Vidéo surveillance et délinquance : le mensonge

Agoravox. par Acturevue mercredi 27 mai 2009

La vidéo-surveillance ne fait pas baisser la délinquance.

 Le 23 mars dernier, le Figaro révélait que la vidéosurveillance aurait permis la réduction de 58% de la délinquance de rue à Orléans, 50% à Epinay-sur-Seine... On apprenait également du gouvernement que, grâce aux 350 000 caméras publiques et privées en France, le volume de délinquance aurait chuté de moitié en seulement cinq années. Ces chiffres arrivent à point nommé, juste après la décision du maire de Paris d’installer 1500 caméras de surveillance dans la capitale et juste après le lancement d’un nouveau plan de « sécurité » par la ministre de l’Intérieur Michelle Alliot-Marie qui souhaite, d’ici à fin 2009, passer de 20 000 à 60 000 communes équipées en caméras. Mais ces belles annonces cachent de sérieux mystères...

 D’abord, Jean-Marc Leclerc (du Figaro) est le seul journaliste à avoir eu accès aux chiffres du gouvernement. L’article a été repris par TF1et France 2, le soir même, sans aucune vérification possible. Parce que les chiffres proviennent du gouvernement, ne devrions-nous tout de même pas vérifier les sources ?

 Plus grave encore, il n’y a que de jolis chiffres. On ne présente ni la façon dont ils ont été recensés, ni leur source, ni même les modalités statistiques. En vérité, de simples chiffres qui prétendent montrer la baisse de la délinquance dans les espaces vidéo-protégés ne sont en rien une preuve de l’efficacité des caméras.

 En effet, aujourd’hui personne n’est capable d’établir un lien systématique en France entre vidéosurveillance et arrestation d’un suspect dans l’espace public. Pourquoi ? Tout simplement, parce que lorsque la police arrête un suspect grâce à une caméra, et que celui-ci est jugé coupable, la police ne signale pas que ce coupable a été retrouvé grâce à la vidéosurveillance. Et réciproquement, on ne fait pas état de tous les suspects arrêtés sur la base de vidéosurveillance, puis relâchés. D’ailleurs, selon le blog Bugbrother, spécialiste en la matière, les quelques études menées à l’étranger montrent qu’il n’y a pas d’effets significatifs sur la réduction de la délinquance, ou pire encore, qu’elle ne fait que se déplacer dans les zones non filmées. Pour le sociologue, Tanguy le Goff : « La vidéosurveillance dissuade peu les délinquants qui adoptent des mécanismes de dissimulation et des stratégies d’adaptation à l’outil. ». 

 Ces propos ne font que confirmer ceux du directeur de Scotland Yard à Londres qui parle « d’une contre-performance spectaculaire » dans le pays au taux de densité de caméras par tête le plus élevé au monde. Il estime le taux d’élucidation (identification d’un vrai suspect à l’aide des caméras) de seulement 4%. Il y a donc un paradoxe entre la certitude du Figaro et du gouvernement qui prétend que « cet outil peut faire des miracles », et les études menées jusqu’à maintenant. 

 Mais il est vrai qu’au-delà du rendement sécuritaire, le développement de la vidéosurveillance est un réel enjeu économique. Et pour convaincre les municipalités d’investir, le gouvernement met en avant les chiffres de diminution de la délinquance de 300 villes. Mais il y a plus de 1142 villes entièrement vidéo équipées. Quels sont alors les résultats sur la délinquance pour les 842 autres ? 

 Aussi, il est important de rappeler que Alain Bauer, conseiller en sécurité de la ministre de l’Intérieur, aurait selon le site Backchich travaillé également pour une entreprise de vidéosurveillance. Enfin, comme un conflit d’intérêt en cache toujours un autre, Jean-Marc Leclerc, journaliste au Figaro et auteur des révélations est aussi membre du « groupe de contrôle des fichiers de police » présidé par ce même Alain Bauer.

 On comprend tout de suite l’intérêt pour certains, de faire de l’hexagone un petit Big Brother.

* retrouver les sources documentation française sur Bugbrother.

D. Perrotin

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