Total et le stockage de carbone : halte aux Shadocks climatiques

Rue89. Par Arnaud Gossement et Marie-Laure Lambert | Avocat et maître de conférence en d... | 08/06/2009

La tour Total à La Défense (Charles Platiau/Reuters).

Pourquoi ne pas tirer tout de suite la leçon de la volonté des Français et des Européens de placer l'urgence écologique au cœur de la politique ? Pourquoi ne pas abandonner tout de suite quelques projets absurdes, dangereux et qui ne sont que de fausses solutions ? Pourquoi ne pas commencer par interdire tout de suite à la société Total ce qu'elle s'apprête à faire à Jurançon dans les Pyrénées-Atlantiques ?

Pomper pour lutter contre le dérèglement climatique ? Pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et lutter contre le dérèglement climatique, la société Total affirme en effet avoir trouvé la parade : pomper, pomper et encore pomper le dioxyde de carbone avant de l'enfouir sous terre, dans une zone sismique, dans un grand trou. Cette stratégie du Shadock climatique est en passe de devenir réalité ces jours-ci sur le site de Jurançon dans les Pyrénées-Atlantiques.

Une fausse solution à un vrai problème

Total s'apprête à capturer et enfouir sous nos pieds 120 000 tonnes de CO2 en deux ans. Peu importe qu'aucune loi n'autorise ces opérations, peu importe qu'aucune expertise indépendante n'ait eu lieu, peu importe qu'aucun débat public n'ait été organisé ni au Parlement ni ailleurs… on fonce tête baissée dans une fausse solution à un vrai problème. Beau cadeau pour les générations futures…

Un mensonge climatique. Cette technologie ne permet pas de réduire efficacement nos émissions de gaz à effet de serre. A l'inverse, elle consomme beaucoup : il faut gaspiller 40% d'énergie supplémentaire pour mettre du CO2 sous le tapis ! Pire, les opérations de capture et de stockage de carbone sont destinées à accompagner le développement des centrales thermique à charbon qui sont particulièrement polluantes et émettrices de gaz à effet de serre.

A quoi bon ? La technologie de capture et de stockage de carbone ne sera en effet pas opérationnelle avant 2030 alors que le GIEC nous exhorte à réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet avant 2015. Or les économies d'énergie et les énergies renouvelables déjà techniquement disponibles nous permettraient de faire mieux, plus vite et à moindre coût.

Le principe contribuable-payeur au fond du trou

Cette technologie n'a pas qu'un intérêt commercial pour les industriels, elle permet aussi de percevoir des fonds publics. Au nom de la recherche, plusieurs projets industriels recevront ainsi des subventions de l'Etat pour procéder à des opérations dont ils seront les seuls bénéficiaires. De plus, les industriels qui utiliseront cette technique recevront des permis d'émissions supplémentaires… pour émettre à l'atmosphère l'équivalent des tonnes enfouies. Une absurdité écologique, mais un vrai gain spéculatif.

La feuille de route énergétique pour 2020 présentée par le Gouvernement la semaine dernière prévoit en effet une enveloppe de 450 millions d'euros pour financer des fonds démonstrateurs de recherche dont certains seront consacrés aux « bio » carburants ou aux projets de capture et de stockage de carbone. Mieux, Total a obtenu la garantie que c'est l'Etat qui assurera la surveillance et l'entretien du site après enfouissement du carbone. En cas de problème, c'est donc le contribuable qui recevra la facture : le principe pollueur payeur est lui aussi enfoui, et pour longtemps, dans un grand trou !

Nous proposons pourtant une chose toute simple : un débat démocratique sur l'intérêt de la capture et le stockage de carbone, que la Commission nationale du débat public pourrait tout à fait organiser. Est-ce trop demander ? En attendant, le débat aura malheureusement lieu devant le juge qui sera saisi par les associations opposées au projet dont nous assurerons la défense.

Photo : la tour Total à La Défense (Charles Platiau/Reuters).

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau