Tsipras joue son va-tout : un direct du gauche en pleine poire !

Le Lot en Action, par Bluboux, mis en ligne le 27 juin 2015

Alexis tsipras greek prime minister graffitiDans un discours solennel diffusé dans la nuit de vendredi à samedi, le premier ministre grec a annoncé la tenue d'un référendum dimanche 5 juillet. Les électeurs sont invités à se prononcer pour ou contre le programme de mesures proposé par les créanciers.

A trois jours de l'échéance du remboursement de 1.6 milliards au FMI, Tsipras a pris tout le monde de court à Bruxelles en annonçant la tenue d'un référendum portant sur les dernières propositions des créanciers. Un coup politique qui met donc fin aux négociations, qui étaient dans l'impasse puisque les partenaires européens semblaient rester sourds aux propositions du gouvernement grec. Certains n'hésitent d'ailleurs pas à penser tout haut que le but des institution n'était autre que de faire tomber le gouvernement de Tsipras. Si ce pari risqué du premier ministre grec est un vrai direct du gauche envoyé aux institutions (Commission européenne, Banque centrale européenne (BCE) et FMI), la partie est pour autant loin d'être gagnée.

Discours du 26 juin de Tsipras

Citoyens grecs,

Au cours des six derniers mois, le gouvernement grec a mené une bataille sous une asphyxie économique sans précédent, dans le but d’appliquer le mandat que vous lui avez donné le 25 janvier.
 
Le mandat de négocier avec nos partenaires pour arriver à mettre un terme à l’austérité et pour faire revenir dans notre pays la prospérité et la justice sociale.
 
Pour un accord durable qui respectera la démocratie, les règles européennes, et qui conduira à une sortie définitive de la crise.
 
Durant les négociations, il nous a été demandé de manière répétitive de mettre en œuvre les politiques du mémorandum que les précédents gouvernements avaient accepté, en dépit du fait que ce mémorandum avait été condamné sans équivoque par le peuple grec lors des récentes élections.
 
Nous n’avons jamais envisagé d’abandonner – pas même pendant un instant. Ni de trahir votre confiance.
 
Après cinq mois d’âpres négociations, nos partenaires ont soumis une proposition-ultimatum à la rencontre de l’Eurogroupe, menaçant la démocratie et le peuple grec.
 
Un ultimatum qui contrevient aux principes et aux valeurs qui ont fondé l’Europe. Les valeurs de notre projet européen commun.
 
Il a été demandé au gouvernement grec d’accepter une proposition qui ajoutera un poids insupportable sur les épaules du peuple grec, et qui minera le rétablissement de l’économie et la société grecques – pas seulement en alimentant l’incertitude, mais aussi en aggravant les inégalités sociales.
 
La proposition des institutions (1) inclut des mesures qui vont augmenter la dérégulation du marché du travail, les coupes dans les pensions de retraite, et inclut de nouvelles réductions de salaires le secteur public – mais aussi une augmentation de la TVA sur la nourriture, les restaurants et le tourisme, tout en éliminant les exonérations d’impôts sur les îles grecques.
 
Ces propositions – qui violent directement les acquis sociaux européens et les droits fondamentaux à travailler, à l’égalité et à la dignité – prouvent que certains partenaires et membres des institutions ne veulent pas trouver un accord viable qui bénéficierait à toutes les parties, mais cherchent plutôt l’humiliation du peuple grec.
 
Ces propositions illustrent principalement l’insistance du FMI pour des mesures d’austérité sévères et punitives. Il est maintenant temps pour les pouvoirs dirigeants européens de se montrer à la hauteur de l’occasion et de prendre l’initiative pour mettre un terme définitif à la crise grecque, une crise qui affecte également d’autres pays européens, en menaçant le future proche de l’intégration européenne.
 
Citoyens grecs,
 
Nous faisons face à la responsabilité historique de ne pas laisser les luttes et les sacrifices du peuple grec rester vains, et de renforcer la démocratie et notre souveraineté nationale – cette responsabilité pèse sur nous.
 
Notre responsabilité pour le futur de notre pays.
 
Cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum sur la base de la volonté souveraine du peuple grec.
 
Plus tôt ce soir, le Conseil des ministres était convoqué et j’ai proposé d’organiser un référendum afin que le peuple grec puisse décider.
 
Ma proposition a été unanimement acceptée.
 
Demain, le Parlement tiendra une session extraordinaire pour ratifier la proposition du Conseil des ministres pour qu’un référendum soit mis en place dimanche prochain, le 5 juillet. La question posée sera de savoir si la proposition des institutions doit être acceptée ou rejetée.
 
J’ai déjà informé le président français, la chancelière allemande et le président de la BCE de ma décision ; demain, je demanderai aux leaders de l’UE et des institutions une courte extension du programme – en cours d’écriture – pour que le peuple grec puisse décider sans pression et sans chantage, comme il l’est disposé dans la Constitution de notre pays et dans la tradition démocratique européenne.
 
Citoyens grecs,
 
Je vous appelle à choisir – avec la souveraineté et la dignité que l’Histoire grecque exige – si nous devons accepter l’exorbitant ultimatum qui appelle à une stricte et humiliante austérité sans fin, et qui ne donne aucune perspective de pouvoir un jour nous tenir debout sur nos deux pieds, socialement et financièrement.
 
Nous devrions répondre à l’autoritarisme et l’austérité sévère par la démocratie – dans le calme et la fermeté.
 
La Grèce, lieu de naissance de la démocratie, devrait envoyer un retentissant message démocratique aux Européens et à la communauté mondiale.
 
Et je m’engage personnellement à respecter la conséquence de votre choix démocratique, quel qu’il puisse être.
 
Je suis absolument certain que votre choix fera honneur à l’Histoire de notre pays et enverra un message de dignité à travers le monde.
 
Dans ces temps critiques, nous allons devoir rappeler que l’Europe est la maison commune de tous ses peuples.
 
Qu’en Europe, il n’y a ni propriétaires, ni invités.
 
La Grèce est et restera une partie intégrante de l’Europe, et l’Europe une partie intégrante de la Grèce.
 
Mais une Europe sans démocratie sera une Europe sans identité et sans boussole.
 
Je vous appelle tous à agir avec sang-froid dans l’unité nationale et à prendre une décision digne.
 
Pour nous, pour les générations futures, pour l’Histoire grecque.
 
Pour la souveraineté et la dignité de notre pays.
 

Notes

(1) Commission européenne, Banque centrale européenne (BCE) et Fonds monétaire international (FMI)
Commentaires (1)

1. Michèle DRAYE 06/07/2015

Le point de vue grec étant généralement
occulté, «Horizons et débats» publie dans
son intégralité, le discours de Yanis Varoufakis
pour information et documentation

Extrait:

« La troisième raison qui a fait que nous
n’avons pu nous entendre avec les institutions
réside dans les mesures insupportables
et socialement injustes sur lesquelles
elles ont insisté. En Grèce par exemple,
les retraites les plus basses s’élèvent à
300 euros, desquels plus de 100 euros sont
constitués par ce que l’on appelle la «pension
de solidarité» ou EKAS. Les institutions
insistent pour que nous éradiquions
l’EKAS tout en proposant que nous augmentions
dans le même temps la TVA sur
les médicaments (dont les retraités sont
consommateurs) de 6% à 12% et l’électricité
de 13% à 23%. Bref, aucun gouvernement
ayant la moindre sensibilité envers le
sort des plus démunis de ses citoyens ne
peut tomber d’accord avec de telles propositions »

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