Un repos bien mérité

La chronique du lutin. Jan 2010

 

Un repos bien mérité

Chers amis lecteurs, pendant que vous lirez ces lignes, je serai en vacances, âprement négociées avec une direction esclavagiste, qui voulait encore m’envoyer au front, sur le théâtre brûlant des opérations, se plaisent ils à dire au comité rédactionnel, pour saisir le scoop, capter le buzz, afin que le Journal, fidèle à sa réputation, soit toujours le premier sur le terrain, à l’extrême pointe, à la source, aux prémices, de l’actualité, pour des abonnés encore plus exigeants, et pour des actionnaires qui décidément ne se lassent pas de la truffe, du caviar, des Caraïbes et des coupés Lamborghini.

Mais ils savent y faire les bougres, usant sans vergogne des flagorneries les plus basses et des promesses les plus mercantiles, me susurrant avec des sourires figés, des yeux fourbes et des voix de faussets que je suis le seul capable de traiter des sujets épineux qui surgissent sans répit, tels des armées de mongols assoiffés de sang, sur les pentes verdoyantes du Quercy, et que je serai le seul à même de les retranscrire avec maestria et talent, tant je maîtrise la syntaxe de la langue française et tant est prononcé mon goût pour les belles phrases à l’architecture incomparable. On m’assure ensuite, avec la main sur le cœur, que dans un avenir proche, je récolterai à mon tour, les fruits lourds et gorgés de bon sucre de la croissance, quand la dette aura été stabilisée et les fonds propres consolidés. Mais je dois, me dit on alors d’un ton docte, en posant une main pesante sur mon épaule et en me faisant adroitement pivoter vers la sortie, reprendre mon bâton de pèlerin, ainsi que mon calepin et mon stylo, rechausser mes godillots cloutés, car des âmes en peine m’attendent sur les coteaux de Thémines et de Bagnac, où des événements iniques, fomentés par des gens sans scrupules, se trament dans l’ombre. De plus l’insécurité règne et la criminalité est galopante sur les marches de nos cantons, malgré les efforts constants et remarqués de notre nouveau bon et rassurant préfet, qui met tout en œuvre pour soutenir et imposer la nouvelle commission départementale d’organisation et de modernisation des services publics, la CDOMSP, dont le Lot est le département pilote pour la France.

Les sujets secondaires seront assurés par l’équipe dirigeante, car leur traitement ne requiert pas le professionnalisme et la déontologie du grand reporter que je suis. Le Hiboux a déjà commis dans le numéro précédent un article sur la récolte de la truffe noire, la tuber melanosporum, comme il aime à l’appeler. Ensuite, prenant exemple sur les chroniqueurs d’émissions télévisuelles gastronomiques, il s’est rendu chez un de ses amis, restaurateur étoilé du coin, lui a tapé sur le ventre devant la caméra et lui a claironné :  « Regarde mon Loulou, les belles truffes que j’ai ramassées ce matin ! Qu’est ce que tu va nous préparer de bon avec ces merveilles ? Ah mes enfants, ça sent bon, c’est magnifique ! Ce garçon est vraiment formidable ! Il faut absolument venir manger chez lui ! Que du bonheur !!! » Il pense du reste poursuivre ses pérégrinations mycologiques, à la découverte de notre fameux champignon ascomycète, en se rendant en Italie du Nord, dans le Piémont, pour rencontrer des spécialistes de la Tuber magnatum pico, la truffe blanche, et faire des comparaisons entre les deux espèces, sur le plan scientifique ainsi que gustatif. Au retour, il pourrait s’arrêter à l’usine de Sant’agata Bolognese, où sont fabriquées les admirables Lamborghinis, dont la ligne, pure et racée ne le laisse pas de marbre, afin d’écrire un deuxième billet pour le journal, faisant ainsi d’une pierre deux coups, et prouvant par là même que les deniers de l’entreprise sont judicieusement dépensés.

