Un médecin se rebelle contre la Sécu

Le Parisien. 6 octobre 2009 par Christine Mateus

Un médecin de Vitry est menacé de sanction par la CPAM pour avoir effectué des prescriptions prises en charge à 100 % à ses patients en affection de longue durée.

« C’est parce que le métier de médecin généraliste est passionnant que je suis déterminé à me battre pour qu’il le reste et qu’il ne soit pas détruit par une politique de marchandisation. » Message adressé par un praticien à la CPAM du Val-de- (Caisse primaire d’assurance maladie)… L’auteur est un médecin de Vitry, le docteur Didier Poupardin, convoqué demain matin à la CPAM 94, à .

Il devra s’expliquer sur sa façon de répartir les médicaments sur les ordonnances dites bizone à destination des personnes atteintes de maladies graves, soit les affections de longue durée (ALD).

« On me menace de me faire payer les sommes que les personnes malades devraient payer selon elle »

La CPAM pointe 50 dossiers litigieux dans sa clientèle, de mars 2007 à mars 2008. « On me reproche de ne pas mettre assez de médicaments dans la zone où les malades sont obligés de payer, ce qui donc n’est pas remboursé totalement par la Sécurité sociale, et de ne remplir que la partie haute de l’ordonnancier », explique le médecin. La partie haute est, en effet, réservée aux soins en rapport avec l’ALD, pris en charge à 100 %.
« Il est vrai que mes prescriptions exclusivement dans la partie haute représentent, à mon niveau, une façon de m’opposer au morcellement comptable de nos malades et de m’opposer aux attaques qui sont faites à l’accessibilité aux soins. C’est une façon d’agir que je revendique complètement », ajoute le docteur Didier Poupardin, qui exerce dans un quartier populaire de Vitry depuis trente-trois ans.
Une façon de faire qui n’est pas sans conséquence pour lui. « On me menace de me faire payer les sommes que les personnes malades devraient payer pour se soigner, selon les désirs de la CPAM et des médecins-conseils qui ont mis mes prescriptions en examen. L’enjeu est donc clair : la CPAM me tient le discours : Faites payer les personnes malades en ALD ou bien c’est vous, médecin traitant, qui paierez ! »
Le médecin a donc, à son tour, écrit au directeur de la CPAM 94. Si elle envisage une sanction à l’issue de l’entretien de mercredi, le praticien entamera une grève administrative. « Nous ne pouvons pas faire comme si les traitements pour une affection n’avaient aucune répercussion ni aucun effet secondaire sur d’autres, comme si une maladie non soignée pouvait ne pas aggraver la maladie prise en charge à 100 %, se défend Didier Poupardin. En outre, se surajoute la constatation que nous faisons tous, que de nombreux patients renoncent aux médicaments prescrits dans la deuxième moitié de l’ordonnance bizone parce qu’ils jugent qu’ils sont moins importants et parce que sans mutuelle, ils ne peuvent pas les payer. »
Le directeur de la CPAM, Gilles Filiberti, a fait savoir qu’il s’agissait d’une procédure « normale mais pas courante, parce que l’immense majorité des médecins respecte les règles ».

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