Le Bourg : ensemble pour une économie solidaire

Le Lot en Action n°50. 30 mars 2012 par Bluboux, mis en ligne le 16 avril

« Il-y-a de bonnes raisons de croire que l’époque moderne est terminée. De nombreux signes indiquent que nous traversons une période de transition où quelque chose meurt tandis qu’autre chose vient douloureusement au monde. Comme si quelque chose s’écroulait, se décomposait et s’épuisait, tandis qu’autre chose d’encore indistinct s’élevait des décombres ». Vaclav Havel, discours de Philadelphie en 1994.

info-lot-le-bourg-la-rauze-1-300.jpgSerge Moulènes, agriculteur du GAEC de la ferme de la Rauze (qui rassemble également Pascale et Jacques Moulènes), nous a accueilli avec cette citation en ce dimanche matin 11 mars 2012, journée dédiée à la 5e rencontre pour une économie à valeurs humaines.
C’est dans le cadre du partenariat établi avec ses clients et amis depuis 2007 (noué autour du prêt sans intérêts, consenti par 51 personnes (familles) pour réaliser les investissements nécessaires à l’évolution de la ferme), que s’est déroulée cette journée. Le thème retenu cette année du dernier remboursement aux prêteurs était la monnaie. Quels rôles pourrait-elle jouer en tant que moyen d’échange, déclencheur d’activités économiques, contribution à l’existence d’une vie culturelle libre et riche ?

La question de la monnaie et d’une réappropriation de notre vie à travers une refonte des mécanismes économiques qui nous entourent (relation entre travail et revenu, existence et revenu, développement local et circuits courts…), sont autant de sujets qui nous réunissent, depuis plusieurs mois déjà, au Bourg.


Ce dimanche, il fut question, pour 120 personnes présentes sur la journée, de « déconstruire et reconstruire », sous la forme d’un World Café tout d’abord, à travers un triple questionnement « qu’est-ce qui meurt ? », « qu’est-ce qui veut advenir ? », « quels sont les points brûlants ? ». Les thèmes proposés, traités et débattus en petits groupes de 6 personnes, autour d’une table de café, étaient : le travail, la consommation, la monnaie, la démocratie, la vie culturelle. Les questions émergentes ont été transcrites (écrites ou dessinées), sur la nappe et affichées ensuite afin de nourrir les réflexions de chacun. Les points brûlants issus de la rencontre entre ce qui meurt et ce qui germe doivent pouvoir devenir des points éclairants, inspirants pour l’avenir que nous voulons créer. La transformation de ces points chauds en points phares nous a guidés tout au long de cette journée riche de réflexions et d’échanges.
Les intervenants qui nous ont présenté leurs expériences et leurs pensées ont participé à cette reconstruction collective par leurs apports.
Françoise et Philippe Lenoble de l’association « Agir pour le vivant » qui anime une monnaie complémentaire « l’Abeille » à Villeneuve sur Lot, nous ont expliqué les motivations, le fonctionnement et les apports pour l’économie locale de cette expérience.
Michel Laloux, auteur de La Démocratie Évolutive (Ed Yves Michel), nous a fait part de sa pensée pour un fonctionnement salutaire de la monnaie et d’organismes de financement au service de l’économie. Il propose de changer nos modèles en transformant dans un premier temps notre conception de l’argent et du système bancaire. La monnaie citoyenne qu’il nous a présentée, nourrit une triple circulation monétaire (pour la consommation, le financement des entreprises et la contribution à l’économie non marchande), gérée par la société civile au travers d’institutions monétaires conçues comme un nouveau concept de service public, au service de l’économie réelle.


Le débat qui a suivi le repas partagé, portait sur une question qui nous a permis de faire émerger les réflexions mûries ces derniers mois : « Peut-il y avoir des solutions locales au désordre global de la finance ? ».
« Le système monétaire que nous connaissons est devenu contre productif » constate Bernard Lietaer. N’est-il pas légitime de vouloir inventer de nouveaux systèmes permettant de renouer avec les fonctions premières de la monnaie : faciliter les échanges entre tous les êtres humains, irriguer l’économie et plus précisément les initiatives sociales, écologiques et solidaires qui butent actuellement sur l’absence d’outils adéquats d’échanges et d’évaluation ?
La mise en œuvre d’une monnaie complémentaire semble pouvoir être un levier en donnant les moyens d’agir sur les activités économiques et les relations sociales locales, pour une relocalisation de l’économie comme alternative à la globalisation marchande. Il s’agit bien d’activer une culture de l’expérimentation et prendre conscience que la monnaie est un outil qui doit s’adapter à des fins qu’il appartient à la société civile de définir. La constitution d’un réseau de personnes qui réfléchissent, développent des connaissances et construisent ensemble, est la base de cette expérimentation où se déploient la solidarité et la sociabilité.
La journée de la ferme de la Rauze, pour une économie à valeurs humaines, a participé à ce mouvement créatif. Basile et Mayeul, jeunes cinéastes amateurs, présents tout au long de la journée et de ses préparatifs proposent de réaliser un documentaire sur cet emprunt solidaire.
Et dès le mardi suivant une rencontre autour du film documentaire La double face de la monnaie de Vincent GAILLARD et Jérôme POLIDOR, présenté à la salle des fêtes de Le Bourg par le groupe économie solidaire du Foyer Rural a permis de battre le fer alors qu'il était encore chaud !


Nous vous proposons de poursuivre dans le sens d’une construction éco-citoyenne, responsable et solidaire lors du week-end du 31 mars et 1 avril, à la salle des fêtes de Le Bourg. Frédéric Bosqué de l’association AIRE accompagnera notre rencontre le samedi après-midi, de 14h30 à 18h30, sur le thème Monnaie et bien commun, travail de déconstruction et reconstruction en petits groupes et dimanche de 10 à 12 h puis de 14 à 15h30 environ : La monnaie complémentaire comme réponse de la société civile à la crise financière, quels principes de transformation sociétale, comment avancer vers la mise en place d’une monnaie complémentaire ? Repas sorti du sac et partagé (amener ses couverts !).
Ce week-end débouchera sur la création d'un collectif de travail et de réflexion en vue des animations futures à organiser et de la rencontre du Festi Citoyen de Gindou.
« N’attendez rien du XXIe siècle. C’est le XXIe siècle qui attend tout de vous » écrivait Gabriel Garcia Marquez.
Le groupe économie solidaire du foyer rural de Le Bourg vous donne RDV pour répondre à cette attente, faire un pas de côté et réinventer notre futur !

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