Véhicules incendiés le 14 juillet : le silence du Pouvoir

Plume de presse. 22 juillet 2009 par Oliver Bonnet


fireD’habitude, pour minimiser le nombre de véhicules incendiés à l’occasion du réveillon du 31 décembre, les autorités sarkozystes avaient un truc : elles livraient un chiffre qui était celui du décompte arrêté à 6 h du matin, quand nombre de faits ne sont pas encore constatés ni enregistrés par la police. Ce qui a donné pour le 31 décembre 2006 l’annonce de 397 voitures brûlées et de 372 l’année suivante. Mais l’ennui, c’est que la rédaction d’Europe 1 avait les deux fois recoupé les chiffres en appelant une à une les préfectures, ce qui avait conduit le pouvoir à publier un nouveau bilan, sans commune mesure avec le premier : 973 en 2006 (bien loin des 397 annoncés par Sarkozy lui-même, alors ministre de l’Intérieur) et 878 (au lieu de 372) en 2007. C’était l’objet de notre billet intitulé Bilan du réveillon : et un gros mensonge pour commencer l’année !  A l’occasion de la dernière Saint Sylvestre, celle de 2008 donc, la place Beauvau s’était rendue compte qu’il devenait un peu plus grotesque chaque année de claironner des chiffres outrageusement minorés pour qu’on s’aperçoive ensuite que le total réel était de plus du double. Par conséquent, après avoir annoncé à l’AFP un bilan de 445 voitures calcinées à 6 h, le ministère n’avait pas attendu une enquête journalistique pour livrer couvde lui-même le total définitif : 1147, record absolu. Curieusement, comme le note @rrêt sur images, seule la presse régionale s’était alors émue, les quotidiens nationaux ayant discrètement relégué l’information en pages intérieures.

Mais il n’y a pas qu’à l’occasion du Nouvel an que flambent les véhicules : il y a aussi le 14-Juillet. Quel est le résultat pour cette année ? Mystère ! Seuls les chiffres de la nuit du 13 au 14 ont été annoncés par le Pouvoir : 317 à 6 h, puis bilan définitif, assez vague : "Quelque 500 véhicules". Le Monde commente : "ce qui constitue le plus mauvais résultat jamais enregistré la veille de la Fête nationale. Malgré des demandes répétées au ministère de l’Intérieur et à la direction générale de la police nationale (DGPN), aucun chiffre n’a été donné concernant la seconde nuit, du mardi 14 au mercredi 15. Or, en 2008, le nombre d’incidents avait été aussi élevé le 13 juillet (297 véhicules brûlés) que le 14 (295). La consigne de silence a été strictement appliquée. Les différentes préfectures contactées par Le Monde ont refusé de répondre, évoquant des "instructions ministérielles" (...) "Vous êtes priés de ne pas communiquer sur les incidents du 14-Juillet." L’ordre, à l’intention des préfectures, émane du ministère de l’Intérieur, bien décidé à rendre compte lui-même des débordements de la Fête nationale, raconte La Provence dans son édition du 15 juillet. Seulement voilà, alors que les forces de l’ordre locales étaient conviées au silence, Beauvau ne semble pour l’heure pas vraiment pressé de rendre compte de la situation plutôt "chaude" de ce 14-Juillet : "Les chiffres ne sont pas disponibles pour l’instant", a-t-on répondu à notre demande." L’article date du 17 juillet. Nous sommes aujourd’hui le 22, mais toujours pas plus de nouveau chiffre que de beurre en motte ! L’explication est simple et double : le Pouvoir veut d’abord s’éviter une douloureuse révision, si jamais les journalistes se mettaient en tête de vérifier le total, et il ne veut ensuite surtout pas que s’affiche à la Une des médias un bilan qui serait le pire de tous les temps, surpassant le sommet du Nouvel an 2008, malgré des déploiements de forces policières toujours plus conséquents. L’effet serait désastreux pour une droite qui fait constamment son miel électoral du thème de l’insécurité - et Sarkozy le premier. Imagine-t-on ce message farceur barrant une couverture de quotidien : Dormez tranquilles, braves gens : sous Sarkozy, vos voitures brûlent comme jamais  ? En refusant de publier les chiffres, une vieille technique bien connue est à l’œuvre : plutôt que de s’attaquer à la maladie, cassons le thermomètre...

 

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