Une centrale d’enrobage en plein Parc !

Le Lot en Action. Article du mag n°6 par Bluboux

Au moment même où le Parc Naturel conduit des réunions publiques pour le renouvellement de sa charte, il apparait clairement qu’il y a un décalage inexplicable entre les ambitions affichées et les moyens qui sont lui donnés pour intervenir de façon efficace sur son territoire. Après le projet ubuesque d’un village aérodrome à Livernon (Le Lot en Action mag n° 1), j’hésite sérieusement sur les qualificatifs adaptés à celui d’une implantation d’une centrale d’enrobage à chaud (voir l'encadré) sur  la commune de Thémines : criminel ou abracadabrantesque ?
Nous nous sommes procuré le volumineux dossier de demande d’autorisation présenté par la société APPIA Quercy-Agenais, filiale de l’énorme groupe Eiffage Travaux Public. 207 pages plus les annexes, 1,2 kg dans les mains, 8 heures de lecture assez indigeste mais indispensable pour comprendre de quoi l’on parle. Et ce dossier, réalisé par le cabinet d’étude ECTARE est édifiant à plus d’un titre.
Bien qu’il conclut à la parfaite adéquation de ce projet avec les lois et normes en vigueur, bien évidemment, ce n’est pas sans avoir rappelé quelques éléments très intéressants :
•    Le site choisi (la carrière de Thémines sur la route de Durbans) présente un sol karstique (donc très perméable) avec de surcroit le passage en sous-sol de cours d’eau alimentant l’Ouysse, dans laquelle est puisée de l’eau de consommation humaine (pour les villes de Gramat et Rocamadour notamment). « En cas de déversement accidentel d’hydrocarbures (quelques litres à quelques m3) hors des parties imperméabilisées,, les terrains contaminés seront isolés grâce qu kit de rétention mobile disponible sur le site »
•    Les émissions atmosphériques qui s’échapperont par la cheminée de la centrale (à 19 mètres !) contiendront des l’oxydes de soufre, d’azote, de carbone et des poussières
•    Impact sur la circulation : 35 véhicules jours en moyenne (gros camions), multipliant ainsi par deux le trafic poids-lourds aujourd’hui constaté sur la 140
•    Pour le cabinet d’étude les milieux naturels autour du site d’implantation de la centrale « ne présentent aucun intérêt ni potentiel écologique (à court terme) » Sic !
•    Effets sur la santé des riverains : « … les habitations les plus proches se situent à plus de 400M. Les gaz rejetés seront dispersés par la hauteur de sortie de la cheminée et les concentrations en polluants seront largement inférieures aux seuils règlementaires.


Les questions qui viennent naturellement à l’esprit, à la lecture de ces éléments, sont nombreuses. Ce rapport parle clairement de polluants émis par la centrale, mais argumente en précisant qu’ils seront dispersés par la cheminée ! A moins que ma logique de béotien naïf ne me joue un mauvais tour, si l’on envoie quelque chose en l’air, ça finit par retomber ! Mais pas pour ce cabinet d’étude, qui omet de le préciser. Le sol étant particulièrement perméable, et les cours d’eau souterrains juste en dessous alimentant l’Ouysse, par quelle magie ces polluant ne poseront pas un sérieux problème de santé publique ? De plus quand un rapport comme celui-ci parle de déversements accidentels sur des sols imperméabilisé, on peut légitimement penser que ce genre d’incident arrive fréquemment.


Donc immédiatement on demande à Monsieur Google de nous dire ce qu’il se passe sur les sites similaires en France. Et là enoooorme surprise. Les associations de défense de l’environnement et des riverains  de ce genre de joujou industriels fleurissent… Et l’on apprend que les émissions de gaz de ces centrales contiennent des hydrocarbures aromatiques polycycliques. Quesako ? Lisez l’encadré consacré à ces HAP. Génial ! Encore des produits toxiques, classés dangereux dont certains sont très cancérigènes. Une étude commandée par une commune hébergeant une centrale d’enrobage (Saint Etienne de Remiremont, étude disponible sur le site du Lot en Action) démontre clairement que les concentrations relevées en HAP sont alarmantes…