Bluboux, de retour de la cérémonie des Golden Awards, en ayant fait un petit saut par Davos, pour saluer quelques connaissances, se propose de reprendre sur l’heure un avion en partance pour Saint Barth aux Antilles, d’où il pourra écrire un article de fond sur la catastrophe haïtienne et sur les conséquences induites, tout en ayant un point de vue local non déformé par le filtrage des agences de presse, ce qui permettra une mise en perspective adéquate et surtout objective, la seule garante d’une information véridique, certes onéreuse en frais de déplacements, mais néanmoins nécessaire et primordiale.

Le Clando se contentera d’un petit périple autour de la mer Caspienne, tant il est vrai que cette région du globe revêt une importance stratégique et géopolitique des plus cruciales. Voilà qui pourrait faire un excellent papier à la rubrique International. Toujours dans un souci d’économie, il ne verrait pas d’un mauvais œil un documentaire sur le commerce du caviar, ainsi qu’une étude comparative entre les œufs d’osciètre et de béluga, sujet qui sans l’ombre d’un doute, devrait plaire à notre lectorat, cultivé, averti, et par-dessus tout gourmet. Voici donc le programme de notre staff décisionnaire.

Quant à votre serviteur, j’ai pu arracher quelques semaines de repos bien méritées, en échange de reportages sur les sites précédemment cités, d’un compte rendu sur le Flash Mob, prévu par la BAC du Lot, comprenez la Brigade Activiste des Clowns, devant la préfecture de Cahors. Certains seront déguisés en Groucho, avec un queue de pie, une fausse moustache et des bésicles, d’autres en Karl, avec des cheveux hirsutes, une barbe blanche et un gilet. Tous demanderont à Monsieur Jean Luc de se joindre à eux, afin de constituer un trio comique. Mr Jean Luc descendra de son perron pour se mêler à la farandole des clowns en liesse. Il expliquera la mission de la CDOMPSP, c'est-à-dire l’adaptation du service public aux besoins des usagers. Sans se départir de sa bonne humeur habituelle et de son penchant pour la facétie, il traduira en citant Coluche : « Grosso Merdo, dites nous ce dont vous avez besoin. On vous dira comment vous en passer ! » sous les hourras de la foule en délire.

Ensuite je passerai à la banque, pour tirer de l’argent sur mon livret A. Je m’apercevrai que le taux d’intérêt est descendu bien bas. Un autre usager, économiste à ses heures, me fera aimablement remarquer que le Livret A est géré par la Caisse des dépôts et de consignation. Or cette dernière a également une activité commerciale. Elle a du reste racheté la société Quick, qui appartenait au baron belge Albert Frère, à un prix très largement surévalué par rapport à sa valeur réelle. Depuis, le taux du livret A ne cesse de chuter. En outre le baron Frère est un grand ami de Nicolas Sarkozy et participait à la petite fête du Fouquet’s. Il me laissera tirer toutes les conclusions sur cette affaire, bien que je lui laisse l’entière responsabilité de ses assertions.

Puis je retournerai à Saint Céré, muni d’un bidon plein d’essence pour réhydrater mon petit avion. Je réamorcerai la pompe, mettrai le contact et m’envolerai, tel Icare fuyant les foudres de Minos. Je ferai un petit détour par la région où j’ai ma cabane, le Languedoc Roussillon, histoire de constater que les couleuvres avalées par nos amis socialistes, dont je vous parlais dans ma première chronique, ont considérablement grossi ces dernières semaines, et qu’elles sont devenues de véritables boas ! Vous me direz qu’à chaque chose malheur est bon : Quand un socialiste a la bouche pleine, ça lui évite de dire des conneries.

Je poursuivrai tranquillement jusqu’au pays cathare, où pour le coup, certains ont des gueules vraiment pas catholiques ! Et puis, prenant mon élan, mettant les gaz et tirant sur le manche, je franchirai majestueusement la grandiose et magique chaîne des Pyrénées, pour me retrouver tel un condor libre, à planer au dessus de la mythique péninsule ibérique, que je survolerai, cap au sud, vers les rivages lointains et embaumés, aux bleus céruléens de la belle et fière Andalousie.

Allez, je vous laisse. A bientôt les petits loups, tenez bon et rassurez vous : On bosse pour vous !!!

 

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