Un adolescent polyhandicapé expulsé vers le Kosovo

Témoignage Chrétien. 7 mai 2010 par Benjamin Seze

Les gendarmes sont venus le chercher lundi 3 mai, à 21h, dans le centre où il était soigné, en Moselle. Il a été expulsé le lendemain matin, par avion, avec sa famille. L'Association des paralysés de France se dit "scandalisée".

Il était 21h, lundi 3 mai, lorsqu'une  « trentaine de gendarmes et policiers », selon l'Association des paralysés de France (APF), « une douzaine de gendarmes », selon la préfecture de Moselle, ont fait irruption à l'institut d'éducation motrice (IEM) "Les Jonquilles", à Freyming-Merlebach (57).

Munis d'une décision préfectorale d'expulsion, ils venaient chercher un jeune Kosovar de 15 ans. Polyhandicapé, « atteint d'une maladie évolutive», selon l'APF, l'adolescent y était soigné depuis mars 2010. Ses parents et ses deux frère et soeur, arrêtés quelques heures plus tôt, l'attendaient à l'extérieur dans les véhicules de la gendarmerie. « L'opération s'est déroulée dans le calme et la dignité », tient à préciser Elisabeth Castellotti, directrice de cabinet du préfet de Moselle.

Après avoir passé la nuit au Centre de rétention administrative de Metz, la famille a été expulsée le lendemain matin à 10h, par avion, à destination du Kosovo.

Entrée clandestinement en France en juillet 2008, cette famille  avait fait une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides
(Ofpra). Demande rejetée en octobre 2008. Ils avaient alors fait un recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Nouvel échec, en mai 2009.

« Le refus de séjour leur a été signifié le 15 octobre 2009, ils avaient 1 mois pour quitter le territoire, explique Elisabeth Castellotti. Concernant l'adolescent polyhandicapé,  le médecin inspecteur de la santé public a rendu un avis, en avril 2010, selon lequel ce jeune homme pouvait bénéficier dans son pays des soins que son état de santé nécessitait.» 


Dans un communiqué commun, l'APF et le Réseau éducation sans frontières (RESF) se disent « scandalisés » par un procédé qu'ils jugent « inhumain » et condamnent cette expulsion.

« Pour nous, la question est : à partir du moment où les autorités de ce pays ont accepté de soigner cet enfant, de quel droit on interrompt le traitement? interroge Jean-Marie Barbier, président d'APF. C'est n'importe quoi de retirer ce garçon lourdement handicapé du centre de soins le soir, à 21h, et de l'expulser le lendemain matin par l'avion de 10h ! »


L'APF et RESF ne comptent pas en rester là. « J'ai appelé le cabinet de Nadine Morano (1), annonce Jean-Marie Barbier. J'ai aussi contacté le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH). On m'a dit que cette affaire serait évoquée à la prochaine réunion du CNCPH, d'ici une dizaine de jours.»

Pour le président de l'APF, « cette histoire doit se terminer par un retour de la famille et par une explication des ministres concernés.»


(1) Nadine Morano est la secrétaire d'Etat à la Famille.

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