Le Parc Naturel a été consulté par la préfecture, comme le prévoit la règlementation. Et le Bureau Syndical du 24 novembre dernier  a proposé d’émettre un avis « très réservé », motivé par les raisons suivantes :
•    La localisation du projet de centrale d’enrobage à chaud n’est pas du tout approprié au regard du contexte hydrogéologique
•    Les modalités de mise en œuvre proposées ne permettent pas d’écarter tout risque de pollution des eaux souterraines
« Elle demande également que puissent être pris en compte les recommandations suivantes :
•    Utiliser des produits limitant les risques environnementaux et sanitaires (liants végétaux)
•    Installer une filière d’assainissement règlementaire pour les effluents domestiques
•    Et de manière plus générale, avoir le souci de la préservation de la qualité du ciel nocturne des Causses du Quercy dans les aménagements envisagés pour l’éclairage du site »
Joint au téléphone, le maire de Thémines, Monsieur Lacarrière , nous à donné sa position : « Si les normes imposées par la loi sont respectées, je suis favorable à ce projet. Il faut arrêter avec ces attitudes irresponsables qui consistent à repousser chez les autres toutes les nuisances. Cette centrale on en a besoin, il faut qu’elle se fasse ». A l’évocation de l’avis négatif émis par le Parc Naturel, et surtout des motivations de cet avis, le maire s’embrouille un tantinet « Je ne le savais pas. Bon, c’est sûr, moi j’aimerai qu’il y ait un risque zéro, mais ça n’existe pas. Et je vous le répète, si les normes sont respectées, je pense que c’est bien pour la commune ».
Autrement dit, les saloperies qui seront émises sur les terres environnantes et les risque pour la santé publique ne sont rien en regard des rentrées fiscales envisagées pour la commune et la préservation des emplois sur la carrière. Les risques de pollution pour les eaux souterraines, c’est malheureux, mais c’est pour les autres !


Nous avons également contacté Monsieur Hervé Corsini, le directeur de la société APPIA (Maxou). Sa position est très claire : « Nous ne modifierons nullement notre proposition initiale. L’avis du Parc nous importe peu, il faut choisir entre le maintien des emplois de cette carrière, qui sont menacés et les gesticulations de contestataires irresponsables ». A l’évocation du choix peu opportun de ce site et des conséquences pour l’environnement et la santé publique, Monsieur Corsini a mis fin à la conversation, prétextant avoir des choses plus importantes à faire. « Je rencontre de toute façon demain le Maire de Thémines et le commissaire enquêteur ». Les vrais décisionnaires sont biens là… La société APPIA exploite déjà plusieurs carrières dans le Lot. Celle de Concots a été crée avec une autorisation provisoire. Selon M. Corsini, dès les travaux de l’autoroute terminés, promis juré, on fermerait la carrière. Aujourd’hui elle a obtenu un renouvellement pour 15 ans. La méthode d’approche utilisée pour rassurer les élus et les habitants de la commune de Thémine est la même, puisque le dossier précise que l’exploitation ne se fera que 40 jours par an. Et quand on écoute M. Corsini, c’est juste une demande d’autorisation, au cas où !


L’enquête publique débutera le 14 décembre prochain. Le dossier sera alors consultable par tout un chacun et nous invitons les habitants de la région à se déplacer en masse pour rencontrer le commissaire enquêteur et faire porter les questions  que soulèvent les incohérences de ce projet en regard du choix du site et de ses caractéristiques, et mettre en avant la présence de HAP dans les fumées qui seront émises.


Si une centrale d’enrobé est nécessaire, et plutôt localement (future déviation de Figeac), pourquoi la société APPIA maintient le choix de Thémines ? D’autres sites présentent moins de risques n’ayant pas un sol karstique. Pourquoi refuse t-elle de prendre en considération les objections du parc naturel et ses propositions ?
La profession du BTP tend même à apporter des améliorations aux méthodes de fabrication pour limiter un peu les impacts environnementaux désastreux, notamment en substituant les liants par des bio-liants afin de diminuer la température de fabrication et d’application, ce qui a pour effet de libérer moins de vapeurs nocives.  Si APPIA refuse de revoir sa copie c’est uniquement pour conserver des marges grasses et confortables. Aucune conscience, ni environnementale ni vis-à-vis de la santé publique.
Nous espérons qu’un collectif verra le jour, avec les associations locales, déjà aguerri pas des luttes semblables. En tout cas nous ne manquerons pas de suivre ce dossier et de vous informer son évolution.

Dates de l’enquête publique : Mairie de Thémines
Lundi 14 décembre 2009, de 9h00 à 12h00
Mardi 22 déccembre 2009, de 9h00 à 12h00
Mardi 29 décembre 2009, de 9h00 à 12h00
Samedi 9 janvier 2009, de 9h00 à 12h00
Vendredi 15 janvier 2009, de 9h00 à 12h00

Pièces du dossier :

  • Les hydrocarbures aromatiques polycycliques : HAP
  • Dossier INRS sur les bitumes : Dossier INRS sur les bitumes
  • Etude demandée par la commune de St Etienne de Remiremont auprès d'un cabiner indépendant : analyses_biomonitor
  • Voir le site de l'Association de protection de l'environnement de Saint-Etienne lès Remiremont qui regorge d'infos sur les conséquence d'une centrale d'enrobage à chaud sur leur commune : le site
  • Ou encore ce site, d'une association de défense de l'environnement à Verfeil, en Midi-Pyrénées, très complet également : le site

 

Vous trouverez ici des liens vers sites extérieurs traitant du sujet de l’enrobage bitumineux.

Commentaires (1)

1. Ahmed zaid laarabi B.E.T en environnement Algerie 01/11/2012

bonjour a tous
c'est grave, mais il y a des cas pire que cet exemple dans le monde entier

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