leurs dires, on en viendrait presque à penser qu’un plan de licenciement équivaut à leurs yeux à une libération des travailleurs concernés, dont ces derniers devraient se réjouir plutôt que de lutter pour la sauvegarde de leur emploi.

Ils en viennent de par leur rejet total de toute idée de revendications transitoires, tel qu’interdire les licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices, à s’assoir sur les intérêts immédiats de ceux qu’ils sont censés défendre.

Ainsi cette posture maximaliste, qui se veut pourtant ultra révolutionnaire, contient bel et bien des relents réactionnaires en contribuant au maintien du statu quo et en occultant toute perspective d’amélioration concrète et immédiate du quotidien des travailleurs. La même dénonciation peut être faîte concernant le rapport qu’ils entretiennent pour la plupart avec l’idée d’augmenter les salaires. Pour eux, l’équation est simple : augmenter les salaires c’est nourrir et assurer la pérennisation du salariat. Cette idée peut elle porter un autre nom que celui d’un funeste pari sur la souffrance toujours plus grande des travailleurs, qui permettrait ainsi l’avènement rapide d’un processus révolutionnaire?

Si nous ne pouvons pas considérer, nous qui écrivons, que la revendication des salaires doit être la revendication suprême, indépassable, il est clair que la question d’une redistribution plus égalitaire des richesses crées collectivement par les travailleurs reste la priorité hier comme aujourd’hui, notamment dans un contexte de crise sociale profonde.

L’ambition de toute personne aspirant à un changement radical de la société est bien de réussir à faire le lien entre des revendications immédiates partant d’une réalité sociale donnée, et des revendications maximalistes portant l’idée d’une rupture de transcendance sociale, c’est à dire l’idée d’une rupture nécessaire avec la société capitaliste. En somme faut-il voir dans le déni complet des intérêts de classe des salariés, de la part des militants de la dite mouvance autonome à Rennes 2, un mépris de classe, une haine condescendante pour ces prétendus esclaves du salariat incapables d’embrasser leurs certitudes ? Partant de là, eux qui affirment défendre des positions plus anticapitalistes, plus révolutionnaires que tout le monde, comment se fait-il qu’ils en viennent à défendre, sans jamais se l’avouer, des énoncés politiques, comme nous venons de le voir, qui sont ordinairement l’apanage du MEDEF et de la droite sarkozyste, c’est à dire les ennemis politiques du mouvement social, des travailleurs et de la jeunesse révoltée ?

Enfin, nous tenons à dénoncer sans aucune réserve les analogies historiques pornographique qui tendent à confondre des agences ANPE avec des camps de concentration nazi. L’inscription «  le travail rend libre » n’a pas sa place dans ses lieux.

Ainsi, nous invitons chacun à juger par soit même de la légitimé de notre critique et d’en tirer les pleines conséquences.

Quant à nous, nous nous désolidarisons totalement et définitivement de ces militants dit autonomes tant qu’ils n’auront pas fait leur autocritique suffisante et rompu définitivement avec leur contradictions idéologiques qui les amènent à embrasser des énoncés politiques profondément réactionnaires, avec leur mépris de l’autre, de celui qui refuse de s’inscrire dans leur strict consensus,avec leur mépris de classe qui insultent la dignité des travailleurs et des travailleuses, avec leur stratégie de lutte qui tend à ériger des méthodes tel que le blocage totale en dogme inflexible, en loi systématique à n’importe quel prix, qui sacrifie l’unité et le nombre au nom d’une radicalité aveugle qui se suffit à elle même.

Si l’échec du mouvement peut s’expliquer par de nombreux facteurs qu’ils ne faut en aucun cas minorer( stratégie de pourrissement d’un gouvernement inflexible, la pression des examens, la lassitude de la lutte...)les dernières semaines réellement rebutantes de mouvement à Rennes 2 en ont été l’expression la plus incontestable de ce que nous dénonçons ici.

En faisant cette critique, qui est elle même bien sur critiquable, nous espérons que puisse se créer un débat et espérons prévenir les dérives du même type dans les mouvements à l’avenir ici à Rennes 2 la rouge. Laisser ces militants accaparer une lutte à un moment donné et la conduire à sa perte n’est pas une fatalité.

Si rien n’est fait politiquement contre ces militants,nous craignions qu’a terme ces dérives qui ne sont en aucun cas une fatalité puissent porter de tels préjudice que la possible construction d’un mouvement, d’une lutte à Rennes 2 la rouge,ayant une véritable assise numérique, essayant d’articuler nombre et radicalité, puisse être remis en cause en tant que tel.

Hugo militant de sud étudiant et Alexandre étudiant gréviste de Rennes 2 non encarté.



De : hugo de sud étudiant et alex non encarté
mercredi 6 mai 2009

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