Willy Ronis, le dernier des humanistes

Agoravox. 14 septembre 2009 par Olivier Bailly

L’histoire de la photographie tourne une page. Willy Ronis vient de refermer son boîtier. Il vient de mourir à l’âge de 99 ans, à l’hôpital Tenon. Reporter et artiste, il était l’auteur de plus de 100 000 clichés dont certains sont devenus de véritables icônes. Avec Doisneau, Cartier-Bresson et Izis, Ronis avait restitué au plus près l’image du Paris populaire de d’après-guerre. Un paris libéré et tout à sa joie de revivre. Ronis a commencé à connaître la consécration dans les années 1970 et avait arrêté de photographier en 2001 . Cet été le festival les "Rencontres photographiques d’Arles" lui avait rendu un bel hommage. Il était la mémoire vivante de la photographie humaniste.
 
Willy Ronis, homme discret, élégant et tout de probité n’a jamais dévié de sa ligne. Jamais fait de concession ni de compromission. Ses photos en disent plus long sur lui que n’importe quelle biographie. Le regard qu’il pose sur ses contemporains est un regard distant, certes, mais non pas de cette distance que confère la morgue. Ronis respectait trop les gens, le peuple. S’il prenait du recul c’était pour mieux embrasser.
 
Rose Zehner (la photo qui illustre cet article), les amoureux de la Bastille, Le petit parisien... Longtemps, longtemps longtemps après que le poète aura disparu, ses images continueront à nous accompagner. La liste est longue des photos que Ronis a légué à la postérité. On ne sait pas forcément qu’il en est l’auteur.
 
Né à Paris 9ème le 14 août 1910, d’un père Ukrainien et d’une mère Lithuanienne qui ont fui l’Europe orientale et ses pogroms pour trouver à Paris un havre de paix, Willy rêve d’être musicien. Violoniste, précisément. Mais les circonstances l’en empêchent : « son père - retoucheur en photographie dans un studio de renom - ouvre son propre laboratoire sous le pseudonyme de Roness. Pour ses 15 ans, il lui offrira son premier appareil photo, un folding Kodak. Willy Ronis commence à réaliser quelques clichés de la Tour Eiffel, quelques autoportraits et des photos de familles » explique le blog d’un livre l’autre qui rappelle qu’alors « la photo ne l’attire pas du tout ».
 
Son père, qui se sent malade, lui demande de rependre sa succession. En 1937, entre deux photos de mariage, Willy Ronis couvre les grèves du Front populaire et vend ses reportages à la presse communiste (Regards, l’Humanité, notamment). 
 
Le site phototraffic rappelle quant à lui qu’« en 1937, il décide d’être photographe reporter illustrateur indépendant, et archive la capitale autant que la montagne. Il multiplie ensuite les voyages en Europe, les reportages sociaux (grèves chez Citroën Javel, retour des prisonniers de la Seconde Guerre mondiale, célèbre portrait du ’Mineur silicosé’ en 51) ».
Il partage alors, souligne le blog ulike "les mêmes idéaux que Robert Capa et David Seymour (Chim), photographes déjà célèbres. Il a également l’occasion de connaître Kertész, Brassaï et Cartier-Bresson ». 
 
Willy Ronis gagne clandestinement la zone libre pendant l’occupation. "Il refuse de porter l’étoile jaune, précise le Nouvel obs, et vit de petits boulots’. Il rencontre sa future épouse, le peintre Marie-Anne Lansiaux, qui lui servira de modèle pour l’une de ses photos les plus célèbres, le nu provençal.
 
Après la seconde guerre mondiale, il rejoint l’agence photographique Rapho (fondée en 1933 par Charles Rado) qui compte alors Doisneau, Janine Niepce, Sabine Weiss, Charbonnier, Boubat... Au début des années 50, il fait du partie du fameux groupe des XV qui compte alors la fine fleur de la photographie française avec l’inévitable Robert Doisneau, mais également Bovis, Souchiez, René Jacques, Edith Gérin, Jean Dieuzaide, etc.
 
Parallèlement il publie des ouvrages tel que le fameux Belleville Ménilmontant qui a connu plusieurs rééditions avec d’abord un texte de Pierre MacOrlan puis de Didier Daeninckx). Il obtient en 1957 la médaille d’or à la Biennale de Venise et en 1979 le grand prix national des Arts et des Lettres pour ’la Photographie’.
 
Il transmettra son savoir en enseignant à Avignon puis à Aix en Provence. En 1983 le photographe Claude Norri publie Sur le fil du hasard, sa première biographie. La même année il lègue son oeuvre à l’état. Dès lors les rééditions et les hommages se succèdent à un rythme régulier. La dernière grande rétrospective a eu lieu à Paris, à l’Hôtel de ville, en 2005/2006.
« Les photos de Willy Ronis sont marquées par une composition soignée, une grande maîtrise de la lumière héritée de son goût pour la peinture hollandaise », précise le Monde. 
 
En juillet 2009, Willy Ronis est l’invité d’honneur des 40èmes Rencontres photographiques d’Arles. François Hebel, directeur de la manifestation se souvient d’un moment « extrêmement touchant » en compagnie de ce photographe « extrêmement sympathique » qui « restait des heures dans son exposition à parler avec des anonymes ».
 
Willy Ronis, qui avait légué ses oeuvres à l’état, avait réalisé plus de 100 000 clichés dont il se souvenait tous. Des clichés qui se souviennent de nous. Pour toujours.
 
 
. Sur France Culture, dans l’émission A voix nue, savourez les entretiens de Willy Ronis avec Guy Le Querrec enregistrés entre le 20 et le 24 juillet dernier.
 
. Paris.fr, le site de la mairie de Paris, rend hommage en images à Willy Ronis
 
Crédit Image : Willy Ronis

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